Don Quichoque…

Posté par gramier le 3 juin 2011

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La démondialisation et le concept de Protectionnisme pourraient bien être, les deux faisant la paire, une des thématiques centrales de la campagne présidentielle. Et même si c’est une position tenue par la gauche de la gauche et l’extrême droite, elle a quelque chose de sage, une fois n’est pas coutume.

Nous avons eu vent d’une passe d’arme, à ce sujet, par interviews interposées, entre le tenant du capitalisme façon maîtres de forge mâtiné de réceptions mondaines entre copains-coquins et visiteurs du soir, Alain Minc, et le député robespierriste de Saône-et-Loire, le fringuant rhéteur Arnaud Montebourg.

Le premier rangeait, au détour d’une phrase furieuse, Marine Le Pen et le marchand de sable Montebourg, président du mouvement « Des Idées et des Rêves », dans la même catégorie, celle des « connards », entendez par là, les hérauts d’une critique de la mondialisation imposée par certains et subies par beaucoup. « Connards », élégant, constructif. Il semblerait que la fréquentation trop assidue des boudoirs de l’Elysée ait eu des effets inattendus sur le langage normalement châtié du notre Raspoutine paul-loup-sullizerisé. A moins que ce soit lui, qui, par ses excès de langage, insoupçonnés jusqu’alors, ait inspiré la plus glorieuse sortie de notre Président, le désormais anthologique « Eh ben casse-toi, pauv’con ». Qui de l’œuf ou de la poule…

Passée la circonspection, essayons de comprendre et d’analyser.

Alors, que l’obsession de régulation migratoire des représentants en idéologie low-cost de « Droite Populiste », puisse prêter le flanc aux insultes, on pourrait le comprendre. Les tragédies humaines, l’extrême émotion qu’elles peuvent susciter – on est encore sous le choc de cette barge de migrants partis de Libye ayant chaviré avec plus de deux cent cinquante personnes à son bord – mises à côté du « mais remettons les dans les bateaux » de la délicate députée Chantal Brunel, aurait pu nous y mener. Pourtant les tenants de l’immigration droitdelhommiste à la gauche de la droite, au centre, à la gauche du centre, à la droite de la gauche, au centre de la gauche, ni à la gauche de la gauche, n’y sont pas tombés.

Alors de trois choses l’une : soit les enjeux économiques portent plus au déchaînement des passions, parce qu’il s’agit d’argent… mais on ne va tout de même pas reprocher aux humanistes de ne pas être vulgaires, soit être de droite rend grossier, fort probable mais un peu court, soit que les enjeux de l’enracinement d’une idée de démondialisation dans la société sont tout simplement désastreux pour Monsieur Minc et ses puissantes connivences dont il se fait le zélé copain-avocat-conseil-guru-mégaphone, et les fait… s’emporter.

La problématique posée par les « démondialistes » se conçoit bien et s’énonce clairement : la mondialisation, sous couvert de libre échange, d’élargissement des opportunités et perspectives de croissance et de développement, a contribué à enrichir les tenants des capitaux, grâce à la délocalisation de la production dans les pays à bas coûts, et parallèlement, à la désindustrialisation des pays consommateurs, au chômage, à la contraction de dettes gigantesques et socialement mortifères, à la spéculation, à la crise financière, en somme, à beaucoup de nos maux actuels… La démondialisation et le protectionnisme qu’elle sert, notion nouvelle pour nous, dont nous traitions il y a peu sur ce même journal (ici), prêche le rapprochement de la production et de la consommation au sein d’une grande région telle que l’Europe.

La mondialisation a bien des aspects positifs, elle lie les nations, donne potentiellement accès à beaucoup de choses, elle évite les grandes guerres… Mais les guerres de tranchées et champs de bataille se muent aussi vite en guerres commerciales, dont on ne comptabilise pas les morts – famines, pollution – et en terrorisme meurtrier – né de l’utilisation déviante, par des fanatiques, de ce sentiment, exacerbé chez les plus exploités, d’être des victimes immolées sur l’autel du profit.

Le développement est d’une forte complexité et nous laisserons le lecteur cultiver la question, si cela lui sied, par ses propres moyens.

En écrivant  cet article que d’aucuns trouveront grotesque, à n’en point douter, ne naît pas en nous une foi en la pureté des intentions du procureur Montebourg – bien qu’il reste un des plus brillants éléments de sa génération de députés et, par sa verve et son implication, redore le blason de la fonction qui souvent s’étiole face à la pauvreté des interventions de nombreux jeunes loups de la politique ; Montebourg est une figure balzacienne dont l’ambition, même mue par la sauce, est plaisante et stimulante. L’homme est simplement la voix médiatique d’Emmanuel Todd. Todd pense, préface – co-écrit ? –, Montebourg signe, promeut Votez pour la démondialisation, puis se fait chantre et grave sur son curriculum, peu brillant pour un jeune de son âge, la paternité politique de cette idée – qui pourtant nous semble dédouanée de toute dépendance partisane –, croyant sûrement laisser sa cicatrice dans l’Histoire, à voir. Ensuite, est-ce que l’idée est réalisable ou non, ce n’est pas son problème immédiat, mais bien son argument électoral.

Lieu commun : le sentiment politique s’est profondément désenchanté. Les grandes promesses à bas coût – plus aucun sans-abris, le SMIC à 1500 euros par mois – que l’on savait purement démagogiques, sont mises naturellement au passif du candidat lorsqu’il se présente à nouveau devant les électeurs. Et aujourd’hui, l’électeur ne croit plus à grand-chose, refuse de penser, et vote par révolte puis par défaut, quand il vote. Mais, il y a les objectifs, les stratégies de long terme, les impulsions de longue haleine, qui font aussi la politique. Comment espérer changer le monde si on ne parle plus que de projets de limitation de l’immigration et de pouvoir d’achat par la relance des salaires… dont l’issue dépend d’ailleurs intimement du visage à venir de la mondialisation. Oser traiter ces sujets complexes avec les Français, ça ne sera sûrement pas payant électoralement, mais sur le fond, c’est digne d’un homme politique responsable que d’en faire la publicité et ainsi d’imposer le débat. Le temps de la démondialisation – courant sur une dizaine, vingtaine, trentaine d’années – n’est pas le temps des élections, seulement, nous avons aujourd’hui, plus que jamais, besoin d’idées nouvelles et fortes pour impulser et orienter l’avenir de notre société française, dans l’Europe et dans le monde. Pour autant faudrait-il que les élites invitent, comme il se doit, ceux qui les écoutent et aux dépends desquels elles vivent, à la réflexion, à l’élévation et au dialogue… Messieurs Minc et Ferry compris.

Nous ne votons pas à gauche, mais nous saluons les effets du plaidoyer de Montebourg intelligent pour lui-même et remercions Emmanuel Todd. Là où les intérêts particuliers servent les intérêts communs… belle leçon d’économie politicienne vertueuse !

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