Et s’il ne devait en rester qu’un…

Posté par gramier le 24 octobre 2011

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Comme me le rappelait un ami il y a peu, alors que je lui commentait comment Christophe Barbier-Soleil lisait, dans les dernières billevesées empreintes de stupidités de Dati contre Fillon, un augure au relent de fin de règne sarkozyste, « S’il ne doit en rester qu’un… je serai celui-là ».

Ni cet ami ni moi-même ne sommes Hugo. Pourtant, le parallèle est manifeste : alors que Hollande et son parti socialiste moribond et asséché s’apprête à reproduire la prise de pouvoir lamentable du 2 décembre 1851, j’ose donc crier que s’il ne doit plus rester qu’un sarkozyste sur cette planète, eh bien ce sera moi, et cet ami, à n’en point douter.

Beaucoup doivent se demander comment il est possible d’aller ainsi aveuglément au « casse-pipe idéologique ». Eh bien la réponse est simple : c’est l’avenir de la France qui est ici en jeu. Les Français croient qu’avec un président « gentil et aimable », tous leurs problèmes seront « adoucis », leurs peurs les plus profondes mises en fuite et délitées par le simple fait qu’un homme aura prononcé les mots magiques de « changement » et d’ « espoir ». Ce qu’ils ne savent pas, c’est que pour prononcer ces mots, il faut avoir les attributs qui vont avec. Être né d’un pur hasard de l’histoire, avoir déclos sa robe rose au soleil de l’opinion publique en misant, pour réussir, sur le priapisme débridé d’un « camarade » bien plus compétent mais malade, passé du Capitole à la Roche Tarpéienne en l’espace des quelques secondes d’un coït inavouable, c’est l’antithèse d’une conquête brillante. C’est le comble du cheap.

Alors, certes, la France n’a pas encore couronné son nouvel empereur républicain et la route est encore longue. Rien ne sert de hurler avec les loups d’un journalisme aux prises avec les exigences économiques de son business-model, qui voit en Hollande le compagnon d’une de leurs admirables collègues, le sauveur de la langue française, l’homme de la situation à la volonté sans faille.

Le putch des cœurs s’entend si le chef a quelque chose de plus à apporter, une force profonde, une expérience, un fait d’arme. Mais là, alors que nous sommes en pleine bataille, nous voudrions changer de capitaine sous des prétextes fallacieux, portés par l’éternel secrétaire du PS, tels que le « vivrensemble », « la juste répartitions des richesses », « la transparence », et pourquoi pas non plus la remise en marche de l’ « ascenseur social » – pour un chiraquien tel que Hollande, rien d’anormal ? Fallacieux, j’entends par là, non qu’ils soient négligeables, mais que ce ne sont pas des arguments de combattants. Il faut certes se préoccuper de ne pas mettre de l’huile sur le feu dans une société qui peine à intégrer sa jeunesse, notamment celle issue des minorités visibles, ses citoyens en fin de carrière, etc… Mais soyons réalistes, tout cela ne pourra pas se faire correctement tant que l’on n’aura pas sorti l’Europe de la crise qui la plombe. Fonder un programme sur cette idée, on peut le faire quand on a une situation économique porteuse qui le permet mais, alors que les sirènes retentissent, cela reviendrait à terminer les travaux d’isolation de son appartement de Dresde lors du bombardement de 1945.

Et nous sommes bombardés. Hollande se prépare à être élu et comme tout Président qui se respecte, il se préparera ensuite à être réélu. Un premier mandat, pris en tenaille entre les exigences de sa fonction (qu’il découvrira le jour même, ne sachant même pas ce qu’est un conseil des ministres), la crise et son électorat, comme le fut Sarkozy, pris, pour sa part, entre son électorat et la crise. Sarkozy n’aura plus rien à perdre et fera ce qu’il faut, quand Hollande minaudera.

Hollande, s’il était élu, ne serait qu’un Napoléon III porté par un parti idéologiquement en décrépitude, avec pour généraux, des assoiffés de responsabilités publiques complètement embourbés dans leurs idéaux passéistes et inadaptés d’une société parfaite où tout le monde serait gentil, partageur, aimable. En sommes, des pseudo idéalistes bien pensant qui mentent en nous faisant croire que la politique et sa logique peuvent quelque chose, que c’est elle qui dicte ses lois à la société et peut en changer les hommes. C’est beau, mais c’est irréaliste. Totalement irréaliste. Et surtout, même s’il le pouvaient dans les faits, ils en sont complètement incapables.

Alors, va ! Que les Français trouvent en Hollande leur sauveur, le seul espoir possible dans la tourmente, mais, pour ma part, je le redis, s’il ne devait rester qu’un sarkozyste, je serai celui-là, car je n’ai aucune envie d’une nouvelle défaite de mon pays face à l’Allemagne, pour cause de nouveau président trop présomptueux et incompétent ! La cohésion sociale est une idée magnifique, mais elle attendra bien 2017. Mise au centre aujourd’hui, elle serait suicidaire car horriblement coûteuse, paralysante et vaine : ce n’est pas l’heure pour cela, ce n’est pas l’heure d’Hollande !

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He has a dream…

Posté par gramier le 24 juin 2011

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Alors, dans la famille Chirac toujours, je demande le gendre. Un sourire irrépressible éclaire malignement notre visage à la lecture de cette phrase, au détour d’un article des Echos.fr, aujourd’hui, au sujet du futur remaniement devant suivre la probable nomination de Christine Lagarde au FMI : « Le nom de l’ex secrétaire général-adjoint de l’Elysée, Frédéric Salat-Barroux, marié à Claude, la fille de Jacques Chirac, est également évoqué. Il a récemment rallié M. Borloo et rêve d’être ministre. »  

Ce qui est absolument délicieux c’est bien ce très ironique « il rêve d’être ministre ». . Oui, car ce brillant sujet est programmé pour. Son curriculum est pour le moins aussi impressionnant appétissant qu’une guirlande de Morteau chez votre charcutier-conseil : « Titulaire d’une maîtrise de droit des affaires, diplômé de Sciences-Po, de l’ESCP et de l’ENA, il entre en 1991 au Conseil d’État où il est promu maître des requêtes en 1994 et nommé commissaire du gouvernement près l’Assemblée du contentieux et les autres formations de jugement. Conseiller technique au cabinet d’Alain Juppé à Matignon, chargé de la santé et de la sécurité sociale En septembre 2000, il rejoint le cabinet de Jacques Chirac comme conseiller social puis, il est secrétaire général adjoint de la présidence de la République, enfin, il est promu conseiller d’État, quelques semaines avant l’achèvement du quinquennat de Jacques Chirac » peut-on lire sur Wikipédia. La dernière affirmation est, elle-même, très marrante. Cet homme a aussi le mérite de s’être marié à Claude Chirac. On ne lui reprochera en rien d’avoir volé ses différents postes, et nous ne nous permettrons en rien de douter de l’amour qu’il porte à la belle Claude Chirac. Le sujet n’est pas là. Ce qui est en revanche absolument génial c’est d’observer un chiraquien, et non des moindres, jouer des coudes pour s’approcher du buffet.  Sa stratégie est limpide: se construire le statut de « prise idéale » en s’acoquinant avec les ennemis du Prince les plus notoires et en annonçant qu’il n’aura pas de mal à les renier.

Lors de la saillie drolatique de Chirac et son fameux trait « d’humour corrézien entre républicains qui se connaissent de longue date » – Chirac annonçant qu’il voterait Hollande si Juppé ne se présentait pas – Le Figaro se plaisait à raconter comment le gendre avait lui-même poussé un bon papa légèrement désinhibé et déclinant, à faire, dès le lendemain, un communiqué à l’AFP réduisant l’affirmation répétée de la veille, peu appréciée par l’Elysée, à l’état de boutade sans importance et sans signification particulière. Mais pourquoi ce partisan affiché de Jean-Louis Borloo, familier de Chirac, avait-t-il mis tant d’empressement à faire en sorte que ces mots étonnants, dans la bouche du fondateur de l’UMP, soient corrigés ? Selon le journaliste, notre homme devait déjà « rêver » à un secrétariat d’Etat. On comprendra son embarras, l’intention de vote déclarée du vieux, remonté comme un buffle contre son successeur, faisait alors moche dans le tableau.  

Si cela fonctionne et qu’il devient ministre ou secrétaire d’Etat, Frédéric Salat-Barroux (FSB) nous aura quasiment donné en live une Master Class de Quignonnerie et de Sauçage. La stratégie, dans ce cas, est un must, vraiment carrée, pas un plis, pas une faute de carre, une maîtrise totale du sujet, dans les règles absolues de l’art, une sorte même d’hommage à la tradition de la sauce, avec tout ce qu’il y a d’opportunisme, de réseau, de traîtrise, d’ambition, d’amour du fond de plat, de passion culinaire pour les cuisines de la République. On ne peut pas dire que ce soit extrêmement glorieux, mais la fidélité politique ce n’est pas ce que l’on retient quand on a fait ses armes au service du Prince de la Mouillette, qu’on est son gendre, surtout quand on sait qu’il n’y a que les perdants qui auraient du changer de convictions plus tôt… Plus que la nomination de Lagarde, que les primaires PS, que les résultat du Bingo, la semaine prochaine sera celle de l’entrée ou non de FSB dans l’Histoire, nous fretillons d’excitation, le suspense est insoutenable. Un grand moment gribiche, comme on a rarement l’occasion d’en observer d’aussi savoureux, à vous faire saliver jusqu’à s’en baver dessus! 

Salat-Barroux2011, Frédéric on est tous avec toi : Salat, Secrétaire d’Etat, Salat, Secrétaire d’Etat, Salat, Secrétaire d’Etat…  

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Amertume « Corona »-rienne…

Posté par gramier le 8 juin 2011

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C’est un Chirac plein de sensibilité et d’humanité que nous retrouvons dans le second tome de ses Mémoires: Le temps présidentiel. En bon démagogue, il livre ce que tout le monde attendait avec une malsaine curiosité : son point de vue sur celui qui le remplaça au Palais de l’Elysée. Et les premiers extraits ne semblent pas piqués de hannetons, ce n’est rien de l’écrire. L’homme ne mâche pas ses mots, loin s’en faut, ni un chewing-gum d’ailleurs, il s’agit sûrement du départ en vrille d’un de ses nerfs affectés par une dégénérescence crypto-parkinsonienne de moins en moins dissimulable.

Alors, comme beaucoup, nous nous aventurons à parler ici d’un livre que nous n’avons pas lu, c’est pour cela que nous procéderons aux précautions oratoires que l’honnêteté intellectuelle impose, si tant est qu’elle existe : ce n’est qu’en prenant connaissance d’un court extrait de la somme politique chiraquienne, livré par le Nouvel Observateur, que nous est venue cette réflexion, et pour être précis, c’est une phrase en particulier qui engendra, en nous, l’irrepressible besoin de réaction intempestive. Dans les pages du réputé hebdomadaire, nous pouvons lire, au sujet de l’élection présidentielle de 2007 : « (Au soir de l’élection) chacun de nous écoute avec la plus grande attention chaque phrase, chaque mot qu’il prononce, guettant secrètement le moment où il citera sans doute le nom de celui auquel il s’apprête à succéder, ou même le remerciera du soutien qu’il lui a apporté. Mais ce moment ne viendra jamais. Pour ma part, je m’abstiens de manifester la moindre réaction. Mais au fond de moi je suis touché, et je sais désormais à quoi m’en tenir »

N’est-ce pas là, le plus beau moment de cinéma de la littérature politico-inutile française ? Chirac, le plus grand charlatan de l’histoire de la République, depuis 1790, le Prince des filous, celui qui a fait de la traîtrise et de la démagogie une profession de foi, celui qui a incarné l’immobilisme absolu, la bière et la soude, dans laquelle il trempait la Chambre Introuvable héritée de 1993, l’homme dont le testament politique fut « Mangez des pommes », monarque par défaut en 2002, le gaullisto-ringard drapé dans des postures faciles, crétines et démagogiques de Défendeur des Cultures et des Droits de l’Homme, l’homme du couteau dans le dos de VGE, bien plus brillant que lui, des frais de bouches de la Mairie de Paris, des emplois fictifs, des HLM, des faux chargés de mission, affaires desquelles il laissa lâchement la responsabilité à Alain Juppé – le meilleur d’entre eux deux, moins futé aussi – Louise-Yvonne Casseta, Michel Roussin, pour ne citer qu’eux, Chirac, le piteux limier, comploteur amateur de Clearstream s’entourant de bras cassés grandiloquents et mégalomaniaques comme Villepin, et tutti quanti, tente l’émotion.

Bref, Chirac fut un échec total et complet, l’évitement de la guerre en Irak mis à part, unique élément consistant accordable à son pitoyable actif. Aujourd’hui c’est une honte pour une personnalité politique que d’être taxée de chiraquien, sauf peut-être quand on se sent aussi incarné par l’esprit de mollesse, de démagogie et de droitdelhommisme cheap et concon, en somme sauf quand on s’appelle François Hollande. Sa présidence a été oubliée comme une odeur de renfermé après l’ouverture d’une fenêtre. Son « Temps présidentiel » aurait pu s’intitulé « Temps de perdu » pour la France. Il laisse l’image d’un stratège d’opérette, un politicien malhonnête et sauceur, égalant avec peine, sur la forme, un pantomime piètre et caricatural d’un mauvais vaudeville de Dumas fils.

De Chirac il ne restera rien, mises à part ses engeances tristement célèbres, ses hères, inspirant leur philosophie de vie de ses façons  – « saucez, saucez, il en restera toujours quelque chose » – et notamment Michèle Alliot-Marie, dont on connaît la fin de carrière lamentable… une chiraquienne pêchant par excès de gourmandise ? Rien de plus naturel, c’est génétique,  un chiraquien est un être composé à 70% non pas d’eau mais de béchamel.

Enfin, Chirac ne vaut vraiment pas qu’on lui accorde plus de temps, il nous en a déjà assez fait perdre. Remarquons juste que, dela part d’un vieux loup de mer n’ayant jamais navigué qu’en eaux troubles, madré comme un goupil, roué comme verrat, il est étonnant d’assister à une telle exposition de son amertume face à ce qui n’était, politiquement, qu’un calcul basique et tout à fait compréhensible, qu’il se serait sûrement passé sans vergogne à la place de Sarkozy, Brutus vainqueur. Mais que diable ! Ce n’est tout de même pas au vieux singe qu’on apprendra a faire la grimace !

Au jusant de sa vie, l’ex-président, ce César décati et grotesque – pourtant homme fort culte, à qui l’on saura grand gré d’avoir réhabilité le puissant néologisme rimbaldien « abracadabrantesque » –  se retrouve, comme le poète, à la poupe d’une absurde croisière politique, son triste cœur bavant, son cœur plein de caporal. Ultime coup d’esbroufe d’un fieffé coquin – qui ose faire un procès en ambition démesurée à son successeur – ou élan sincère d’une fin de carrière pathétique, bien que réussie aux yeux du monde ? Chirac « touché », en sa sensibilité d’homme ou en son orgueil de sauceur déchu et renié ? Tout est laissé au bénéfice du doute, nous ne saurons jamais. Il reste que, à l’image de cette phrase, nous retournant sur ce que fut Jacques Chirac, plus que l’envie de satire, c’est la pitié qui nous prend.

Pour toute cicatrice, il n’aura laissé dans l’histoire, qu’une vilaine tache de vanité, d’illusion et le sonnant sacrifice des intérêts communs sur l’autel de la très sainte Sauce.

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C’est la lutte infernale, entre nous et demain…

Posté par gramier le 27 mai 2011

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Communiqué de la x-ième intranationale socialiste: « Socialistes de toutes les régions unissez vous ! Contre le malveillant Président Sarkozy qui a bafoué durant quatre années la Démocratie, la République, la France, les Français et l’Honneur de ceux-ci, 2012 ne peut être qu’une année de Victoire. La Présidentielle verra triompher la normalité, le calme, la sérénité. Il faudra réconcilier les Français, rester souder entre nous pour, qu’à l’image du Parti, l’Unité qui fait la force donne Avenir et Espérance pour ce pays à bout de souffle, angoissé, endolori, qui a peur : un pays frustré ! … » 

Voilà un discours pêchu ou l’on ne s’y connaît pas. Un discours plein de vitamines B12 et C6 ! Un discours qui retarde la chute des cheveux, due au stress incommensurable que distille Sarkozy dans la société française, qui nous donne de la vitalité et nous permet d’être au top durant toute la journée. Et on en a besoin, c’est peu de le dire ! Eh oui, avec cette crise, rolalala, pfffiou ! Alors, ouais ! Tous unis, main dans la main ! 2012 sera socialiste ou ne sera pas, parce que 2012 chantera et on verra le pouvoir des roses ! L’hymne de la x-ième intranationale socialiste retentira de Tulle à Lille, en passant par Lyon et Toulouse, Paris n’aura plus le blues et sera dans la place ! 2012, de Tours à Draguignan, de Lons-le-Saunier à Maubeuge, sera comme dans une vraie pub Ushuaïa : à la fin, tout le monde dansera sous une cascade et des cocotiers puis on se savonnera le dos les uns les autres tout en se shampouinant langoureusement, bercés par un grand éclat de rire et la chaleur d’un climat tropical et y’aura plus de problème, plus de haine, plus de méchants de droite. On pourra tous enfin retrouver la paix ! 

Mais avant que ce jour heureux n’arrive, faudrait-il encore que les socialistes puissent présenter un candidat qui ne soit pas mis K.O. avant même le début de la campagne! 

Car au parti de la rose, l’heure n’est pas encore au bal, mais à ses préparatifs. Et pour filer la métaphore… c’est épineux. 

En effet, une menace se fait de plus en plus précise : Cheesecake Ier est devenu le favori des primaires. Les saillies mal contrôlées de DSK en territoire puritain ne suffisaient pas, il faut en plus que Hollande devienne le favori ! Le candidat, aussi plat que son nom de famille, veut devenir Président et pour l’instant, caracole en tête d’élections virtuelles par téléphone et il est bien parti… ce qui est loin de goûter le parti. Il pourrait donc rapidement avoir maille à partir avec ses camarades et du mal à rester… le favori. Mais pour lui, foin du parti puisque ce sont des primaires ouvertes… taillées pour légitimer DSK, pas Hollande ! 

L’union sacrée imposée, à la suite tsunami hormonal de Docteur Strauss, devenu Mister Kahn, s’est fissurée aussi rapidement que les digues de Fukushima… Et naturellement, alors qu’ils regardaient disparaître avec effroi, l’unique soupçon de leadership qu’ils avaient réussi à esquisser dans leur histoire récente, tous les prétendant aux trônes se jetaient sur la boîte de Pandore pour l’ouvrait à la manière de DSK dégrafant un chemisier : en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, les maîtres sauceurs se réarmaient et se mettaient en joue… C’est plus fort qu’eux… 

Même si Hollande est devenu la cible à abattre, tout le monde essaye de sortir son épingle du jeu, tout en fustigeant naturellement la fameuse « politique politicienne », les « petits arrangements » et jurant ses grands dieux de n’avoir pour obsession unique : que les Français. Mais toutes les élites du parti, ou quasi,  préfèreraient encore voter Sarkozy que Hollande. A cela s’ajoutent les attaques de Montebourg, et l’on note que son mépris absolu du Corrézien, partagé avec Fabius et tant d’autres, ne le rend pas pour autant aubryste fervent. Ségolène commence à réfléchir et à se ranger derrière Madame le Maire de Lille, certes. Mais nous connaissons les cas Manuel Valls, Pierre Moscovici et tutti quanti, qui, depuis la mise en examen du colosse aux pieds d’argile (et aux gros besoins), se disent que s’ils veulent avoir accès à la soupière, va pas seulement falloir faire assaut d’amabilités, au contraire, va falloir faire du rentre dedans et rappeler qu’ils étaient sur le point de gagner.  Même Jean-Paul « Séguéla » Huchon donne de la voix. C’est dire ! Avec Hollande en menace et tous les ventres des jeunes loups comme ceux des vieux singes qui gargouillent, c’est un énorme coup de pression qui vient d’être mis par le destin sur cette x-ième intranationale socialiste qui n’a pour seul ciment que la fringale inapaisable de gros croûtons bien gras et le besoin impérieux de saucer… 

Pourtant l’Histoire devrait leur servir de leçon : un autre avant eux a eu une envie inapaisable de gros… et lui aussi a été pris d’une envie de tremper le croûton dans la sauce…assailli par un besoin impérieux de saillir. Ca c’est mal terminé, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont dans cette tourbe. Alors, au lieu de déterrer la hache de guerre au tractopelle et, ainsi, se susurrer des sous-entendus piquants et violents à l’oreille par média interposés, ils devraient peut être faire en sorte d’écouter la grande union nationale des anti-sarkozystes dont ils se veulent les prochains dirigeants, parce que les mêmes anti-sarkozystes risquent d’y regarder à deux fois avant de confier la reconstruction de leur pays détruit par cinq années d’ultra-Présidence, à des hommes et des femmes politiques qui, aussi « normaux » soient-ils, sont incapables de se comporter en adultes responsables et de s’entendre entre eux… Ce qu’ils n’arrivent pas à faire avec leur parti, il ne le feront sûrement pas avec une nation. 

Terminons sur ce poncif : il serait faux de croire que des primaires règleront tout. Si le parti n’est pas uni, primaires réussies ou non, le candidat aura bien du mal en campagne et la x-ième intranationale socialiste risque bien d’être la dernière, faute d’électeurs socialistes en nombre suffisant… 

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Trois petits sondages et puis s’en vont…

Posté par gramier le 24 mai 2011

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La malédiction des bons sondages pour les présidentielles frappera encore.

Et aussi curieux que cela puisse paraître, Sarkozy sera confortablement réélu à la tête de l’Etat Français dans un an. 

Naturellement, les Français ne sont pas des imbéciles et ne tournent pas casaque aussi facilement. Pour l’instant, ils mettent les candidats déclarés au pinacle. C’est le cas de Hollande par exemple qui semble bénéficier de l’éviction de DSK du paysage politique. L’opinion publique se retrouve contrainte à trouver en lui l’homme de la situation pour 2012, par défaut. Faute de grives, ne mange-t-on pas des merles ? 

Eh oui, le raz le bol est encore bien présent dans le cœur des Français. Nous n’allons en énumérer une n-ième fois les multiples causes, mais il est certain que cette défiance à l’égard de la droite, aux commandes depuis 2002 sous l’égide de Sarkozy, est indéniable et très réelle. 

Nicolas Canteloup supposait que le lundi 16 mai, dans les corridors de l’Elysée, résonnait la musique poétique et enjoleuse de « La Fiesta », de Patrick Sébastien, signifiant par là la joie à recevoir ce cadeau à Sarkozy qu’est le sabotage de DSK par lui-même. Ce n’est pas tout à fait comme ça que l’Elysée réagit semble-t-il, mais dans le fond, le résultat sera le même. Un G8 en meneur des grands décideurs de ce monde, un enfant, une belle femme, une situation économique enviée par tous les pays européens sauf l’Allemagne, en situation de proposer au FMI la candidature d’une compatriote, malgré DSK – cet acte venant aussi légitimer la cohérence de l’action de Lagarde à la tête du ministère de l’Economie et des Finances, et donc de Sarkozy, ce coup serait un coup de maître (voir notre article sur Sarkozy et DSK au FMI ici), si
la CJR le permet –, éléments qui donneront au candidat Sarkozy, lors de la campagne, des avantages compétitifs essentiels pour ce qui est de la stature présidentielle. 

En somme, ce que beaucoup de commentateurs ne veulent pas dire, par plaisir pur de créer la surprise, c’est que sans DSK, le PS n’arrivera pas à ne pas se déchirer – Valls a retrouver ses canines de vampire suceur de plancher, Martine hoquette et gagne sans triomphe des cantonales « gâteau », François triomphe modestement avec cette même tête cérémonieuse au sourcil froncé de futur Président « normal », Royal se voit déjà en Présidente du Pouvoir d’Achat, Montebourg ne se sent plus de joie et ouvre un large bec… Marine Le Pen va se dégonfler comme une baudruche qu’elle est. Villepin prendre du sursis. Borloo ne se présentera pas. Bayrou continuera à vendre du rêve, et toujours pas de réalité. En somme, Sarkozy sera au second tour – à moins d’un nouvelle sortie telle que « casse toi pauv’con », mais cela est plus qu’improbable, Sarkozy n’est pas le dilettante qu’est DSK – et il sera bien dur au candidat PS, quel qu’il soit, de concurrencer un président sortant, machine politique rarement égalée, à la stature hautement et de plus en plus présidentielle malgré ses quelques casseroles. 

Aucun président de la cinquième n’a été fait par les sondages et ne le sera jamais. Les sondages fonctionnent comme un thermomètre des humeurs françaises, mais leur interprétation est équivalente à la science météorologique, dont Philippe Bouvard, spirituel, disait qu’elle est « la science qui indique le temps qu’il aurait dû faire ». Les augures sondagiers sont rarement des « open books », ils demandent calme et recul, leur sésame, la substantielle moelle, se trouvent à leur marge et leur frange, le corps de ce texte fumant n’étant souvent qu’un écran malicieux destiné à tromper les jeunes padawans aveuglés par leur exaltation, jouant aux haruspices roués. 

Vous nous direz, de là à faire de François Hollande un jeune et fougueux padawan… c’était une image, cela va sans dire (voir notre article sur Hollande Président). 

Si Sarkozy n’est pas tout proche de gagner, il est bien loin d’avoir perdu. 

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Parole de sauceur anonyme…

Posté par gramier le 12 mai 2011

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Par Chybrock, plume amie

Il y eut jadis le baptême de Clovis, le sacre de Charlemagne, l’élection d’Hugues Capet, la bataille de Bouvines, Jeanne d’Arc et Charles VII, Marignan, l’édit de Nantes, Louis XIV, la révolution, Valmy, Napoléon, les Républiques, le Front populaire, la Libération, De Gaulle, Mitterrand, ce qui a façonné et façonne ce vieux pays qu’est la France.

Le jeudi 12 mai 2011 sera à tout jamais marqué du sceau de l’Histoire, dans la droite ligne des évènements qui forgent pour toujours l’unité d’un pays. Et bien que se passe-t-il, à quoi assiste-t-on ? Pourquoi cet exercice d’Histoire immédiate, tel Chateaubriand commentant la prise de la Bastille ? En ce jour béni, la France est peut être sauvée, une rupture est en marche, le début d’une ère de renouveau, d’espoir, d’espérance, peut être même s’agit-il d’un nouveau 18 juin 1940.

Car en effet, ça y est ! IL l’a fait ! Oui, nous pouvons exulter de joie, ce moment tant attendu est arrivé, Français vous êtes sauvés, vous avez été entendus, vos prières, voeux (vaches, cochons) seront exaucées. On ne vous a pas abandonnés, n’ayez crainte, votre destin est en marche, le GRAND HOMME s’est levé. Qui ? Quoi ? Comment ? Le GRAND HOMME, car c’est ainsi qu’Hegel, n’en doutons pas, l’aurait reconnu si sa Phénoménologie de l’Esprit était en cours d’écriture. Le GRAND HOMME c’est celui qui fait l’Histoire, qui réussi à faire de sa vie le destin d’une nation, d’un peuple tout entier. Celui qui saisit ce qu’Aristote appelle le kairos, le moment opportun, l’instant décisif où il se révèle au monde et lui donne cette inflexion qui imprimera sa marque pour les siècles des siècles.

Amen ! Ite missa est ! Mais alors, les chrétiens ont raison ? Fêter la naissance et la mort de ce Jésus-Christ tous les ans depuis deux millénaires, leurs efforts auraient-ils enfin payés ? A force de louanges et de prières, IL se serait enfin décidé à revenir, à soulager le monde de ses misères et de ses malheurs. En ce 12 mai 2011, et après tout pourquoi pas, l’Apocalypse se réalise, le sauveur est parmi nous. Qui est-il ? Comment s’incarne-t-il cette fois-ci ?
Notre curiosité est aiguisée, notre cœur palpite à l’idée de découvrir qui le Très Haut a élu.

Au risque de flirter avec l’hérésie et de décevoir les croyants les plus fervents, il faut rassurer tout de suite le lecteur, ce GRAND HOMME n’est pas le Très Haut lui-même, ni son fils ou un de ses parents. L’évènement majeur de ce jour n’est donc pas lié à l’annonce de candidature de Dominique Strauss-Kahn (saint) patron du FMI à l’élection présidentielle à venir. Et bien, non, il semble que se soit plutôt à droite que cela se joue, car en 2011,  le GRAND HOMME ne peut être que politique, ce n’est plus un roi, un général ou une vierge mystique, cela aurait un air de déjà vu, ce n’est pas encore un PDG, un rappeur ou une chanteuse. Patience, il est trop tôt.

Alors oui, IL a parlé, IL l’a fait, le masque est tombé. Désolé François, pardon Dominique, vous l’aurez compris, il ne s’agit pas de vous. Mais rassurez-vous ce n’est pas non plus votre meilleur ennemi Nicolas Ier. Non ce GRAND HOMME c’est, roulement tambour, tapis rouge
: YVES JEGO. Alors ? Heureux ? Surpris ? C’est vrai qu’on dit dans la Bible que les derniers seront les premiers, mais là tout de même il fallait y penser, Yves Jégo, c’est fort, on n’aurait pas cru, c’est qui ? Que se passe-t-il ?

Et bien Yves Jégo a annoncé aujourd’hui qu’il allait quitter l’UMP.
Quel courage, on voit la détermination d’un homme qui se lève et dit :
« NON ! Je ne serai pas complice, je ne l’accepte pas, MOI, Yves Jégo, j’invite les militants, les responsables, toutes les bonnes volontés qui se trouvent dans le parti ennemi, ou viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi ». Ah ! L’appel d’Yves Jégo du 12 mai 2011, ça laisse songeur, l’Histoire de France tourne une nouvelle page, à n’en pas douter cet évènement majeur est… INSIGNIFIANT !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Alors pourquoi, me direz-vous, tant d’emphases, d’effet d’annonce ? Et bien cette question il faut la retourner au journaliste qui croit qu’un fait, comme la démission de l’UMP de M. Jégo mérite une dépêche AFP. Chacun conviendra que les états d’âme de M. Jégo, autrefois porte-flingue du candidat Sarkozy, la France entière s’en désintéresse, alors pourquoi y consacrer du temps et des ressources ?
L’absence de notoriété de Monsieur Jégo n’est pas à démontrer, elle est évidente, ancien ministre, beaucoup l’ignorent, il n’est pas plus connu que l’arrière grand-oncle d’un cousin lointain par alliance.

Alors de grâce, journalistes, plumes, gratte-papiers, pigistes, stagiaires, épargnez-nous ! Faites votre travail, hiérarchisez les faits, relativisez, mettez-les en perspective, triez, concentrez-vous ! Informez-nous, ne nous noyez pas dans l’insignifiance, instruisez-nous intelligemment. La foule le réclame, elle a faim, soif, prête à s’abreuver à n’importe quelle source. Ne profitez pas de cette boulimie frénétique, de cette abondance de faits et de médias pour nous servir une soupe infâme, sans goût et sans utilité aucune.
L’attente est forte, une élection présidentielle passionne, chacun veut participer au débat qui s’ouvre, se forger sa propre opinion. Une dépêche AFP sur Yves Jégo est un bouillon d’information, il est impossible de descendre plus bas, plus au fond de la médiocrité et de la bêtise. Ce Badinguet en mousse cheap qui se croit revenu aux temps d’un radicalisme troisième République bon teint. Epoque bénie où les nullités dans son genre étaient certaines d’arriver au sommet d’un système où la rouerie, l’opportunisme et la combine étaient le seul ascenseur possible en politique.

Cessez cette jachère intellectuelle dans laquelle vous somnolez depuis trop longtemps, Yves Jégo n’a pas plus d’intérêt que tout autre illustre anonyme, lui consacrer une dépêche AFP est totalement hors de proportion. C’est lui accorder une importance qu’il ne mérite pas, éveiller en nous un désintérêt qui va déjà bien au-delà de l’indifférence qui lui est due, comme à moi, comme à vous, comme à tout anonyme, même si celui-ci a siégé au Gouvernement de la France.
Le fait est qu’il n’y a pas particulièrement brillé, qu’on se souvienne de la crise dans les DOM-TOM en 2009, alors qu’il retourne dans la fange d’où on l’a tiré. Sa place y est toute trouvée aux côtés de nous tous, le commun des mortels.

Il l’a eu sa chance, celle-ci ne s’est pas arrêtée, tant pis mais c’est ainsi. Il faut l’accepter ou disparaître. La France se meurt, des Yves Jégo pullulent dans le marigot politique, des élus de carrière, prêts à tout pour retourner leur veste et s’accrocher encore et encore à une micro parcelle de la miette d’un quignon qu’ils auront réussi à subtiliser au nez et à la barbe de leurs électeurs. Yves Jégo n’a aucune fierté, aucun amour propre, aucun honneur, après s’être accroché autant que faire se peut de 2002 à 2007 dans le sillage de la machine Sarkozy, il obtint de haute lutte un maroquin. Viré depuis pour son incompétence notoire et ses erreurs dans la gestion d’une crise, que ce monsieur accepte son rendez-vous manqué avec l’Histoire et nous évite ses atermoiements dignes d’une mauvaise comédie bollywoodienne.

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Chronique d’un règne…

Posté par albenitz le 18 avril 2011

Par Albénitz

Bien sûr, on aurait des tas de raisons de détester Franz-Olivier Giesbert. Le cumulard médiatique, la réussite insolente, le bellâtre à l’œil roucoulant, l’homme de réseau, le rastignac touche-à-tout, les façons trop lisses. Une sorte d’anti-Zemmour, souple et un peu inconsistant, qui observe les grands fauves politiques avec un sourire amusé sans jamais se mouiller, tout en prenant soin de les fréquenter assidûment.

Oui, mais voilà, le bonhomme « FOG « a du talent. Et si le genre du livre politique est un creuset de la mauvaise littérature, il faut bien reconnaître que ses bouquins font exception. D’abord parce qu’il manie une plume aiguisée, vive et parfois jubilatoire, pour épingler comme un collectionneur de papillons les hommes de pouvoir qu’il fréquente depuis plus d’un quart de siècle. Ensuite parce que ses méthodes de biographe, sans doute contestables du point de vue de la déontologie, font de lui un des chroniqueurs les mieux renseignés de l’arène politique. Bien sûr, exhumer tous les dix ans ses carnets de notes sur lesquels on a consigné des confidences « off », recueillies à grands coup de dîners en ville, c’est moche. Mais sans la rouerie de FOG et de quelques autres , le lecteur n’aurait jamais l’occasion de pénétrer aussi en avant dans les coulisses du pouvoir, là où l’on distille les phrases assassines et où l’on tombe –de manière plus où moins calculée – le masque.

Son dernier livre « M. Le Président – Scènes de la vie politique 2005-2011 » ne décevra pas les amateurs du genre. Le « Joinville du sarkozysme », comme l’a joliment appelé Jean-François Kahn, y brosse un portrait saisissant du Président de la République et de ses proches. Il jette sur son sujet une lumière crue, mais sans cruauté excessive, la même dont il avait éclairé Mitterrand et Chirac, donnant à voir leur grandeur et leurs insuffisances. Au fil des 283 pages foisonnantes d’anecdotes, on découvre un Sarkozy complexe : colérique, tyrannique avec son entourage, séducteur, fasciné par l’argent, versatile, égotique, plein de lui-même, avide de reconnaissance, brutal, sans réelles convictions, enfantin jusqu’au grotesque mais aussi hypersensible, amoureux transi, écorché vif, séduisant, doué d’une énergie et d’une intelligence hors du commun. Tenant à la fois de Napoléon et d’Adolphe Thiers, « Hercule de l’égotisme » et « Homère de l’éloquence », le Président est « un prototype surdoué et une attraction considérable dans un vieux pays fatigué dont l’activité principale, ces dernières années, a surtout considéré à regarder passer les trains ».

En bon élève de Saint-Simon qu’il révère, Franz-Olivier Giesbert n’oublie pas de décrire, souvent avec drôlerie, la Cour qui gravite autour de cet étrange monarque : la « garde noire », les ministres, les visiteurs du soir. Copé est dépeint en Grand Condé sûr de son destin, Guéant en souffre-douleur stoïque, Fillon en « Père-la Rigueur » aux « sourcils pompidoliens », MAM en « automate toussotant et militaire », Patrick Balkany en « colosse protecteur, extraverti et généreux, typique du juif ashkénaze », etc.

Certains passages ne manqueront pas d’alimenter la légende noire du sarkozysme : ainsi des éructations et des menaces, parfois physique, que le Président réserve à ceux qui ont le malheur de lui déplaire, c’est-à-dire à peu près tout le monde, à commencer par les siens: Boutin est une « connasse », Devedjan un « pauvre con », Hortefeux un « mou », Debré un « salaud », et l’auteur lui-même mérite un « cassage de gueule » lorsque le magazine a osé évoquer la vie sentimentale mouvementée de Carla Bruni.

Mais ces pages révèlent également un leader capable de se sublimer dans la gestion de crise, et dont les coups de bluffs et les manœuvres à la hussarde ont permis à la France de jouer un rôle déterminant pendant la crise financière, le conflit russo-géorgien ou la crise grecque.
Au-delà des faits d’armes et des coups de sangs, FOG s’attarde sur la singularité et l’étrangeté de cet homme si différent de ses prédécesseurs : dépourvu d’ancrage terrien, sans mentor ni père spirituel, Sarkozy se voit comme un déclassé, un éternel « outsider » dans un paysage politique traditionnel où tout le monde partagerait les mêmes codes. Anecdotes à l’appui, notre Joinville insiste aussi sur l’incapacité présidentielle « à maîtriser ses désirs et à contrôler sa parole », qui contraste avec la carapace dont se protégeaient Chirac et Mitterrand : dépourvu de surmoi, « Nicolas Sarkozy est, en vérité, totalement transparent ».

Franz-Olivier Giesbert le reconnaît sans détour : il a été séduit, voire fasciné par cet homme politique sans équivalent. D’une certaine manière, c’est un amoureux déçu, qui déplore à longueur de pages que les qualités de son héros soient gâchées par son inconséquence, son agitation névrotique et son opportunisme. Mais son jugement n’est pas définitif, et le dernier chapitre vient à point nommé pour nous rappeler qu’avec ce personnage insaisissable, il était dangereux de tirer de conclusions hâtives : l’auteur rapporte un entretien en tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy, au cours duquel ce dernier le bluffe en étalant une impressionnante culture littéraire. FOG n’en revient pas : « Depuis un quart de siècle que je le fréquente, Nicolas Sarkozy ne m’a jamais laissé entrevoir cet aspect-là de son univers personnel ». Et de conclure: « Telle est la misère du biographe. Il écrit sur de la matière vivante, en devenir permanent ».

Avec Nicolas Sarkozy, il a été servi.

« M. Le Président – Scènes de la vie politique 2005-2011 », Flammarion, 2011

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