Jospin reviens, Jo-o-spin reviens, Jospin reviens parmi les tiens…

Posté par gramier le 7 juin 2011

Lionel Jospin était la semaine dernière dans les tribunes de Roland Garros. Cet amateur de tennis est-il expert en retour gagnant ? (AFP)

 

Il a de jolies dents Jospin. On aurait envie d’habiter dans ses dents tellement elles brillent de mille feux!

Il doit en prendre soin avec Carte Noir, le café des stars. Même un momie Inca aurait des dents moins jaunes. Franchement, une favella de Carracas, en comparaison pourrait passer pour Brodway en habit de lumière. A ce niveau là, y’a plus qu’une solution: un bain de bouche d’Antikal, puis un paille de fer pour un bon brossage à la poudre Saint-Marc Ménage puis, régulièrement durant un à deux mois, sucer des pastilles Calgon. Pour ma part, je préfèrerais encore la fausse commune plutôt que ses dents pour cimetière. A côté de celle de l’ancien Premier Ministre, la dentition de Christopher Walken dans « Sleepy Hollow » pourrait aisément passer pour une pub Colgate. C’est de l’irrespect que de sourire quand on a des dents pareilles. On comprend mieux pourquoi il avait aucune chance en 2002. Puis, sans doute, l’odeur doit être livrée avec la couleur, je présume. Ce jaune-catacombes, sent la proximité du puisard, c’est pas rassurant. On me dirait qu’il à fait un pari avec Marielle de Sarnez – quand elle sourit, on a l’impression d’être au musée devant un tableau de Basquiat – que ça m’étonnerait pas une seconde. Ca ne peut qu’être fait exprès. C’est pas humainement concevable qu’un mec comme lui ait de tels chicots.

En tout cas, il a pas l’air mal à Rolland Garros, ça n’a pas l’air de le déranger d’offrir, en guise de sourire, une photo de Dresde en 1945! Il a ses Persol sur le nez, entouré de son club du troisième âge, avec son Panama cheap assorti à la cravate de son copain: ça rupine sévère tranquilou. Il a pas l’air emmerdé Lionel. Pourtant, d’autres le verraient bien ailleurs… 

Le Nouvel Obs nous apprend que Lionel vendrait encore du rêve et que, de ce fait, certains lui ont lancé un appel pour tenter de la convaincre de revenir et, éventuellement, de se présenter à la primaire. Faut vraiment n’avoir plus que ça comme ultime solution avant le suicide parce que franchement, même les Haïtiens préfèreraient encore Papa Doc à Jospin. Nous pensons donc sincèrement qu’il y a des vies en danger en ce moment, parce que des tels actes de folie, sont des signes très nets d’une mélancolie profonde et d’un désespoir mortifère.

Alors, Alerte Rouge sur toute la France. Retrouvons ceux qui, au PS, voient en Jospin leur Messie, et mettons les illico en observation, c’est une question de Santé Publique! Ne rien faire, c’est être complice, c’est de la non-assistance à personnes en danger, c’est criminel!

Demandons à Henri Emmanuelli ce qu’il en pense:

« Monsieur Emmanuelli? Seriez vous prêt à soutenir Lionel Jospin et ses dents dans la course à l’Elysée? »

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Je fais la carpe, tu fais le lapin?

Posté par gramier le 6 juin 2011

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« Tout est dans tout, et réciproquement«  Michou

Quelle révolution dans les mœurs que les mariages transgenres qui permettent de chavirer les normes infamantes et liberticides d’une société de l’exclusion de l’altérité, de la fermeture, de la négation de l’homme et de la femme dans leur surmoi vagino-rectal. Quelle infamie, à l’heure de l’IPad et de la cuisine moléculaire, de savoir qu’un état moyenâgeux,  la France, refuse à l’ensemble de ses citoyens les principes mêmes qui fondent son unité nationale : la Liberté et l’Egalité, et par là, se nie lui-même. Les symboles dépassés et castrateurs de cette culture judéo-chrétienne qui écrase, avilit, frustre, nie, aveugle et radicalise – cette culture qui impose, par la force et le meurtre, le primat monopolistique de l’hétérosexualité en tant que modèle, de même que les nazis imposèrent en leur temps, le modèle aryen – sont un appel à la transgression pour que cette devise gravée avec force burins et marteaux au fronton des écoles de notre République, puisse un jour faire sens.

N’est-il pas odieux, inhumain, criminel même, que d’immoler ainsi la multiplicité objective et la complexité inversée des identités génito-sexuelo-sociales en leur perspective mégalo-archéotypique d’une émancipation plurielle ? Et ce, dans l’acception de la diversité comportementale depuis une anti-contrainte primitive jusqu’à la négativité déficiente du moi reflexif démodèlisé ?

Pour l’invention d’une nouvelle forme prototypique et multisexuelle d’orientation ano-sociétale, il s’agit de retourner la transgression pour dévier la norme, et en faire une redéfinition auto-dynamico-constructiviste et démostructurante d’elle-même. Il est plus que pressant de libérer le moi éducatif moulé dans le rigorisme et le sentiment dénégatif imposé par les élites conservatrices luttant contre le progrès, de son carcan intellectuel passéiste.

Heureusement, nous avons en France des résistants tels que Noël Mamère, feus Guillaume Dustan et Michel Foucault, Nathalie Artaud, Patrick Sébastien, Catherine Millet, Gérard Miller, défenseurs de l’universalité pluri-égotique de l’amour, progressistes et véritables pourfendeurs de cette société étriquée. Il y surtout des héros ordinaires, des visages militants de ce combat essentiel. Et la preuve nous est venue ce week-end, de Nancy, ville dans laquelle, la loi inquisitrice s’est vue infliger un revers cuisant, façon attentat d’Anagni. La mairie se voyait contrainte de marier un homme de 59 ans devenu femme et lesbien, mais resté homme pour l’état civil, avec sa partenaire de 32 ans sa cadette femme mais lesbienne. Le premier mariage lesbien transgenre « hétémosexuel » a-t-il quelque chose de choquant ? Au contraire ! Quelle victoire ! Quelle avancée ! Quel progrès ! Formidable ! Cela méritait bien une petite marche des fiertés « lesbiennes, gay, bi et trans », pour fêter l’issue heureuse de cette bataille.

Mais le combat ne fait que commencer ! Comme le rappelait un réputé ministre, le 31 janvier 1991 à la manifestation Gay Pied : « La sexualité puérile est encore un continent interdit, aux découvreurs du XXIe siècle d’en aborder les rivages ». Car tout reste à faire. Et combien de Stalingrad encore avant que la morale, mitée de morgue paulinienne, tombe avec le mur des tabous, telle une statue de Lénine après la chute du Mur ? Le droit inaliénable du sexe à disposer de lui-même, à l’interexpérimentalité désorientatrice et décontingentée, pour qu’enfin les parents ne soient plus empruntés en devant expliquer à leurs enfants ce dont on accuse DSK ou Georges Tron ! Pour qu’on en finisse avec le puritanisme et puisse contempler la génitalité aux heures de grandes écoutes, sans litote ni métaphore filée! Pour qu’on puisse aborder clairement la face cachée de la lune et l’autre rive des plaisirs coïto-séminaux sans honte, tous, ensemble, dans une diversité libératrice : une société qui jouit, qui aime, une société tactile et respectueuse, une société assumée de déhiérarchisation des reperds moraux, voilà le vrai combat !

Cette expérience fut prégnante… C’est d’ailleurs après cela que Villepin et Borloo ont pu être tentés par une alliance, elle aussi, contre les normes, pour que la nature reprenne ses droits. Qu’y a-t-il de condamnable dans une envie de saucer à deux, de croiser le croûton, de montrer quelle jouissance il y aura à partager un grand bol de sauce fétichisé ? Rien ! Alors que les tenants de l’honnêteté politique aillent découvrir les plaisirs de la traite avec les traîtres plutôt que de juger arbitrairement, de pugiler allègrement. Ces deux là ont un tickets, ils ont évasé la corolle de leurs sens moral, pour une pratique assumée de l’interpénétration idéologique. Les barrières sont enfin tombées. Ils envisagent une union libre avant un mariage. Il veulent montrer que le modèle homogénético-politique de l’UMP ne correspond plus aux aspirations les plus profondes des électeurs de droite. Après un coming-out en homopolitique anti-majoritaire, ils veulent s’unifier pour dépasser et recréer une identité au-delà des sensibilités partisanes, bonnes pour les sachants imbus et élites politico-médiatico-sondagières, une sorte de républicanisme social et gaulliste picto-sociétal incluant un projet sur un axe hypradémocratique et radical, une généticité du respect et un nouvel abord participo-anticipatif et alternant des fonctions de pouvoir. Pour être plus clair, une modèle fondé sur une désegmentation structurelle atmo-didactique et crypto-discursive en pleine filiation apatho-profitocratique. En gros, ils veulent rappeler qu’ils avaient eux aussi droit d’accès au buffet et que c’est pas un futur ex-président autocrate qui va les en empêcher. Ils ont décidé de faire transgression commune, de renverser le subversif, de rassembler tout ce que la droite compte de sauceurs résistants, de Paillé, à Rama Yade, en passant par Bockel, Jégo, Morin, en somme, ceux qui, en plus de la collaboration, avaient fait de la soumission leur vocation mais qui, après qu’on leur a enlevé la réduction de veau et le quignon, ont fait de la dénonciation de la compromission, sur l’air des lampions, leur mission.

Attention : il s’agit là, de l’émergence protohétérotrophe d’un CNR moderne. C’est énorme ! Borloo tend la main à Villepin, qui tend la main à Bayrou, qui retrouvera donc Morin, qui l’a trahi… Certes, on est encore loin de la finalisation, ce ne sont que les préliminaires d’une redéfinition du rapport incestueux et cathartique entre frères ennemis, mais les victoires, même modestes, s’accumulent : la Confédération des Centres, puis, ce dialogue étrange…

Ah ! La Liberté des sauceurs à disposer de leur propre fond de plat, de leur propre bol, de leur propre quignon. Et si, par le plus grand des hasards, ils venaient à ne pas être au second tour en 2012, lors de l’élection, qu’au moins, ils puissent faire perdre l’UMP pour dévoiler au grand jour combien le modèle hyperprésidentiel sarkozyste est dépassé, combien cette imposture est devenue l’ictère catarrhale d’une démocratie asphyxiée.

Ce qui est fort c’est que « à la manière de et contrairement à » Eric Besson ou Jean-Pierre Soisson, ils veulent croire en la victoire prochaine l’altérité dédouannée et assumée du changement intempestif de crémerie. Ils croient en eux-mêmes. Certes, ils ont de gros besoins mais ils savent les assouvir, au-delà des qu-en-dira-t-on éphémères. Ad libitum salsa…

Dans ces deux événements, rien d’épisodique, « it’s the begining of a new age » chantait l’interprète de « take a walk on the wild side ». Seulement des grandes promesses d’un futur nouveau et heureux. Une expectative radieuse, pleine d’aspirations profondes à enfin pouvoir reconstruire un sens défécondateur de la jouissance, goûter le suc de la permission transgressée, sans chaînes – amateurs de sensations SM mis à part – car nous le savons tous, au-delà des paroles, l’obsession vitale de tout être humain reste: tremper l’biscuit.

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Don Quichoque…

Posté par gramier le 3 juin 2011

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La démondialisation et le concept de Protectionnisme pourraient bien être, les deux faisant la paire, une des thématiques centrales de la campagne présidentielle. Et même si c’est une position tenue par la gauche de la gauche et l’extrême droite, elle a quelque chose de sage, une fois n’est pas coutume.

Nous avons eu vent d’une passe d’arme, à ce sujet, par interviews interposées, entre le tenant du capitalisme façon maîtres de forge mâtiné de réceptions mondaines entre copains-coquins et visiteurs du soir, Alain Minc, et le député robespierriste de Saône-et-Loire, le fringuant rhéteur Arnaud Montebourg.

Le premier rangeait, au détour d’une phrase furieuse, Marine Le Pen et le marchand de sable Montebourg, président du mouvement « Des Idées et des Rêves », dans la même catégorie, celle des « connards », entendez par là, les hérauts d’une critique de la mondialisation imposée par certains et subies par beaucoup. « Connards », élégant, constructif. Il semblerait que la fréquentation trop assidue des boudoirs de l’Elysée ait eu des effets inattendus sur le langage normalement châtié du notre Raspoutine paul-loup-sullizerisé. A moins que ce soit lui, qui, par ses excès de langage, insoupçonnés jusqu’alors, ait inspiré la plus glorieuse sortie de notre Président, le désormais anthologique « Eh ben casse-toi, pauv’con ». Qui de l’œuf ou de la poule…

Passée la circonspection, essayons de comprendre et d’analyser.

Alors, que l’obsession de régulation migratoire des représentants en idéologie low-cost de « Droite Populiste », puisse prêter le flanc aux insultes, on pourrait le comprendre. Les tragédies humaines, l’extrême émotion qu’elles peuvent susciter – on est encore sous le choc de cette barge de migrants partis de Libye ayant chaviré avec plus de deux cent cinquante personnes à son bord – mises à côté du « mais remettons les dans les bateaux » de la délicate députée Chantal Brunel, aurait pu nous y mener. Pourtant les tenants de l’immigration droitdelhommiste à la gauche de la droite, au centre, à la gauche du centre, à la droite de la gauche, au centre de la gauche, ni à la gauche de la gauche, n’y sont pas tombés.

Alors de trois choses l’une : soit les enjeux économiques portent plus au déchaînement des passions, parce qu’il s’agit d’argent… mais on ne va tout de même pas reprocher aux humanistes de ne pas être vulgaires, soit être de droite rend grossier, fort probable mais un peu court, soit que les enjeux de l’enracinement d’une idée de démondialisation dans la société sont tout simplement désastreux pour Monsieur Minc et ses puissantes connivences dont il se fait le zélé copain-avocat-conseil-guru-mégaphone, et les fait… s’emporter.

La problématique posée par les « démondialistes » se conçoit bien et s’énonce clairement : la mondialisation, sous couvert de libre échange, d’élargissement des opportunités et perspectives de croissance et de développement, a contribué à enrichir les tenants des capitaux, grâce à la délocalisation de la production dans les pays à bas coûts, et parallèlement, à la désindustrialisation des pays consommateurs, au chômage, à la contraction de dettes gigantesques et socialement mortifères, à la spéculation, à la crise financière, en somme, à beaucoup de nos maux actuels… La démondialisation et le protectionnisme qu’elle sert, notion nouvelle pour nous, dont nous traitions il y a peu sur ce même journal (ici), prêche le rapprochement de la production et de la consommation au sein d’une grande région telle que l’Europe.

La mondialisation a bien des aspects positifs, elle lie les nations, donne potentiellement accès à beaucoup de choses, elle évite les grandes guerres… Mais les guerres de tranchées et champs de bataille se muent aussi vite en guerres commerciales, dont on ne comptabilise pas les morts – famines, pollution – et en terrorisme meurtrier – né de l’utilisation déviante, par des fanatiques, de ce sentiment, exacerbé chez les plus exploités, d’être des victimes immolées sur l’autel du profit.

Le développement est d’une forte complexité et nous laisserons le lecteur cultiver la question, si cela lui sied, par ses propres moyens.

En écrivant  cet article que d’aucuns trouveront grotesque, à n’en point douter, ne naît pas en nous une foi en la pureté des intentions du procureur Montebourg – bien qu’il reste un des plus brillants éléments de sa génération de députés et, par sa verve et son implication, redore le blason de la fonction qui souvent s’étiole face à la pauvreté des interventions de nombreux jeunes loups de la politique ; Montebourg est une figure balzacienne dont l’ambition, même mue par la sauce, est plaisante et stimulante. L’homme est simplement la voix médiatique d’Emmanuel Todd. Todd pense, préface – co-écrit ? –, Montebourg signe, promeut Votez pour la démondialisation, puis se fait chantre et grave sur son curriculum, peu brillant pour un jeune de son âge, la paternité politique de cette idée – qui pourtant nous semble dédouanée de toute dépendance partisane –, croyant sûrement laisser sa cicatrice dans l’Histoire, à voir. Ensuite, est-ce que l’idée est réalisable ou non, ce n’est pas son problème immédiat, mais bien son argument électoral.

Lieu commun : le sentiment politique s’est profondément désenchanté. Les grandes promesses à bas coût – plus aucun sans-abris, le SMIC à 1500 euros par mois – que l’on savait purement démagogiques, sont mises naturellement au passif du candidat lorsqu’il se présente à nouveau devant les électeurs. Et aujourd’hui, l’électeur ne croit plus à grand-chose, refuse de penser, et vote par révolte puis par défaut, quand il vote. Mais, il y a les objectifs, les stratégies de long terme, les impulsions de longue haleine, qui font aussi la politique. Comment espérer changer le monde si on ne parle plus que de projets de limitation de l’immigration et de pouvoir d’achat par la relance des salaires… dont l’issue dépend d’ailleurs intimement du visage à venir de la mondialisation. Oser traiter ces sujets complexes avec les Français, ça ne sera sûrement pas payant électoralement, mais sur le fond, c’est digne d’un homme politique responsable que d’en faire la publicité et ainsi d’imposer le débat. Le temps de la démondialisation – courant sur une dizaine, vingtaine, trentaine d’années – n’est pas le temps des élections, seulement, nous avons aujourd’hui, plus que jamais, besoin d’idées nouvelles et fortes pour impulser et orienter l’avenir de notre société française, dans l’Europe et dans le monde. Pour autant faudrait-il que les élites invitent, comme il se doit, ceux qui les écoutent et aux dépends desquels elles vivent, à la réflexion, à l’élévation et au dialogue… Messieurs Minc et Ferry compris.

Nous ne votons pas à gauche, mais nous saluons les effets du plaidoyer de Montebourg intelligent pour lui-même et remercions Emmanuel Todd. Là où les intérêts particuliers servent les intérêts communs… belle leçon d’économie politicienne vertueuse !

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La phénoménologie de la sauce…

Posté par gramier le 1 juin 2011

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Sur le moment, il faut avouer qu’entendre telle accusation fracassante était pour le moins inattendu de la part du Philosophe Ferry.

Rappelons le contexte : Canal Plus, Grand Journal, Affaire DSK, la soi-disant omerta politico-journalistique sur la vie privée des puissants, au pays de Madame Claude. Invités : la directrice de Elle, l’ami JFK, gouailleur repenti, et l’ineffable sauceur Philosophe : Luc Ferry le mal nommé.

L’immortel Alain Duhamel – qui devait sans doute déjà tenir une chronique dans la première édition du Figaro en 1826 – remplaçait un Apatie absent. Comme de coutume, l’homme courtaud et replet gesticulait à la manière d’un mauvais comédien de boulevard, le verbe haut, noyant son auditoire sous un flot de paroles aux effets téléphonés et pitoyables, pratiquant un humour potache d’académicien déclinant en maison de retraite. En somme, avec un Ali Badou aux manettes, aussi mou qu’un pectoral de Pierre Ménès, aussi drôle qu’un paquet de lentilles et poussant toujours perversement ses invités aux détails voyeurs et scabreux dont il semble se délecter, on sentait que toute cette histoire allait tourner au vinaigre.

La directrice de Elle, égalant son hebdomadaire en terme de contenu, les photos en moins, s’indignait du machisme ambiant, jouant sa partition de pasionaria effarouchée sur l’air des lampions, offensée telle une amazone de mercerie, aux accents furieux proches de ceux d’une sorcière ayant ingurgité une décoction d’ellébore à l’eau bénite. Son credo se réduisait éhontement  à toujours plus d’atteintes banalisées à la dignité des femmes dans notre pays et à l’horreur absolue de cet irrespect institutionnalisé et, par trop, normalisé. On sentait sourdre de sa défiance à l’haleine torquemadesque, le courant d’air glacial de répression de la blague pocharde et graveleuse d’après la chasse, de fermeture du Lido, de prohibition du service de livraison de bière, directement du frigo au consommateur les jours de match. Permettez nous juste de douter du respect constant de l’image de la femme dans toutes les publicités publiées dans le magazine…

JFK, bien que devant faire profil bas, restait malgré tout auréolé de succès pour avoir remis au goût du jour une des expressions les plus drôles de la langue française : le troussage de la bonne.

Mais ce qui devait marquer l’émission fut, en effet, l’étayage de la théorie de l’omerta soupçonnée entre tenants du pouvoir, par la bouche de l’ancien ministre de l’Education de Raffarin I et II, et ce, par l’exemple de frasques marocaines d’un ancien ministre ayant été sauvé de justesse du scandale par la loi du silence après une supposée partie fine réunissant hommes mûrs et jeunes garçonnets autochtones à peine nubiles ! Coup de tonnerre ! La déclaration est pour le moins fracassante à heure de grande écoute. Mais après avoir relayé cela, le fieffé philosophe, continuait comme de bien entendu, le plus normalement du monde, son argumentation en venant à la conclusion suivante, en substance : « nous savons tous, nous avons tous les multiples preuves mais nous ne dirons rien car cela relève du droit français inaliénable à la vie privée. »

Pourquoi donc étaler ainsi de pseudo-secrets d’Etat aussi nauséabonds pour les laisser entre les neurones de nos cerveaux asservis et abrutis de télévision ? Il dit tout mais ne dit rien. On l’enjoint à citer un nom. Il s’y refuse, invoquant son envie toute relative de se voir assigner au pénal pour calomnie caractérisée et déclaration infamante.

Il nous laisse donc avec notre doute, bien que l’on s’en fiche royalement. Car ce n’est pas bizarrement l’identité de l’éventuel ministre à la sexualité déviante qui nous taraude, mais bien plus la morgue de Ferry qui, depuis qu’il a été ministre, surexpose avec condescendance, son appartenance bâtarde au parisianisme concupiscent et incestueux des dîners et bruissants ragots.

Cet homme, philosophe de cour, brillant, certes, mais mité par l’autosatisfaction, corrompu de gloire éphémère, continue d’exister pour le grand public en chroniqueur mondain. Ses oripeaux d’encyclopédiste, vulgarisateur et éminent connaisseur de la Sagesse, recouvrent un susurreur malveillant, tellement imbu de sa position sociale qu’il en oublie la publicité de sa situation sur les plateaux, pour se comporter comme il le fait avec ses puissants amis en petit comité.

Comment un philosophe peut-il lâcher des choses pareilles ? Comment peut-il venir avilir et souiller l’amour de la Sagesse qu’il est sensé représenter de la sorte ? A-t-on entendu un jour un Finkielkraut commenter l’activité rectale de ses semblables ? Et Badiou ? Et Serres ? Et Deleuze ? Et tant d’autres.

Les philosophes mondains ne datent pas d’hier. Mais elle est prégnante cette image de Ferry, ou même de BHL, ravis d’être mêlés au bruit et à la rumeur, à l’éphémère, au futile, saupoudrant leur aura de penseurs sur des propos de caniveau, vulgaires et bas de plafond.

Diogène de Sinope dans son tonneau ? Le promeneur solitaire ? Ou bien le lettré mondain dont la faim de vérité a été subornée par le narcissisme, et la soif de lumière étanchée par les hologrammes caverneux ? Le philosophe, être humain, trop humain parfois, a le droit à l’erratique errance, si elle n’est qu’accident. Cependant, quand assombrir, ne plus faire sens, dérouter, deviennent son business et sa source régulière de revenus, le philosophe nous trahit, trahit ses pairs et se trahit lui-même.

La vanité a ses raisons pécuniaires que la philosophie ignore… mais rappelons nous, comme le sentenciait le Philosophe Descartes de Membre, la seule maxime qui vaille dans ce petit monde : Je sauce donc je suis

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Affaire Longuet, épitaphe à la sauce?

Posté par gramier le 31 mai 2011

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Pauvre Gérard, pauvre misère. A peine revenu près du buffet, on commence déjà à lui chercher des poux. Il est vrai qu’on ne fait crédit qu’aux riches. Justement, d’infamantes accusations de « recel d’abus de crédit » pour la construction de sa villa tropézienne, puis de financement occulte du Parti Républicain, puis de « recel de corruption » dans l’affaire des marchés public d’Île-de-France, semblaient avoir passablement crotté les souliers de l’homme Longuet – qui devait déjà être ministre lors du premier gouvernement d’Adolphe Thiers – et les traces de sauce sur la bavette de ce gourmand baigneur républicain, s’annonçaient coriaces.

Malgré une longue convalescence de 5 ans entre les hauts murs de la Forteresse du Luxembourg, à laisser tremper sa tunique d’homme public dans la javel de l’oubli médiatique  – ainsi que certains se retirent au monastère, le temps que soit retomber l’opprobre et la vindicte, choix lourd et fait de renoncements que celui du Sénat – il croyait l’avoir ressortie quasi immaculée du bain.

Mais manque de bol, n’a-t-il pas retrouvé, avec joie et innocence, les plaisirs de la vie au ministère de la Défense, régalien qui plus est et, pour l’occasion, ministère d’Etat, que déjà les accusateurs de nos frères, excavateurs sans états d’âme de pots de confitures vides, les spécialistes de l’archéologie culinaire, les spéléologues gestapisant de la vie publique, moralistes glabres et frustres, qui sont à la politique ce qu’est le purin à la sauce, viennent le titiller.

La tranquillité n’aura pas été de mise très longtemps. Le pouce et l’index à peine cicatrisés – se faire arracher un croûton est parfois plus douloureux qu’un ongle quand on est un sauceur – le revoici précipité dans les affres de la bataille médiatique, obligé de se défendre, premièrement par la voix de son cabinet, puis, lui-même, puis, c’est l’emballement. Le voilà dans la fausse aux lions, jeté en pâture comme un vulgaire placenta, aux chiens de ferme, après la mise-bas d’une truie : piètre curée.

Et pourquoi donc tant d’émoi chez les journalistes des Inrocks ?

Parce que le sauceur Longuet et son copain au frétillant quignon, Jean-Marc Sylvestre, aussi apolitique qu’un journaliste encarté à l’UMP sur TF1, ont fauté… à peine, fautouillé conviendrait mieux, en allant se vautrer dans le lucre dispendieux d’un palace tunisien, une nuit, en 2006, dont ils n’ont pas payé la note, laissée sur le compte de l’hôte présidentiel. Péché véniel s’il en est ! Cela vaut il pour autant la poutre et le gibet ? Réponse laissée au bénéfice du doute.

Les Inrocks jubilent : ils ont leur premier scoop « coprolitique » ! Pourtant, leur journalisme d’investigation poujadiste donne plutôt l’impression d’océanographes n’ayant pour matériel d’étude qu’un équipement de snorking ! Bref, l’info ne semble pas pour l’instant vouloir s’épandre sur nos esprits et l’image déjà terne de Longuet ne devrait en pâtir plus que de raison.

Mais qu’une seule seconde on retrouve le sens des réalités : qui n’aurait pas fait la même chose ? Qui ? Laurence Wisniewski ? On n’en doute pas. Avouons que la Tunisie de Ben Ali a accueilli nombre de défenseurs de Droits de l’Homme et des Libertés dans ses ryads luxueux, au frais du Brutus botoxé de Carthage. Reprocher cette nuit à Longuet, c’est comme reprocher à Michou d’aimer le bleu, à Hugh Afner d’être machiste ou à un réflexologue d’être tenté de réveiller la Chupa-Chups qui sommeille dans votre gros orteil ! Ca n’a aucun sens. L’important, dans cette lamentable histoire, c’est ce qu’elle dit de notre société et notre confrère Albénitz, confondateur de ce blog, l’exprimait à merveille :

« Franchement, j’ai l’impression que l’art de la sauce, de la belle sauce bien épaisse est en train de se perdre. C’est le début de la fin de la République des sauceurs, et le signe avant-coureur de l’évajolysation des esprits, de la norvégisation de la vie publique. Bientôt ils déclareront leur impôt, les élus boufferont chez Flunch et s’entasseront dans des Hyundaï Pony sans chauffeur, etc. Tout le monde sera honnête, les ministres auront des têtes de comptables ascétiques, et on ne verra plus ces silhouettes grasses ni de faces rubicondes dans les travées des assemblées qui faisaient notre bonheur. Quelle merde ! »

Abscons… contraction certaine d’ « absolument cons », voilà ce que nous sommes à trop vouloir buvariser, assécher le monde politique de toute forme de sauce ! Un exemple qui fait froid dans le dos : la République irréprochable découragerait les vocations de futurs ministres. C’est là qu’est toute la perversité de ce genre de lynchage ! Alors, la paix pour Longuet et de l’honnêteté, au moins intellectuelle : que quiconque n’a jamais dormi gratis chez Ben Ali lui lance la première petite cuiller !

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Le peuple syrien a un visage…

Posté par gramier le 30 mai 2011

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Hamza, 13 ans, torturé, sacrifié par la soif inextinguible de pouvoir, de domination de quelques personnes. Enième victime de la démence d’êtres humains pris par l’ubris, ayant perdu tout contrôle raisonnable sur eux-mêmes, d’hommes aveuglés par le devoir de servir leur cause injuste et inhumaine. 

Faudra-t-il encore longtemps que des enfants de 13 ans soient ainsi mutilés par des adultes sadiques pour que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes trouve un écho parmi les démocraties ? El-Assad, hère de la honte et du crime, tyran syrien, ce vampire moustachu se repaissant de l’hémoglobine de son peuple, peut avoir tous les soutiens au Conseil de Sécurité de l’ONU qu’il veut, cela ne l’empêchera pas de tomber.  La justice vaincra… ou pas. Sakineh aurait pu coûter cher au pantin du régime des ayatollahs, Ahmadinejad… ou pas. Car il faut croire que le règne de la brutalité d’un côté, la real-politik de l’autre, ont la peau dure et pour encore longtemps. Mais, une accumulation abjecte d’exemples montre qu’il faut parfois attendre la publicité du crime contre l’innocence, pour que naisse le souffle de l’Indignation, encore elle, au-delà des frontières et soit suivie d’effets. Il y a du Lévinas dans nos réactions, nous avons besoin d’un visage pour considérer l’autre. Une foule massacrée, reste une foule, le visage déchiré d’Hamza est le catalyseur puissant de l’existence d’un peuple écrasé. Toute cause nécessite ses martyres, malheureusement. Et dans des conditions atroces, les Syriens ont apparemment trouvé le leur. 

Et nous ? Dans tout cela ? L’Europe a bien pris ses responsabilités face à Bachar le criminel : gel de ses intérêts, impossibilité d’obtenir un visa… mais pour plus de poids, il faudrait attendre une décision de l’ONU, et pour l’instant, les Chinois et les Russes se montrent réticents à décider de sanctions substantielles et multilatérales contre le dictateur sanglant. 

Car lutter contre la real-politik, qui nous rend, cyniquement contre nous, complices des crimes contre l’humanité, cela demande des sacrifices que nous en sommes pas toujours prêts à faire. Collaborer avec la Chine, qui elle-même torture et massacre, qui craint chaque jour un peu plus le vent des révoltes démocratiques qui soufflent sur notre planète, collaborer avec la Russie, qui elle-même balaye les droits de l’homme d’un revers de main chaque fois que la raison d’Etat et des puissants est en jeu, s’allier la confiance de l’Arabie Saoudite, régime autocratique de quasi droit divin, qui elle-même n’a cure de la vie humaine dans beaucoup de cas : comment faire autrement ? Tout n’est pas uniquement real-politik, il s’agit souvent de simple diplomatie, dont le temps de réaction diffère de celui des armes automatiques.  

On se sent indigne, justement, à parler de diplomatie alors qu’Hamza s’est vu brûlé, brisé, émasculé, souillé, nié, assassiné. La seule et piètre réaction qui nous est laissée dans l’immédiat, est d’implorer la Raison, pour qu’elle inspire ceux qui ont en leurs mains les moyens de faire cesser ce drame qui porte désormais un visage, il nous est laissé de crier, une fois de plus, que « nous sommes tous des insurgés syriens » et d’envoyer à nos frères en humanité qu’on écrase en silence, un message de soutient total dans leur trop juste combat pour la Liberté. Assad s’est flanqué d’une conscience, par le sang versé, il a doté son peuple d’un témoin indélébile du calvaire qu’il lui inflige. Hamza n’est pas mort pour rien, Hamza a offert un visage à son peuple. C’est le plus beau des sacrifices, le plus puissant des dons. 

On ne tue pas impunément. 

Longue vie au peuple Syrien, merci Hamza, et comme il est d’usage : « Repose dans la Paix, tu as eu le plus grand des destins, tu as été un ange contre les bêtes féroces, un homme contre les inhumains. » 

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Aux Indignés la Dignité…

Posté par gramier le 30 mai 2011

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J’ai longtemps refusé l’idée que Stéphane Hessel pouvait avoir dit quelque chose de sensé. Vienne la nuit, sonne l’heure… L’homme m’insupporte, comme tous les donneurs de leçons. En revanche, je l’avoue, celui que j’ai pu traité de gâteux, de sénile, a touché beaucoup de personnes jusqu’à l’intime. Ce fut le cas, notamment des Espagnols. La Puerta del Sol, temple de l’Indignation, fille de Stéphane Hessel et de son exhortation à vivre debout et reprendre en main son destin. 

J’ai viré ma cuti, tenez vous bien, en écoutant parler Alain Juppé au sujet, justement, de ce mouvement espagnol pour un monde meilleur, pour plus de démocratie, plus de justice sociale et en particulier, plus de dignité politique. Je m’attendais à ce que l’homme de droite qu’il est, balayât avec morgue, d’un revers de main condescendant, ce mouvement apolitique, sans forme ni figure de proue, ce mouvement populaire inoffensif et assez difficilement cernable – est-ce un mouvement anarchiste ? une révolte populaire ? une longue manifestation ? . Il n’en fut rien. Le chef de la diplomatie répondit en véritable « homme » politique et sa réaction m’interpella. 

Deux points : 

1.      Génération spontanée, sortis ex nihilo d’une société espagnole pourtant peu prompte à ce genre de réunions intempestives, les Indignados se sont formés grâce, notamment, à Facebook et Twitter, au cœur du eG8 il y a peu. Avec Internet, la liberté, la rapidité absolue avec lesquelles circule l’information, sa concision et son acuité, sont autant d’éléments qui la rendent infiniment démocratique, avec certains excès, certes, mais des excès qui disparaissent à côté de la formidable révolution que cela représente. Nous parlions, il y a peu, de certains biais, notamment politiques, dans l’information venant de notre presse papier par exemple – ce qui n’enlève rien à la nécessité du prisme analytique du journalisme, l’information brute passerait souvent inaperçue si elle n’était contextualisée et mise en perspective par le journaliste dont c’est le métier – eh bien, c’est une preuve que l’information déborde de ses « canaux historiques » pour passer directement du citoyen au citoyen. L’analyse ne vient plus qu’après, bien que, j’insiste, elle reste essentielle. N’en reste pas moins, que voir chacun se faire son opinion a priori, est une vraie révolution démocratique. C’est la mort et la résurrection de Socrate : le règne de l’opinion, mais de l’opinion moins manipulable, de l’opinion qui peut se questionner de manière pure et non plus comme avant, une opinion déjà préformée livrée avec l’information. Elle est un vecteur démocratique rationnel, bien éloigné de la « rumeur » qui engendrait la « Grande Peur » pendant la Révolution Française ou la haine au Rwanda, et les exactions qui en découlèrent. 

2.      La comparaison avec la place Tahrir me semblait totalement idiote. « S’il y a eu un printemps arabe, on peut douter que suive un été européen » lançait le ministre roué, bougrement brillant et tout en pertinence, pour le bon mot. « Mais il faut être très attentif à ce qui nous est dit » prenait-il gare d’ajouter. Car ces mouvements sont bel et bien de même nature. Mouvements non violents, citoyens, organisés. Ils ne sont en rien anarchisant, bien au contraire, ils sont intimement « démocrarchiques », sereins, calmes bien qu’ultra déterminés et passionnés. La preuve en est : leur organisation remarquable que ce soit en terme logistique et économique – nourriture, organisation de lieux dédiés à tel ou tel atelier d’information, de dialogue, de débat,… un village. D’où vient ce qu’ils nomment leur « Indignation » ? Du fait, que justement, le pouvoir du peuple ne s’exerce plus par la voix des urnes. Ils ont la réelle impression – et c’est un peu normal au pays de Franco, la sensibilité à la liberté est sûrement plus aiguisée – que le droit à choisir leur destin leur a été volé. Volé par qui ? Par l’impuissance invoquée de leur dirigeants face aux diktats des marchés financiers, à court terme et au mépris des conséquences gravissimes que l’explosion des bulles peuvent provoquer ; par l’outrecuidance de cet aveu d’impuissance quand parallèlement ces mêmes élus de la nation ronchient dans la corruption et l’avidité de pouvoir et de lucre, qui gangrène le pays, et si l’Espagne est un exemple, la Grèce est un cas d’école ; et enfin, par l’absurdité d’une Europe qui semble, elle aussi, ne servir que les intérêts de rendement capitalistique de quelques uns, sous couvert de protection de tous – l’Europe mitée par les délocalisations xylophages et suicidaires, l’Europe du libre-échange dogmatique luttant contre les protectionnismes les plus orthodoxes. La Puerta del Sol, comme Tahrir, sont deux emblèmes de l’indignation que soulève le déni de démocratie à l’heure où la connaissance et la liberté de s’exprimer sont devenus notre quotidien.  

Avec tout ceci, Juppé donnait vraiment l’impression d’un homme politique à l’écoute, c’est le minimum que l’on puisse attendre de la part d’un homme intelligent, me direz vous, pourtant il aurait pu biaiser. Ce ne sont que des mots, les actes, chacun les jugera lors des prochaines élections. Une chose est sûre : l’Europe ne peut plus se contenter d’être la voix du marché, même si ce jugement est en partie injuste, l’Europe évolue vers plus de social de manière trop lente à l’échelle du temps économique et à celle de l’information. Il y a un besoin pressant de remettre l’homme au centre de cette Union, et y répondre sera le défi de ceux qui en prendront les manettes. Juppé parlait de « démocratie permanente », le fait que le citoyen puisse participer de façon plus régulière aux orientations politiques et ne plus seulement donner un mandat un jour puis se taire pendant le temps de ce mandat, par pur respect de la règle démocratique, voilà une belle idée. Mais comment faire coexister vision politique de long terme avec les opinions, les réactions épidermiques, comment ne pas sacrifier la démocratie dans un excès de pétitions et manifestations souvent instrumentalisées et écouter les aspirations populaires profondes, sans démagogie ? C’est en répondant à cette question que les responsables politiques élus retrouveront la face, le crédit de dignité qui leur fait tant défaut auprès de ceux qui les firent puissants et qu’ils semblent humilier trop souvent. 

Un simple exemple : les sièges aux conseils d’administration des grandes entreprises sont aujourd’hui préemptés par les représentants des actionnaires ou des institutionnels. Ne pourrait-on, toujours dans un but d’humanisation du capitalisme, redonner aux créateurs de valeur, une place digne dans les prises des grandes décisions ? Plutôt qu’un seul représentant du personnel, ne serait-il pas possible que les employés en élisent trois, quatre, de différentes professions, différents horizons, une fois tous les deux ans ? La démocratie a besoin de concret, l’écoute doit être substantielle, tangible. Cela est difficile nous répondront les tenants du pouvoir… 

Tahrir, Puerta del Sol, Chute de Ben Ali, c’est bête, cela ne tient plus et l’on a envie de dire : « Messieurs les responsables, c’est loin d’être simple, d’accord, mais quand on veut, on peut. Le courage, le volontarisme, la probité et l’humanisme politiques sont les meilleures réponses à l’Indignation, les meilleurs remèdes à l’Indignité qui vous entache ». 

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Politico-médiatico-gastronomique…

Posté par gramier le 28 mai 2011

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C’est vrai qu’on n’en parle pas assez. Mais dire « on n’en parle pas assez » revient à sous-entendre que les porte-voix ne font pas leur travail. Et comment le feraient ils alors que ce sont eux qui sont les premiers intéressés dans l’histoire qui suit! 

Préambule auspicieux : en avril de cette année, Rachida Dati venait commenter l’actualité politique sur le plateau du Grand-Journal et ce, en tant que grande copine de Michel Denisot, qui avait convié cette dernière à sa table comme on invite une bonne copine à déjeuner. Son intervention portait plus particulièrement sur les saillies drolatiques de Claude Guéant concernant l’immigration. Bref, le plus intéressant n’était pas tant cette première partie que la seconde, lorsque débarqua un autre grand convive de l’émission : FOG, venu présenté son dernier « brûlot » politique : Mes conversations téléphoniques avec Sarkozy ou plutôt « M. le Président » – dont Albénitz faisait la lecture commentée sur ce blog en son temps. Très rapidement, le sujet des relations incestueuses entre journalistes et responsables politiques avait été soulevé. Chacun autour de la table semblait concerné. Le malaise était palpable. FOG ayant Sarkozy au téléphone, Fillon envoyant un texto à Apatie, Eli Badou casé un temps avec Mazarine Pingeot. Les phrases jaillissaient, empruntées, de la bouche de chacun donnant l’impression d’un marché à la criée du lieu commun, cacophonie informe et incompréhensible, close par l’annonce penaude, ironique et « denisote » du Zapping. 

Pourquoi rappeler ceci ? Eh bien tout simplement parce que la tragédie strauss-kahnienne nous a, une fois de plus, démontré qu’il y a bien quelque chose de pourri au Royaume de France. En effet, Denis Jeambar, journaliste à l’hebdomadaire Marianne (voir article indigné), profitait de l’arrestation de DSK, pour sortir de sa réserve. N’étant du coup plus lié par son pacte de silence, il passait aux aveux. Oui, car les journalistes de Marianne, du Nouvel Observateur et de Libération étaient contraints au silence par un pacte, le « Pacte de la Sauce » scellé dans divers grands restaurants ! Et ce, par les clauses non-écrites d’un contrat moral passé avec DSK « pour la bonne cause ». 

La bonne cause : mettre fin aux agissement de l’horrible Nicolas Sarkozy qui n’a jamais fait que museler les média et réprimer la liberté d’expression dans ce pays. Dans les batailles, tous les moyens sont bons, même ceux employés par l’ennemi ! Le contrat moral : organiser le feu contre celui qui opprime les Français par son incompétence et pour cela, organiser le baroud d’honneur au Messie Américain. Les clauses non-écrites : DSK dîne avec vous, vous dit tout mais vous ne dites rien pour respecter le calendrier du FMI et des primaires qu’il va gagner. 

En somme, les journalistes avaient l’information sur les intentions de DSK depuis belle lurette et n’ont rien dit, faisant durer le plaisir telle la coupure de pub avant la proclamation de la décision du jury d’un mauvais jeu concours cherchant la prochaine étoile filante de vanité, destinée à briller, l’espace du quart d’heure de gloire wharolien, dans un firmament à hauteur de pâquerettes. 

Pourquoi nous « indigner » de cela ? DSK n’est-il pas l’époux d’Anne Sinclair ? D’ailleurs, nous ne nous indignons pas dans cet article, car nous méprisons cette indignation qui, par la plume parkinsonienne et sénescente de Stéphane Hessel, s’est répandue telle le choléra en tant de disette sur les esprits affamés de prêt-à-penser, affaiblis par trop de bouillon de culture, bouillon que le filtre de l’opinion télévisuelle a épuré du moindre oligo-élément de raisonnement réflexif, de contradiction et de vérité. 

Et si nous ne nous indignons pas, c’est au contraire une joie malsaine, presque lubrique qui nous prend et nous force à sourire. Se rappeler que ce qui importe, toujours et encore, c’est la sauce, la sauce et ce, éternellement. Se dire que le quatrième pouvoir appartient de plein droit à la cinquième colonne du Quignon, c’est sans conteste ce qui nous fait aimer la politique dans son sens large. Le Figaro, sur vendu, Libération, sur vendu, Le Nouvel Obs, sur vendu, Médiapart, vendu, Atlantico, sur vendu, Le Monde, vendu (et d’ailleurs quand il sort de la piste, les représailles sont directes, voir l’article de Renaud Revel) et la liste est longue ; restent La Croix, la presse people, les journaux locaux… et encore. Les journalistes ont besoin des hommes politiques et vice-vesa, Dassault, B,N & P, Rotschild ont investi et veulent contenter les clients de leur information… bref, nihil novi sub sole, cela reviendrait alors à faire un procès au journal La Croix pour son parti pris dans le débat sur la bioéthique : ce serait insensé.

Permettez nous donc d’être cyniques et de dire à tous ceux qui hurlent avec les loups à chaque fois qu’explose au grand jour une histoire de collusion entre la presse et le pouvoir : « vous hurlez avec ceux qui ne se gênent pas pour faire de même et peut-être pire ». La presse est, comme la politique, premièrement et avant tout là pour faire des ventes et nous divertir. Elle est le cervelet de la société du spectacle, tout comme le jeu démocratique d’ailleurs. 

Que ces journalistes aient tout su des intentions de DSK mais n’aient rien dit, c’est lamentable mais c’est très drôle, très excitant. On voit bien l’illusion totale dans laquelle vivait ce microcosme de bobos millionnaires – vous apprécierez ces expressions-slogans cheap et mélenchono-populistes. Ils croyaient pouvoir mener leur bataille tels des grands stratèges olympiens préparant la mission « Propagande ». Ramzy Khiroun se voyait déjà en nouveau Séguéla… Mais comme à Watterloo, il y a eu trahison, sauf que ce ne fut pas le fait d’un capitaine des carabiniers mais de l’Empereur lui-même. A broyeur médiatique, broyeur médiatique et demi ! 

Tous pourris ? Oui et non… Oui, si l’on fait précéder « tous » de « nous ». Non, parce que tout « sauceur » vit aux dépends de ceux qui l’écoutent. Dans la société de l’argent hypocrite et lycanthropique, il faut survivre. Il faut bien acheter de l’essence en oubliant de se rappeler combien de vies ont été détruites dans le Golfe de Guinée, sacrifiées sur l’autel de notre plein. Il faut bien acheter des jouets aux enfants à Noël et faire s’évanouir dans l’odeur de sapin, l’idée abjecte de ces enfants qui ont eux-mêmes fabriqué ces jouets. Alors qui sommes nous pour leur reprocher de nous servir avec égards l’information qu’on leur demande ? 

Le citoyen peut légitimement se sentir dérouter par ces impressions de mensonge constant, de cachotteries, de mépris des engagements et des promesses de ceux qui gouvernent notre pays et nos esprits. Qui se leurre encore en attendant du résultat des urnes des changements radicaux – même du bulletin Borloo, c’est un comble – ?! Alors, plutôt que de les attendre des autres, pourquoi ne commencerions nous pas à les exiger de nous-mêmes, ces changements ? Refuser la compromission au quotidien, refuser de fermer les yeux, de nier les valeurs qu’on affiche aux premiers effluves de réduction de veau… 

Dénoncer, s’indigner, rien de plus simple. S’appliquer ces règles à soi-même, comme il est de coutume de le dire au Mexique « Todo un rollo » soit une autre paire de manches. 

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C’est la lutte infernale, entre nous et demain…

Posté par gramier le 27 mai 2011

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Communiqué de la x-ième intranationale socialiste: « Socialistes de toutes les régions unissez vous ! Contre le malveillant Président Sarkozy qui a bafoué durant quatre années la Démocratie, la République, la France, les Français et l’Honneur de ceux-ci, 2012 ne peut être qu’une année de Victoire. La Présidentielle verra triompher la normalité, le calme, la sérénité. Il faudra réconcilier les Français, rester souder entre nous pour, qu’à l’image du Parti, l’Unité qui fait la force donne Avenir et Espérance pour ce pays à bout de souffle, angoissé, endolori, qui a peur : un pays frustré ! … » 

Voilà un discours pêchu ou l’on ne s’y connaît pas. Un discours plein de vitamines B12 et C6 ! Un discours qui retarde la chute des cheveux, due au stress incommensurable que distille Sarkozy dans la société française, qui nous donne de la vitalité et nous permet d’être au top durant toute la journée. Et on en a besoin, c’est peu de le dire ! Eh oui, avec cette crise, rolalala, pfffiou ! Alors, ouais ! Tous unis, main dans la main ! 2012 sera socialiste ou ne sera pas, parce que 2012 chantera et on verra le pouvoir des roses ! L’hymne de la x-ième intranationale socialiste retentira de Tulle à Lille, en passant par Lyon et Toulouse, Paris n’aura plus le blues et sera dans la place ! 2012, de Tours à Draguignan, de Lons-le-Saunier à Maubeuge, sera comme dans une vraie pub Ushuaïa : à la fin, tout le monde dansera sous une cascade et des cocotiers puis on se savonnera le dos les uns les autres tout en se shampouinant langoureusement, bercés par un grand éclat de rire et la chaleur d’un climat tropical et y’aura plus de problème, plus de haine, plus de méchants de droite. On pourra tous enfin retrouver la paix ! 

Mais avant que ce jour heureux n’arrive, faudrait-il encore que les socialistes puissent présenter un candidat qui ne soit pas mis K.O. avant même le début de la campagne! 

Car au parti de la rose, l’heure n’est pas encore au bal, mais à ses préparatifs. Et pour filer la métaphore… c’est épineux. 

En effet, une menace se fait de plus en plus précise : Cheesecake Ier est devenu le favori des primaires. Les saillies mal contrôlées de DSK en territoire puritain ne suffisaient pas, il faut en plus que Hollande devienne le favori ! Le candidat, aussi plat que son nom de famille, veut devenir Président et pour l’instant, caracole en tête d’élections virtuelles par téléphone et il est bien parti… ce qui est loin de goûter le parti. Il pourrait donc rapidement avoir maille à partir avec ses camarades et du mal à rester… le favori. Mais pour lui, foin du parti puisque ce sont des primaires ouvertes… taillées pour légitimer DSK, pas Hollande ! 

L’union sacrée imposée, à la suite tsunami hormonal de Docteur Strauss, devenu Mister Kahn, s’est fissurée aussi rapidement que les digues de Fukushima… Et naturellement, alors qu’ils regardaient disparaître avec effroi, l’unique soupçon de leadership qu’ils avaient réussi à esquisser dans leur histoire récente, tous les prétendant aux trônes se jetaient sur la boîte de Pandore pour l’ouvrait à la manière de DSK dégrafant un chemisier : en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, les maîtres sauceurs se réarmaient et se mettaient en joue… C’est plus fort qu’eux… 

Même si Hollande est devenu la cible à abattre, tout le monde essaye de sortir son épingle du jeu, tout en fustigeant naturellement la fameuse « politique politicienne », les « petits arrangements » et jurant ses grands dieux de n’avoir pour obsession unique : que les Français. Mais toutes les élites du parti, ou quasi,  préfèreraient encore voter Sarkozy que Hollande. A cela s’ajoutent les attaques de Montebourg, et l’on note que son mépris absolu du Corrézien, partagé avec Fabius et tant d’autres, ne le rend pas pour autant aubryste fervent. Ségolène commence à réfléchir et à se ranger derrière Madame le Maire de Lille, certes. Mais nous connaissons les cas Manuel Valls, Pierre Moscovici et tutti quanti, qui, depuis la mise en examen du colosse aux pieds d’argile (et aux gros besoins), se disent que s’ils veulent avoir accès à la soupière, va pas seulement falloir faire assaut d’amabilités, au contraire, va falloir faire du rentre dedans et rappeler qu’ils étaient sur le point de gagner.  Même Jean-Paul « Séguéla » Huchon donne de la voix. C’est dire ! Avec Hollande en menace et tous les ventres des jeunes loups comme ceux des vieux singes qui gargouillent, c’est un énorme coup de pression qui vient d’être mis par le destin sur cette x-ième intranationale socialiste qui n’a pour seul ciment que la fringale inapaisable de gros croûtons bien gras et le besoin impérieux de saucer… 

Pourtant l’Histoire devrait leur servir de leçon : un autre avant eux a eu une envie inapaisable de gros… et lui aussi a été pris d’une envie de tremper le croûton dans la sauce…assailli par un besoin impérieux de saillir. Ca c’est mal terminé, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont dans cette tourbe. Alors, au lieu de déterrer la hache de guerre au tractopelle et, ainsi, se susurrer des sous-entendus piquants et violents à l’oreille par média interposés, ils devraient peut être faire en sorte d’écouter la grande union nationale des anti-sarkozystes dont ils se veulent les prochains dirigeants, parce que les mêmes anti-sarkozystes risquent d’y regarder à deux fois avant de confier la reconstruction de leur pays détruit par cinq années d’ultra-Présidence, à des hommes et des femmes politiques qui, aussi « normaux » soient-ils, sont incapables de se comporter en adultes responsables et de s’entendre entre eux… Ce qu’ils n’arrivent pas à faire avec leur parti, il ne le feront sûrement pas avec une nation. 

Terminons sur ce poncif : il serait faux de croire que des primaires règleront tout. Si le parti n’est pas uni, primaires réussies ou non, le candidat aura bien du mal en campagne et la x-ième intranationale socialiste risque bien d’être la dernière, faute d’électeurs socialistes en nombre suffisant… 

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Pour un débat anti-démocratique…

Posté par gramier le 25 mai 2011

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Comment exprimer mon émoi politico-ontologique?

Ma référence philosophique tout d’abord : « Dialogues avec Paul VI » de Jean Guiton. Cela permettra, au moins à ceux qui l’ont lu – aussi peu nombreux soient-ils – de comprendre plus rapidement de quoi ce papier retourne.

Ce soir, la fringale politique me prends. Je veux savoir, je veux des augures, je veux me sentir empreint de politique. La succession de DSK m’a mis en appétit. Je regarde « Le Grand Journal » je reste tout naturellement sur ma faim. Je passe sur « Dimanche + », toujours en streaming, j’y trouve un Delanoë calme, sage mais creux et lisse. Errant sur Twitter, je lis des échos de « Ce soir ou jamais » par Taddéï sur France 3. Il semblerait que les invités n’aient pas été tendre avec Hollande. C’est ému et tremblant d’excitation que je me rue littéralement sur le site de l’émission pour la en prendre connaissance.

Invités : Henri Guaino, conseiller spécial de l’Elysée et Emmanuel Todd, le réputé penseur, pour faire large. Diverses et multiples sont les thématiques. Todd semble plein de morgue, Guaino, sourire en coin comme à son habitude, riche en références savoureuses aussi bien historiques que philosophiques. Je suis de droite partiale, cette impression ne m’étonne en rien de moi-même.

Le « débat », puisque c’est ainsi que le présentateur intitule l’entretien, en arrive à un des chevaux de bataille du chercheur Todd : le Protectionnisme. Il y a deux points de vue, sur cette question, a priori radicalement différents chez les deux hommes qui, malgré les apparences, semblent se connaître fort bien et ce depuis longtemps – le cercle de réflexion Marc Bloch ou autre, je ne sais plus, les ayant réuni dans leur jeunesse. Tout les oppose.

Je pourlèche déjà de mon cerveau ramolli les babines de mon esprit. Todd expose clairement sa pensée : « une idée forte » dit-il. Il est clair que l’exposition qu’il fait du protectionnisme est limpide tout en restant complexe et sujette à approfondissement, mais ce n’est pas le lieu ni l’endroit, nous sommes à la télévision et c’est le temps médiatique qui rythme l’échange.

Je réfléchis un instant et me rappelle le nombre de fois où, vivant pour quelques mois au Mexique, j’entrevois l’infamie du dumping salarial, qui pousse aux délocalisations, appauvrissant l’Europe pour enrichir les actionnaires des grandes entreprises et les rares privilégiés de ces pays qui se développent sans pour autant faire le bonheur des ouvriers exploités sur place. Je me rappelle ces réflexions que je me fais en comparant nos systèmes sociaux et ceux de ces pays « à bas coûts salariaux » et au « bas coût de la vie humaine », cynisme déroutant, qui sont prêts à laisser mourir, au XXIème siècle, leurs citoyens, par impuissance et par conservatisme, par amour du lucre et du gain, par culte social du consumérisme, par dévotion à la réussite sociale soit disant égalitaire… comme si les gens naissaient égaux devant la vie ! Je me dis donc, voilà une idée à développer. Le Protectionnisme européen, le protectionnisme au sein d’espaces économiques tels que l’Europe – une nation s’étoufferait en s’y engageant toute seule aujourd’hui – pourquoi pas, je n’y avais jamais réellement réfléchi. Réguler les marchés financiers oui, mais le Protectionnisme, les frontières… Sans parler de moralisation, avec de simples règles. Peut-être ai-je tort, peut-être que Todd est un Tarik Ramadan de la macro-économie, mais son idée ne semble en rien marxiste, totalitaire, elle semble plutôt libérale, en adéquation avec les évidentes règles de la concurrence commerciale, mais avec des règles « physiquement » établies. Contre la dérégulation mais matériellement et pas seulement intellectuellement, ma foi…

Guaino, son contradicteur, rôle imposé par le terme « débat », se lance dans un éloge du libre-échange… Pas si simple. Après moult circonvolutions, rappels historiques remontant à la gigantomachie, le secrétaire particulier de Sarkozy tente, désespérément et de manière fort piètre, de démontrer… la même chose que Todd mais avec fébrilité et complication, et donc inutilement. Tout cela est sur la forme très proche du discours politique. Il tente d’esquiver longuement puis est acculé à sentencier sa vision et alors, le but n’est plus la recherche de la vérité, sinon, la volonté sans faille de coller à son personnage : le contradicteur, l’homme intrinsèquement en désaccord avec Todd.

Au final, l’idée forte, qui est censée être son fonds de commerce, en tant que plume présidentielle, l’idée brillante sur laquelle il eut été possible de construire un merveilleux « dialogue » et non plus débat, est méprisée et mise sous cape, sacrifiée sur l’autel de la contradiction inhérente et essentielle à tout « débat ».

Débattre, c’est se mettre préalablement dans la posture de combat et d’orgueil. Débattre c’est détruire les propos de l’autre, c’est la sublimation de la guerre par les mots, aussi feutrés et mouchetés soient-ils. Rien de bon pour la société ne peut sortir du « débat ». En revanche, l’institution du « dialogue », tel que Guiton le définit dans ses entretiens supposés avec le second Pape du Concile Vatican II, est un chemin que auquel nous devrions penser beaucoup plus souvent. Le débat impose la contradictoire, seyant aux tribunaux, d’accord, mais à la politique? Tout débat demande une posture d’« à son corps défendant », souvent malhonnête et intellectuellement terroriste ou veule. Cela nous amène à entendre nos hommes politiques, au sens large, déblatérer pour nous laisser, enfin, dans l’ignorance, pour mieux nous endormir ???

Je ne suis pas populiste, mais souvent, il y a quelque chose de cynique dans l’organisation médiatique, narcissique et auto-satisfaite de « débats » qui montrent ces têtes pensantes camper sur leurs positions du début à la fin.

Entendre un débatteur dire un jour « Mais vous n’avez pas tort, Madame, vous avez même raison, Monsieur, je n’y avais pas pensé ! Alors, comment faisons-nous ? Comment pensons-nous la suite ? Quelles perspectives ? » Ne serait-ce pas non plus la tradition socratique ? De la réflexion en directe ! Le débat est un vernis démocratique, opiacé démagogique, la défaite du politique face au temps médiatique, ou plutôt, exploitation lucide de ce temps médiatique pour mieux berner à coup de formules, d’imprécations et de pinailleries grotesques.

La politique n’est pas la philosophie mais qu’attendre des « grands débats nationaux » si ce ne sont frustrations et opinions infondées ? Je me le demande. J’ai ma réponse : rien. Une société du « débat » c’est une société des luttes errantes, des passions destructrices, de l’inhibition, des extrémismes et de ressentiment. A contrario, une société du « dialogue » est une société de l’écoute de l’autre et de l’attention à la Raison éclairante, une société qui ne subit pas mais qui se construit.

Je remercie les personnes comme Emmanuel Todd, dénonce ceux que représente Henri Guaino, et en appelle à la responsabilité des cadres de France Télévision s’ils veulent réellement faire du service public un instrument démocratique.

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