Politico-médiatico-gastronomique…

Posté par gramier le 28 mai 2011

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C’est vrai qu’on n’en parle pas assez. Mais dire « on n’en parle pas assez » revient à sous-entendre que les porte-voix ne font pas leur travail. Et comment le feraient ils alors que ce sont eux qui sont les premiers intéressés dans l’histoire qui suit! 

Préambule auspicieux : en avril de cette année, Rachida Dati venait commenter l’actualité politique sur le plateau du Grand-Journal et ce, en tant que grande copine de Michel Denisot, qui avait convié cette dernière à sa table comme on invite une bonne copine à déjeuner. Son intervention portait plus particulièrement sur les saillies drolatiques de Claude Guéant concernant l’immigration. Bref, le plus intéressant n’était pas tant cette première partie que la seconde, lorsque débarqua un autre grand convive de l’émission : FOG, venu présenté son dernier « brûlot » politique : Mes conversations téléphoniques avec Sarkozy ou plutôt « M. le Président » – dont Albénitz faisait la lecture commentée sur ce blog en son temps. Très rapidement, le sujet des relations incestueuses entre journalistes et responsables politiques avait été soulevé. Chacun autour de la table semblait concerné. Le malaise était palpable. FOG ayant Sarkozy au téléphone, Fillon envoyant un texto à Apatie, Eli Badou casé un temps avec Mazarine Pingeot. Les phrases jaillissaient, empruntées, de la bouche de chacun donnant l’impression d’un marché à la criée du lieu commun, cacophonie informe et incompréhensible, close par l’annonce penaude, ironique et « denisote » du Zapping. 

Pourquoi rappeler ceci ? Eh bien tout simplement parce que la tragédie strauss-kahnienne nous a, une fois de plus, démontré qu’il y a bien quelque chose de pourri au Royaume de France. En effet, Denis Jeambar, journaliste à l’hebdomadaire Marianne (voir article indigné), profitait de l’arrestation de DSK, pour sortir de sa réserve. N’étant du coup plus lié par son pacte de silence, il passait aux aveux. Oui, car les journalistes de Marianne, du Nouvel Observateur et de Libération étaient contraints au silence par un pacte, le « Pacte de la Sauce » scellé dans divers grands restaurants ! Et ce, par les clauses non-écrites d’un contrat moral passé avec DSK « pour la bonne cause ». 

La bonne cause : mettre fin aux agissement de l’horrible Nicolas Sarkozy qui n’a jamais fait que museler les média et réprimer la liberté d’expression dans ce pays. Dans les batailles, tous les moyens sont bons, même ceux employés par l’ennemi ! Le contrat moral : organiser le feu contre celui qui opprime les Français par son incompétence et pour cela, organiser le baroud d’honneur au Messie Américain. Les clauses non-écrites : DSK dîne avec vous, vous dit tout mais vous ne dites rien pour respecter le calendrier du FMI et des primaires qu’il va gagner. 

En somme, les journalistes avaient l’information sur les intentions de DSK depuis belle lurette et n’ont rien dit, faisant durer le plaisir telle la coupure de pub avant la proclamation de la décision du jury d’un mauvais jeu concours cherchant la prochaine étoile filante de vanité, destinée à briller, l’espace du quart d’heure de gloire wharolien, dans un firmament à hauteur de pâquerettes. 

Pourquoi nous « indigner » de cela ? DSK n’est-il pas l’époux d’Anne Sinclair ? D’ailleurs, nous ne nous indignons pas dans cet article, car nous méprisons cette indignation qui, par la plume parkinsonienne et sénescente de Stéphane Hessel, s’est répandue telle le choléra en tant de disette sur les esprits affamés de prêt-à-penser, affaiblis par trop de bouillon de culture, bouillon que le filtre de l’opinion télévisuelle a épuré du moindre oligo-élément de raisonnement réflexif, de contradiction et de vérité. 

Et si nous ne nous indignons pas, c’est au contraire une joie malsaine, presque lubrique qui nous prend et nous force à sourire. Se rappeler que ce qui importe, toujours et encore, c’est la sauce, la sauce et ce, éternellement. Se dire que le quatrième pouvoir appartient de plein droit à la cinquième colonne du Quignon, c’est sans conteste ce qui nous fait aimer la politique dans son sens large. Le Figaro, sur vendu, Libération, sur vendu, Le Nouvel Obs, sur vendu, Médiapart, vendu, Atlantico, sur vendu, Le Monde, vendu (et d’ailleurs quand il sort de la piste, les représailles sont directes, voir l’article de Renaud Revel) et la liste est longue ; restent La Croix, la presse people, les journaux locaux… et encore. Les journalistes ont besoin des hommes politiques et vice-vesa, Dassault, B,N & P, Rotschild ont investi et veulent contenter les clients de leur information… bref, nihil novi sub sole, cela reviendrait alors à faire un procès au journal La Croix pour son parti pris dans le débat sur la bioéthique : ce serait insensé.

Permettez nous donc d’être cyniques et de dire à tous ceux qui hurlent avec les loups à chaque fois qu’explose au grand jour une histoire de collusion entre la presse et le pouvoir : « vous hurlez avec ceux qui ne se gênent pas pour faire de même et peut-être pire ». La presse est, comme la politique, premièrement et avant tout là pour faire des ventes et nous divertir. Elle est le cervelet de la société du spectacle, tout comme le jeu démocratique d’ailleurs. 

Que ces journalistes aient tout su des intentions de DSK mais n’aient rien dit, c’est lamentable mais c’est très drôle, très excitant. On voit bien l’illusion totale dans laquelle vivait ce microcosme de bobos millionnaires – vous apprécierez ces expressions-slogans cheap et mélenchono-populistes. Ils croyaient pouvoir mener leur bataille tels des grands stratèges olympiens préparant la mission « Propagande ». Ramzy Khiroun se voyait déjà en nouveau Séguéla… Mais comme à Watterloo, il y a eu trahison, sauf que ce ne fut pas le fait d’un capitaine des carabiniers mais de l’Empereur lui-même. A broyeur médiatique, broyeur médiatique et demi ! 

Tous pourris ? Oui et non… Oui, si l’on fait précéder « tous » de « nous ». Non, parce que tout « sauceur » vit aux dépends de ceux qui l’écoutent. Dans la société de l’argent hypocrite et lycanthropique, il faut survivre. Il faut bien acheter de l’essence en oubliant de se rappeler combien de vies ont été détruites dans le Golfe de Guinée, sacrifiées sur l’autel de notre plein. Il faut bien acheter des jouets aux enfants à Noël et faire s’évanouir dans l’odeur de sapin, l’idée abjecte de ces enfants qui ont eux-mêmes fabriqué ces jouets. Alors qui sommes nous pour leur reprocher de nous servir avec égards l’information qu’on leur demande ? 

Le citoyen peut légitimement se sentir dérouter par ces impressions de mensonge constant, de cachotteries, de mépris des engagements et des promesses de ceux qui gouvernent notre pays et nos esprits. Qui se leurre encore en attendant du résultat des urnes des changements radicaux – même du bulletin Borloo, c’est un comble – ?! Alors, plutôt que de les attendre des autres, pourquoi ne commencerions nous pas à les exiger de nous-mêmes, ces changements ? Refuser la compromission au quotidien, refuser de fermer les yeux, de nier les valeurs qu’on affiche aux premiers effluves de réduction de veau… 

Dénoncer, s’indigner, rien de plus simple. S’appliquer ces règles à soi-même, comme il est de coutume de le dire au Mexique « Todo un rollo » soit une autre paire de manches. 

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Pour un débat anti-démocratique…

Posté par gramier le 25 mai 2011

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Comment exprimer mon émoi politico-ontologique?

Ma référence philosophique tout d’abord : « Dialogues avec Paul VI » de Jean Guiton. Cela permettra, au moins à ceux qui l’ont lu – aussi peu nombreux soient-ils – de comprendre plus rapidement de quoi ce papier retourne.

Ce soir, la fringale politique me prends. Je veux savoir, je veux des augures, je veux me sentir empreint de politique. La succession de DSK m’a mis en appétit. Je regarde « Le Grand Journal » je reste tout naturellement sur ma faim. Je passe sur « Dimanche + », toujours en streaming, j’y trouve un Delanoë calme, sage mais creux et lisse. Errant sur Twitter, je lis des échos de « Ce soir ou jamais » par Taddéï sur France 3. Il semblerait que les invités n’aient pas été tendre avec Hollande. C’est ému et tremblant d’excitation que je me rue littéralement sur le site de l’émission pour la en prendre connaissance.

Invités : Henri Guaino, conseiller spécial de l’Elysée et Emmanuel Todd, le réputé penseur, pour faire large. Diverses et multiples sont les thématiques. Todd semble plein de morgue, Guaino, sourire en coin comme à son habitude, riche en références savoureuses aussi bien historiques que philosophiques. Je suis de droite partiale, cette impression ne m’étonne en rien de moi-même.

Le « débat », puisque c’est ainsi que le présentateur intitule l’entretien, en arrive à un des chevaux de bataille du chercheur Todd : le Protectionnisme. Il y a deux points de vue, sur cette question, a priori radicalement différents chez les deux hommes qui, malgré les apparences, semblent se connaître fort bien et ce depuis longtemps – le cercle de réflexion Marc Bloch ou autre, je ne sais plus, les ayant réuni dans leur jeunesse. Tout les oppose.

Je pourlèche déjà de mon cerveau ramolli les babines de mon esprit. Todd expose clairement sa pensée : « une idée forte » dit-il. Il est clair que l’exposition qu’il fait du protectionnisme est limpide tout en restant complexe et sujette à approfondissement, mais ce n’est pas le lieu ni l’endroit, nous sommes à la télévision et c’est le temps médiatique qui rythme l’échange.

Je réfléchis un instant et me rappelle le nombre de fois où, vivant pour quelques mois au Mexique, j’entrevois l’infamie du dumping salarial, qui pousse aux délocalisations, appauvrissant l’Europe pour enrichir les actionnaires des grandes entreprises et les rares privilégiés de ces pays qui se développent sans pour autant faire le bonheur des ouvriers exploités sur place. Je me rappelle ces réflexions que je me fais en comparant nos systèmes sociaux et ceux de ces pays « à bas coûts salariaux » et au « bas coût de la vie humaine », cynisme déroutant, qui sont prêts à laisser mourir, au XXIème siècle, leurs citoyens, par impuissance et par conservatisme, par amour du lucre et du gain, par culte social du consumérisme, par dévotion à la réussite sociale soit disant égalitaire… comme si les gens naissaient égaux devant la vie ! Je me dis donc, voilà une idée à développer. Le Protectionnisme européen, le protectionnisme au sein d’espaces économiques tels que l’Europe – une nation s’étoufferait en s’y engageant toute seule aujourd’hui – pourquoi pas, je n’y avais jamais réellement réfléchi. Réguler les marchés financiers oui, mais le Protectionnisme, les frontières… Sans parler de moralisation, avec de simples règles. Peut-être ai-je tort, peut-être que Todd est un Tarik Ramadan de la macro-économie, mais son idée ne semble en rien marxiste, totalitaire, elle semble plutôt libérale, en adéquation avec les évidentes règles de la concurrence commerciale, mais avec des règles « physiquement » établies. Contre la dérégulation mais matériellement et pas seulement intellectuellement, ma foi…

Guaino, son contradicteur, rôle imposé par le terme « débat », se lance dans un éloge du libre-échange… Pas si simple. Après moult circonvolutions, rappels historiques remontant à la gigantomachie, le secrétaire particulier de Sarkozy tente, désespérément et de manière fort piètre, de démontrer… la même chose que Todd mais avec fébrilité et complication, et donc inutilement. Tout cela est sur la forme très proche du discours politique. Il tente d’esquiver longuement puis est acculé à sentencier sa vision et alors, le but n’est plus la recherche de la vérité, sinon, la volonté sans faille de coller à son personnage : le contradicteur, l’homme intrinsèquement en désaccord avec Todd.

Au final, l’idée forte, qui est censée être son fonds de commerce, en tant que plume présidentielle, l’idée brillante sur laquelle il eut été possible de construire un merveilleux « dialogue » et non plus débat, est méprisée et mise sous cape, sacrifiée sur l’autel de la contradiction inhérente et essentielle à tout « débat ».

Débattre, c’est se mettre préalablement dans la posture de combat et d’orgueil. Débattre c’est détruire les propos de l’autre, c’est la sublimation de la guerre par les mots, aussi feutrés et mouchetés soient-ils. Rien de bon pour la société ne peut sortir du « débat ». En revanche, l’institution du « dialogue », tel que Guiton le définit dans ses entretiens supposés avec le second Pape du Concile Vatican II, est un chemin que auquel nous devrions penser beaucoup plus souvent. Le débat impose la contradictoire, seyant aux tribunaux, d’accord, mais à la politique? Tout débat demande une posture d’« à son corps défendant », souvent malhonnête et intellectuellement terroriste ou veule. Cela nous amène à entendre nos hommes politiques, au sens large, déblatérer pour nous laisser, enfin, dans l’ignorance, pour mieux nous endormir ???

Je ne suis pas populiste, mais souvent, il y a quelque chose de cynique dans l’organisation médiatique, narcissique et auto-satisfaite de « débats » qui montrent ces têtes pensantes camper sur leurs positions du début à la fin.

Entendre un débatteur dire un jour « Mais vous n’avez pas tort, Madame, vous avez même raison, Monsieur, je n’y avais pas pensé ! Alors, comment faisons-nous ? Comment pensons-nous la suite ? Quelles perspectives ? » Ne serait-ce pas non plus la tradition socratique ? De la réflexion en directe ! Le débat est un vernis démocratique, opiacé démagogique, la défaite du politique face au temps médiatique, ou plutôt, exploitation lucide de ce temps médiatique pour mieux berner à coup de formules, d’imprécations et de pinailleries grotesques.

La politique n’est pas la philosophie mais qu’attendre des « grands débats nationaux » si ce ne sont frustrations et opinions infondées ? Je me le demande. J’ai ma réponse : rien. Une société du « débat » c’est une société des luttes errantes, des passions destructrices, de l’inhibition, des extrémismes et de ressentiment. A contrario, une société du « dialogue » est une société de l’écoute de l’autre et de l’attention à la Raison éclairante, une société qui ne subit pas mais qui se construit.

Je remercie les personnes comme Emmanuel Todd, dénonce ceux que représente Henri Guaino, et en appelle à la responsabilité des cadres de France Télévision s’ils veulent réellement faire du service public un instrument démocratique.

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