Présidence Hollande ou le syndrome du Gouda

Posté par gramier le 14 juillet 2011

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Une seule chose doit désormais préoccuper les Français : leur avenir ainsi que celui de leurs rares enfants. Et qui dit avenir, dit 2012.

2012 nous prépare soit un changement de cap politique, soit une continuité. Dans les deux cas, il faudra prendre les mesures qui s’imposent et qui ont été évitées depuis trop longtemps. La fin des cadeaux fiscaux sera une chose, l’augmentation des impôts en sera une autre, mais aussi la réduction des services publiques financés par la dette, qui sont un luxe qu’aujourd’hui, la France ne peut plus se payer face à la Chine et les agences de notation.

Naturellement, on sent bien dans mon discours, un fond de libéralisme lancinant qui doit en révulser plus d’un. J’en profiterai donc pour rajouter que, selon mon humble avis, si l’on se trouve dans cette situation, c’est certes en partie dû à la faiblesse de nos hommes politiques, mais cette partie est congrue… Les principaux fautifs dans ce cas, restent tous ces gens qui se font un malin plaisir à imposer leur point de vue par la paralysie du pays, par les violences de rue, par les manifestations monstres de défense des avantages sociaux acquis qui sont désormais un poids insoutenable pour notre société vieillie et sans enfants ni croissance. Les mêmes qui n’ont comme unique et éternelle solution que de faire payer les riches au nom d’une soi-disant « justice sociale ». Et ce, en dépit du simple bon sens qui veut que les riches soient infiniment moins nombreux que les moyens et que, de ce fait, les réformes ne servent à presque rien si elles s’appliquent qu’à ces salauds.

Bref, même en désaccord avec le fond, personne ne pourra nier que les Français forment un peuple à toujours affronter. C’est traditionnel. Cela vaut pour la droite comme pour la gauche. Elu, populaire le matin, vous serez haï et voué aux Gémonies le soir par vos compatriotes versatiles et mal dans leur peau, qui vous faisaient confiance sans pour autant vous faire un chèque en blanc, ce qui se conçoit d’ailleurs aisément.

Dis moi de quel régime politique démocratique s’est doté ton pays, je te dirai quel peuple il abrite ! La question se pose alors sérieusement : un candidat en position éligible à la fonction suprême de notre pays, peut-il être un faible, un ventre mou, un peureux, un gentillet, un consensuel, une gélatine saveur fraise des bois, un simple démagogue éternellement offusqué par ce qui est « un peu fort de café, tout de même » ?

Pour parler clairement, il me semble qu’une candidature comme celle de François Hollande est en elle-même une insulte, un outrage à la fonction que cet imposteur aspire à habiter. Une telle avanie dans le processus pourrait coûter fort cher à notre pays. Un président faible et sans leadership est un danger absolu dans un régime comme le nôtre.

Les Belges n’ont pas de gouvernement mais, au-delà de la navrante crise institutionnelle que cela représente, ils se sentiront bénis dans le cas où, par le plus grand des hasards, Hollande devenait Président. Son costume d’homme responsable, raisonnable, n’arrivera heureusement pas à masquer très longtemps son incapacité à incarner quoique ce soit d’autre qu’un témoin de la défense dans un procès contre le nutritionniste Dukan. C’est pour cela que, même en tant qu’homme plutôt marqué à droite, je peux dire que j’irai voter pour Martine Aubry aux primaires socialistes pour éviter que la France monte dans la machine à remonter le temps et se retrouve à nouveau sous une sorte de IIIème République mourante d’immobilisme, bouffée par les chèvres, dévorée par les choux que le tenant du pouvoir aura voulu préserver. En fait, je crains moins une Martine Aubry, mère fouettarde des 35 heures et appuyée par une aile gauche passablement fantaisiste et économiquement sous extasie, qu’un sous leader mou et dénué de tout charisme, un mec marrant et sympa considéré comme près des gens et accessible, un président qui roule en scooter, qui a un sourire béat respirant une joie stupide parce qu’il se rappelle une bonne blague d’un copain, hier soir au zinc, pour la petite mousse à la sortie du bureau de l’Elysée.

Hollande élu Président s’apparenterait à avoir recruté un expert comptable avec tous ses diplômes en bonne et due forme, aimable et serviable mais qui vient de se faire licencié pour raison économique – et comme on ne gardait que les meilleurs… L’homme serait le Président salarié des Français. On aurait l’impression d’avoir pour chef des armées, un type qui fait consciencieusement son travail de Président de la République de 8 heures 30 à midi et de 13 heures à 19 heures.

Et cette mascarade d’une réincarnation de René Coty, la France ne peut pas se la permettre. Défenseur des cumulards – le tsunami de ralliement des sénateurs à sa cause est un signe qui ne trompe pas –, du consensus ramolli, homme de la petite phrase, de la bonne blague, leader des maires de villes de Province, de ceux qui ne veulent pas prendre de risques, de ceux qui ne jurent que par la normalité médiocre, ultra provincial au sens balzacien du terme, bien qu’adoubé par le roi fainéant Jacques Chirac, et se croyant supérieur intellectuellement à beaucoup, à commencer par l’actuel locataire de l’Elysée, Hollande incarne un poison qui serait mortifère pour la place et l’image de la France dans le monde.

Hollande, son programme, tout comme ceux qui le soutiennent, ont la saveur d’un jeune Gouda, d’un Babybel. Sous l’offuscation toute rouge bien que très lisse et industrielle, on trouve une pâte molle et sans saveur, sans goût ni grâce…un comble au pays du Munster et de Camembert.

Hollande, par son impudence, sa mollesse et son mépris de la fonction présidentielle, est une menace pour la France. Tous aux primaires ! Aubry Présidente ! Ce sera le message d’aujourd’hui, qui n’engage que moi.

PS: il existe, il est vrai, de délicieux Goudas, vieillis et savoureux, mais ce n’est pas du domaine de la « normalité »

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Michèle Alliot-Moyenne

Posté par gramier le 20 juin 2011

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La France peut enfin respirer: MAM is back.

Après  trois mois d’un silence, pour le moins « assourdissant », comme le faisait remarquer Anne-Sophie Lapix, avec la mesure d’une journaliste, la Mère Michèle, a dû retrouver son chat auquel elle avait dû donner sa langue, nous vous laissons faire le lien… Toujours est-il qu’avec le chat et la langue, elle a aussi retrouvé son envie de saucer qui se traduit, en « sauce-langue » par « mon envie, jamais éteinte, de servir les intérêts des Français », qualité commune à l’ensemble de la classe politique. 

Mais nous ne saurons être mauvaise… langue, car MAM ne revient pas pour rien. Loin de là, et comme beaucoup, Dimanche + à peine terminé, nous avons enfilé un caleçon – oui nous regardons la télé en Adam, pour plus d’osmose – un short, un petit polo et des tongs à la va vite, pour dévaler les escaliers de notre immeuble et nous engouffrer dans le premier Proxi-Marché venu en criant : « où est votre rayon vins mousseux, Monsieur l’épicier s’il vous plaît, il y a urgence ! » Car comment rester inerte dans son canapé et se contenter de zapper, alors que la plus grande nouvelle, depuis le 8 mai 1945, venait de nous parvenir : MAM se veut être, aujourd’hui, la voix des classes moyennes.

25 millions de Français, jusqu’alors dans le mutisme le plus complet – coincés entre ces assistés de pauvres, pour qui il faut toujours payer, et ces voleurs de riches, qui vivent des rentes de leur capital immonde hérité, sans se soucier des conséquences que cela peut avoir sur la vie de ceux que touchent la crise, les vrais, les déchus, les « cochons de payant », les écrasés, les oppressés, les oubliés, les damnés de la taxe, les forçats de l’impôt, masse anonyme, dont on  a beau jeu de comprimer à l’envi des revenus toujours amoindris, à ne plus savoir qu’en tirer, si ce ne sont des larmes, jusqu’à ce qu’ils soient appauvris et, courbant l’échine, qui finiront réduits à l’état de « classe populaires » – ont, d’un coup, trouvé leur mégaphone, leur Sparctacus, leur John McLane, leur Martin-Luther Queen, leur Peter Panpan, leur capitaine Pet-Flamme, leur tête de ponpont, leur figure de prout, leur pilote dans l’avion : MAM, amazone indomptable du combat contre l’injustice.

D’aucuns se verront rassurés, mais à ceux-ci nous voulons hurler : « c’est un peu court, camarade moyen ! Et pourquoi ne pas dire, aussi, que vous êtes serein ? » Car c’est tout simplement une explosion de joie qui doit nous prendre, un délire éruptif, une perte de contrôle de son émotion en mode « psychiatrie clinique » : enfin, tel le peuple de Dieu, errant dans le désert, nous avons un signe que nous ne sommes plus seuls, que le Bien triomphe toujours du Mal et que dans son amour, le Christ ne nous laissa pas uniquement le Saint Esprit, après son Ascension, il nous laissa aussi MAM pour veiller à nos intérêts, nos livrets A, les si beaux Pascals, au chaud et au sec, dans nos bas de laine et dessous nos matelas, nos LEP, nos studettes à la Grande-Motte et nos séjours en all-inclusive à Djerba. Quelle meilleure avocate que MAM, qui, comme nous, aura vécu l’iniquité de tant donner sans rien en retour en sa chair, la salive rancie par cette impression amère d’avoir été le dindon d’une mauvaise farce ? Tant de conviction dans ce petit bout de femme, tant de volonté ! Qu’elles sont immenses les perspectives, qu’il semble doux l’avenir. « Santé à toi, voisin moyen ! Que le jus de la treille égaye nos SICAV et nos assurances vies. Nous resterons moyens, elle l’a promis. Elle nous protègera. Réjouissons-nous ensemble, trinquons, jouez hauts bois… Essuie tes larmes et lève ton verre  à la santé de notre classe, de sa langue non fourchue et des chats ! »

Eh oui, qui aurait cru… Notre MAM, c’est bien cette même MAM, ex-ministre de tout et virée pour incompétence notoire après neuf années, nous l’avons dit, de ministères, mais surtout de sauce à pleine louche, tous quignon dehors. A en perdre son latin ! MAM, dont le secret de la longévité a été de ne rien faire, rien dire, se lover dans les maroquins régaliens comme d’autres, dans des plaids en alpaga-mohair Hermès à Courch 1800, justifiant son immobilisme crasse par quelques sorties en Afghanistan, mais limitant le reste de ses activités à buffeter les copieuses marmites de sauce de la République, avec son copain comme coquin, le réputé sauceur POM Happy, aussi Tunisien qu’elle mais, allez savoir pourquoi, toujours ministre…

Bref, vous l’aurez compris, cela ne vient que nous redonner la preuve que nous oublions vite et qu’il en va de la mémoire des Français comme de celle de Leonard Shelby de Memento… trois petits mois et puis oublie.

Elle évoque son erreur de communication quant à son voyage controversé… Taylor et Brafman devraient penser à cet argumentaire aussi. Toujours est-il que la chenille a fait peau neuve, trois mois de chrysalide pour la plus belle des brahméides*, ça valait le coup d’attendre!  c’est bien dans les vieux pots qu’on fait les meilleures sauces : une fois encore, une magnifique leçon d’enfumage nous a été donnée, à titre graisseux, par une professionnelle de la mouillette, la Duncan McLeod de la droite ayant pour sabre son quignon, maîtresse incontestée et immortelle en l’art de gloutonner à la mode républicaine. Et MAM, en bonne magicienne de l’entourloupe médiatique, en bonne bourgeoise de Région bien cheap, aussi assurée de sa légitimité à l’ouvrir que Van Damme à parler philo, avec son costume de néoplouto-démagogue kit Isabelle-Balkany  (bagouse-au-petit doigt-tailleur-pantalon-beige-chemisier-blanc-coupe-courte-balayage-perle-à-l’oreille), de nous rappeler, par son débit incessant de paroles et ses affirmations invérifiables par la plupart d’entre nous concernant sa glorieuse et prégnante présence au gouvernement, que de toute façon, malgré ce que l’on croit, c’est pas au vieux Phœnix qu’on va apprendre à renaître de ses cendres !

  * Brahméide de Hearsey, papillon dont les ailes sont en trompe l’oeil

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Don Quichoque…

Posté par gramier le 3 juin 2011

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La démondialisation et le concept de Protectionnisme pourraient bien être, les deux faisant la paire, une des thématiques centrales de la campagne présidentielle. Et même si c’est une position tenue par la gauche de la gauche et l’extrême droite, elle a quelque chose de sage, une fois n’est pas coutume.

Nous avons eu vent d’une passe d’arme, à ce sujet, par interviews interposées, entre le tenant du capitalisme façon maîtres de forge mâtiné de réceptions mondaines entre copains-coquins et visiteurs du soir, Alain Minc, et le député robespierriste de Saône-et-Loire, le fringuant rhéteur Arnaud Montebourg.

Le premier rangeait, au détour d’une phrase furieuse, Marine Le Pen et le marchand de sable Montebourg, président du mouvement « Des Idées et des Rêves », dans la même catégorie, celle des « connards », entendez par là, les hérauts d’une critique de la mondialisation imposée par certains et subies par beaucoup. « Connards », élégant, constructif. Il semblerait que la fréquentation trop assidue des boudoirs de l’Elysée ait eu des effets inattendus sur le langage normalement châtié du notre Raspoutine paul-loup-sullizerisé. A moins que ce soit lui, qui, par ses excès de langage, insoupçonnés jusqu’alors, ait inspiré la plus glorieuse sortie de notre Président, le désormais anthologique « Eh ben casse-toi, pauv’con ». Qui de l’œuf ou de la poule…

Passée la circonspection, essayons de comprendre et d’analyser.

Alors, que l’obsession de régulation migratoire des représentants en idéologie low-cost de « Droite Populiste », puisse prêter le flanc aux insultes, on pourrait le comprendre. Les tragédies humaines, l’extrême émotion qu’elles peuvent susciter – on est encore sous le choc de cette barge de migrants partis de Libye ayant chaviré avec plus de deux cent cinquante personnes à son bord – mises à côté du « mais remettons les dans les bateaux » de la délicate députée Chantal Brunel, aurait pu nous y mener. Pourtant les tenants de l’immigration droitdelhommiste à la gauche de la droite, au centre, à la gauche du centre, à la droite de la gauche, au centre de la gauche, ni à la gauche de la gauche, n’y sont pas tombés.

Alors de trois choses l’une : soit les enjeux économiques portent plus au déchaînement des passions, parce qu’il s’agit d’argent… mais on ne va tout de même pas reprocher aux humanistes de ne pas être vulgaires, soit être de droite rend grossier, fort probable mais un peu court, soit que les enjeux de l’enracinement d’une idée de démondialisation dans la société sont tout simplement désastreux pour Monsieur Minc et ses puissantes connivences dont il se fait le zélé copain-avocat-conseil-guru-mégaphone, et les fait… s’emporter.

La problématique posée par les « démondialistes » se conçoit bien et s’énonce clairement : la mondialisation, sous couvert de libre échange, d’élargissement des opportunités et perspectives de croissance et de développement, a contribué à enrichir les tenants des capitaux, grâce à la délocalisation de la production dans les pays à bas coûts, et parallèlement, à la désindustrialisation des pays consommateurs, au chômage, à la contraction de dettes gigantesques et socialement mortifères, à la spéculation, à la crise financière, en somme, à beaucoup de nos maux actuels… La démondialisation et le protectionnisme qu’elle sert, notion nouvelle pour nous, dont nous traitions il y a peu sur ce même journal (ici), prêche le rapprochement de la production et de la consommation au sein d’une grande région telle que l’Europe.

La mondialisation a bien des aspects positifs, elle lie les nations, donne potentiellement accès à beaucoup de choses, elle évite les grandes guerres… Mais les guerres de tranchées et champs de bataille se muent aussi vite en guerres commerciales, dont on ne comptabilise pas les morts – famines, pollution – et en terrorisme meurtrier – né de l’utilisation déviante, par des fanatiques, de ce sentiment, exacerbé chez les plus exploités, d’être des victimes immolées sur l’autel du profit.

Le développement est d’une forte complexité et nous laisserons le lecteur cultiver la question, si cela lui sied, par ses propres moyens.

En écrivant  cet article que d’aucuns trouveront grotesque, à n’en point douter, ne naît pas en nous une foi en la pureté des intentions du procureur Montebourg – bien qu’il reste un des plus brillants éléments de sa génération de députés et, par sa verve et son implication, redore le blason de la fonction qui souvent s’étiole face à la pauvreté des interventions de nombreux jeunes loups de la politique ; Montebourg est une figure balzacienne dont l’ambition, même mue par la sauce, est plaisante et stimulante. L’homme est simplement la voix médiatique d’Emmanuel Todd. Todd pense, préface – co-écrit ? –, Montebourg signe, promeut Votez pour la démondialisation, puis se fait chantre et grave sur son curriculum, peu brillant pour un jeune de son âge, la paternité politique de cette idée – qui pourtant nous semble dédouanée de toute dépendance partisane –, croyant sûrement laisser sa cicatrice dans l’Histoire, à voir. Ensuite, est-ce que l’idée est réalisable ou non, ce n’est pas son problème immédiat, mais bien son argument électoral.

Lieu commun : le sentiment politique s’est profondément désenchanté. Les grandes promesses à bas coût – plus aucun sans-abris, le SMIC à 1500 euros par mois – que l’on savait purement démagogiques, sont mises naturellement au passif du candidat lorsqu’il se présente à nouveau devant les électeurs. Et aujourd’hui, l’électeur ne croit plus à grand-chose, refuse de penser, et vote par révolte puis par défaut, quand il vote. Mais, il y a les objectifs, les stratégies de long terme, les impulsions de longue haleine, qui font aussi la politique. Comment espérer changer le monde si on ne parle plus que de projets de limitation de l’immigration et de pouvoir d’achat par la relance des salaires… dont l’issue dépend d’ailleurs intimement du visage à venir de la mondialisation. Oser traiter ces sujets complexes avec les Français, ça ne sera sûrement pas payant électoralement, mais sur le fond, c’est digne d’un homme politique responsable que d’en faire la publicité et ainsi d’imposer le débat. Le temps de la démondialisation – courant sur une dizaine, vingtaine, trentaine d’années – n’est pas le temps des élections, seulement, nous avons aujourd’hui, plus que jamais, besoin d’idées nouvelles et fortes pour impulser et orienter l’avenir de notre société française, dans l’Europe et dans le monde. Pour autant faudrait-il que les élites invitent, comme il se doit, ceux qui les écoutent et aux dépends desquels elles vivent, à la réflexion, à l’élévation et au dialogue… Messieurs Minc et Ferry compris.

Nous ne votons pas à gauche, mais nous saluons les effets du plaidoyer de Montebourg intelligent pour lui-même et remercions Emmanuel Todd. Là où les intérêts particuliers servent les intérêts communs… belle leçon d’économie politicienne vertueuse !

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La phénoménologie de la sauce…

Posté par gramier le 1 juin 2011

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Sur le moment, il faut avouer qu’entendre telle accusation fracassante était pour le moins inattendu de la part du Philosophe Ferry.

Rappelons le contexte : Canal Plus, Grand Journal, Affaire DSK, la soi-disant omerta politico-journalistique sur la vie privée des puissants, au pays de Madame Claude. Invités : la directrice de Elle, l’ami JFK, gouailleur repenti, et l’ineffable sauceur Philosophe : Luc Ferry le mal nommé.

L’immortel Alain Duhamel – qui devait sans doute déjà tenir une chronique dans la première édition du Figaro en 1826 – remplaçait un Apatie absent. Comme de coutume, l’homme courtaud et replet gesticulait à la manière d’un mauvais comédien de boulevard, le verbe haut, noyant son auditoire sous un flot de paroles aux effets téléphonés et pitoyables, pratiquant un humour potache d’académicien déclinant en maison de retraite. En somme, avec un Ali Badou aux manettes, aussi mou qu’un pectoral de Pierre Ménès, aussi drôle qu’un paquet de lentilles et poussant toujours perversement ses invités aux détails voyeurs et scabreux dont il semble se délecter, on sentait que toute cette histoire allait tourner au vinaigre.

La directrice de Elle, égalant son hebdomadaire en terme de contenu, les photos en moins, s’indignait du machisme ambiant, jouant sa partition de pasionaria effarouchée sur l’air des lampions, offensée telle une amazone de mercerie, aux accents furieux proches de ceux d’une sorcière ayant ingurgité une décoction d’ellébore à l’eau bénite. Son credo se réduisait éhontement  à toujours plus d’atteintes banalisées à la dignité des femmes dans notre pays et à l’horreur absolue de cet irrespect institutionnalisé et, par trop, normalisé. On sentait sourdre de sa défiance à l’haleine torquemadesque, le courant d’air glacial de répression de la blague pocharde et graveleuse d’après la chasse, de fermeture du Lido, de prohibition du service de livraison de bière, directement du frigo au consommateur les jours de match. Permettez nous juste de douter du respect constant de l’image de la femme dans toutes les publicités publiées dans le magazine…

JFK, bien que devant faire profil bas, restait malgré tout auréolé de succès pour avoir remis au goût du jour une des expressions les plus drôles de la langue française : le troussage de la bonne.

Mais ce qui devait marquer l’émission fut, en effet, l’étayage de la théorie de l’omerta soupçonnée entre tenants du pouvoir, par la bouche de l’ancien ministre de l’Education de Raffarin I et II, et ce, par l’exemple de frasques marocaines d’un ancien ministre ayant été sauvé de justesse du scandale par la loi du silence après une supposée partie fine réunissant hommes mûrs et jeunes garçonnets autochtones à peine nubiles ! Coup de tonnerre ! La déclaration est pour le moins fracassante à heure de grande écoute. Mais après avoir relayé cela, le fieffé philosophe, continuait comme de bien entendu, le plus normalement du monde, son argumentation en venant à la conclusion suivante, en substance : « nous savons tous, nous avons tous les multiples preuves mais nous ne dirons rien car cela relève du droit français inaliénable à la vie privée. »

Pourquoi donc étaler ainsi de pseudo-secrets d’Etat aussi nauséabonds pour les laisser entre les neurones de nos cerveaux asservis et abrutis de télévision ? Il dit tout mais ne dit rien. On l’enjoint à citer un nom. Il s’y refuse, invoquant son envie toute relative de se voir assigner au pénal pour calomnie caractérisée et déclaration infamante.

Il nous laisse donc avec notre doute, bien que l’on s’en fiche royalement. Car ce n’est pas bizarrement l’identité de l’éventuel ministre à la sexualité déviante qui nous taraude, mais bien plus la morgue de Ferry qui, depuis qu’il a été ministre, surexpose avec condescendance, son appartenance bâtarde au parisianisme concupiscent et incestueux des dîners et bruissants ragots.

Cet homme, philosophe de cour, brillant, certes, mais mité par l’autosatisfaction, corrompu de gloire éphémère, continue d’exister pour le grand public en chroniqueur mondain. Ses oripeaux d’encyclopédiste, vulgarisateur et éminent connaisseur de la Sagesse, recouvrent un susurreur malveillant, tellement imbu de sa position sociale qu’il en oublie la publicité de sa situation sur les plateaux, pour se comporter comme il le fait avec ses puissants amis en petit comité.

Comment un philosophe peut-il lâcher des choses pareilles ? Comment peut-il venir avilir et souiller l’amour de la Sagesse qu’il est sensé représenter de la sorte ? A-t-on entendu un jour un Finkielkraut commenter l’activité rectale de ses semblables ? Et Badiou ? Et Serres ? Et Deleuze ? Et tant d’autres.

Les philosophes mondains ne datent pas d’hier. Mais elle est prégnante cette image de Ferry, ou même de BHL, ravis d’être mêlés au bruit et à la rumeur, à l’éphémère, au futile, saupoudrant leur aura de penseurs sur des propos de caniveau, vulgaires et bas de plafond.

Diogène de Sinope dans son tonneau ? Le promeneur solitaire ? Ou bien le lettré mondain dont la faim de vérité a été subornée par le narcissisme, et la soif de lumière étanchée par les hologrammes caverneux ? Le philosophe, être humain, trop humain parfois, a le droit à l’erratique errance, si elle n’est qu’accident. Cependant, quand assombrir, ne plus faire sens, dérouter, deviennent son business et sa source régulière de revenus, le philosophe nous trahit, trahit ses pairs et se trahit lui-même.

La vanité a ses raisons pécuniaires que la philosophie ignore… mais rappelons nous, comme le sentenciait le Philosophe Descartes de Membre, la seule maxime qui vaille dans ce petit monde : Je sauce donc je suis

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Le peuple syrien a un visage…

Posté par gramier le 30 mai 2011

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Hamza, 13 ans, torturé, sacrifié par la soif inextinguible de pouvoir, de domination de quelques personnes. Enième victime de la démence d’êtres humains pris par l’ubris, ayant perdu tout contrôle raisonnable sur eux-mêmes, d’hommes aveuglés par le devoir de servir leur cause injuste et inhumaine. 

Faudra-t-il encore longtemps que des enfants de 13 ans soient ainsi mutilés par des adultes sadiques pour que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes trouve un écho parmi les démocraties ? El-Assad, hère de la honte et du crime, tyran syrien, ce vampire moustachu se repaissant de l’hémoglobine de son peuple, peut avoir tous les soutiens au Conseil de Sécurité de l’ONU qu’il veut, cela ne l’empêchera pas de tomber.  La justice vaincra… ou pas. Sakineh aurait pu coûter cher au pantin du régime des ayatollahs, Ahmadinejad… ou pas. Car il faut croire que le règne de la brutalité d’un côté, la real-politik de l’autre, ont la peau dure et pour encore longtemps. Mais, une accumulation abjecte d’exemples montre qu’il faut parfois attendre la publicité du crime contre l’innocence, pour que naisse le souffle de l’Indignation, encore elle, au-delà des frontières et soit suivie d’effets. Il y a du Lévinas dans nos réactions, nous avons besoin d’un visage pour considérer l’autre. Une foule massacrée, reste une foule, le visage déchiré d’Hamza est le catalyseur puissant de l’existence d’un peuple écrasé. Toute cause nécessite ses martyres, malheureusement. Et dans des conditions atroces, les Syriens ont apparemment trouvé le leur. 

Et nous ? Dans tout cela ? L’Europe a bien pris ses responsabilités face à Bachar le criminel : gel de ses intérêts, impossibilité d’obtenir un visa… mais pour plus de poids, il faudrait attendre une décision de l’ONU, et pour l’instant, les Chinois et les Russes se montrent réticents à décider de sanctions substantielles et multilatérales contre le dictateur sanglant. 

Car lutter contre la real-politik, qui nous rend, cyniquement contre nous, complices des crimes contre l’humanité, cela demande des sacrifices que nous en sommes pas toujours prêts à faire. Collaborer avec la Chine, qui elle-même torture et massacre, qui craint chaque jour un peu plus le vent des révoltes démocratiques qui soufflent sur notre planète, collaborer avec la Russie, qui elle-même balaye les droits de l’homme d’un revers de main chaque fois que la raison d’Etat et des puissants est en jeu, s’allier la confiance de l’Arabie Saoudite, régime autocratique de quasi droit divin, qui elle-même n’a cure de la vie humaine dans beaucoup de cas : comment faire autrement ? Tout n’est pas uniquement real-politik, il s’agit souvent de simple diplomatie, dont le temps de réaction diffère de celui des armes automatiques.  

On se sent indigne, justement, à parler de diplomatie alors qu’Hamza s’est vu brûlé, brisé, émasculé, souillé, nié, assassiné. La seule et piètre réaction qui nous est laissée dans l’immédiat, est d’implorer la Raison, pour qu’elle inspire ceux qui ont en leurs mains les moyens de faire cesser ce drame qui porte désormais un visage, il nous est laissé de crier, une fois de plus, que « nous sommes tous des insurgés syriens » et d’envoyer à nos frères en humanité qu’on écrase en silence, un message de soutient total dans leur trop juste combat pour la Liberté. Assad s’est flanqué d’une conscience, par le sang versé, il a doté son peuple d’un témoin indélébile du calvaire qu’il lui inflige. Hamza n’est pas mort pour rien, Hamza a offert un visage à son peuple. C’est le plus beau des sacrifices, le plus puissant des dons. 

On ne tue pas impunément. 

Longue vie au peuple Syrien, merci Hamza, et comme il est d’usage : « Repose dans la Paix, tu as eu le plus grand des destins, tu as été un ange contre les bêtes féroces, un homme contre les inhumains. » 

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Aux Indignés la Dignité…

Posté par gramier le 30 mai 2011

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J’ai longtemps refusé l’idée que Stéphane Hessel pouvait avoir dit quelque chose de sensé. Vienne la nuit, sonne l’heure… L’homme m’insupporte, comme tous les donneurs de leçons. En revanche, je l’avoue, celui que j’ai pu traité de gâteux, de sénile, a touché beaucoup de personnes jusqu’à l’intime. Ce fut le cas, notamment des Espagnols. La Puerta del Sol, temple de l’Indignation, fille de Stéphane Hessel et de son exhortation à vivre debout et reprendre en main son destin. 

J’ai viré ma cuti, tenez vous bien, en écoutant parler Alain Juppé au sujet, justement, de ce mouvement espagnol pour un monde meilleur, pour plus de démocratie, plus de justice sociale et en particulier, plus de dignité politique. Je m’attendais à ce que l’homme de droite qu’il est, balayât avec morgue, d’un revers de main condescendant, ce mouvement apolitique, sans forme ni figure de proue, ce mouvement populaire inoffensif et assez difficilement cernable – est-ce un mouvement anarchiste ? une révolte populaire ? une longue manifestation ? . Il n’en fut rien. Le chef de la diplomatie répondit en véritable « homme » politique et sa réaction m’interpella. 

Deux points : 

1.      Génération spontanée, sortis ex nihilo d’une société espagnole pourtant peu prompte à ce genre de réunions intempestives, les Indignados se sont formés grâce, notamment, à Facebook et Twitter, au cœur du eG8 il y a peu. Avec Internet, la liberté, la rapidité absolue avec lesquelles circule l’information, sa concision et son acuité, sont autant d’éléments qui la rendent infiniment démocratique, avec certains excès, certes, mais des excès qui disparaissent à côté de la formidable révolution que cela représente. Nous parlions, il y a peu, de certains biais, notamment politiques, dans l’information venant de notre presse papier par exemple – ce qui n’enlève rien à la nécessité du prisme analytique du journalisme, l’information brute passerait souvent inaperçue si elle n’était contextualisée et mise en perspective par le journaliste dont c’est le métier – eh bien, c’est une preuve que l’information déborde de ses « canaux historiques » pour passer directement du citoyen au citoyen. L’analyse ne vient plus qu’après, bien que, j’insiste, elle reste essentielle. N’en reste pas moins, que voir chacun se faire son opinion a priori, est une vraie révolution démocratique. C’est la mort et la résurrection de Socrate : le règne de l’opinion, mais de l’opinion moins manipulable, de l’opinion qui peut se questionner de manière pure et non plus comme avant, une opinion déjà préformée livrée avec l’information. Elle est un vecteur démocratique rationnel, bien éloigné de la « rumeur » qui engendrait la « Grande Peur » pendant la Révolution Française ou la haine au Rwanda, et les exactions qui en découlèrent. 

2.      La comparaison avec la place Tahrir me semblait totalement idiote. « S’il y a eu un printemps arabe, on peut douter que suive un été européen » lançait le ministre roué, bougrement brillant et tout en pertinence, pour le bon mot. « Mais il faut être très attentif à ce qui nous est dit » prenait-il gare d’ajouter. Car ces mouvements sont bel et bien de même nature. Mouvements non violents, citoyens, organisés. Ils ne sont en rien anarchisant, bien au contraire, ils sont intimement « démocrarchiques », sereins, calmes bien qu’ultra déterminés et passionnés. La preuve en est : leur organisation remarquable que ce soit en terme logistique et économique – nourriture, organisation de lieux dédiés à tel ou tel atelier d’information, de dialogue, de débat,… un village. D’où vient ce qu’ils nomment leur « Indignation » ? Du fait, que justement, le pouvoir du peuple ne s’exerce plus par la voix des urnes. Ils ont la réelle impression – et c’est un peu normal au pays de Franco, la sensibilité à la liberté est sûrement plus aiguisée – que le droit à choisir leur destin leur a été volé. Volé par qui ? Par l’impuissance invoquée de leur dirigeants face aux diktats des marchés financiers, à court terme et au mépris des conséquences gravissimes que l’explosion des bulles peuvent provoquer ; par l’outrecuidance de cet aveu d’impuissance quand parallèlement ces mêmes élus de la nation ronchient dans la corruption et l’avidité de pouvoir et de lucre, qui gangrène le pays, et si l’Espagne est un exemple, la Grèce est un cas d’école ; et enfin, par l’absurdité d’une Europe qui semble, elle aussi, ne servir que les intérêts de rendement capitalistique de quelques uns, sous couvert de protection de tous – l’Europe mitée par les délocalisations xylophages et suicidaires, l’Europe du libre-échange dogmatique luttant contre les protectionnismes les plus orthodoxes. La Puerta del Sol, comme Tahrir, sont deux emblèmes de l’indignation que soulève le déni de démocratie à l’heure où la connaissance et la liberté de s’exprimer sont devenus notre quotidien.  

Avec tout ceci, Juppé donnait vraiment l’impression d’un homme politique à l’écoute, c’est le minimum que l’on puisse attendre de la part d’un homme intelligent, me direz vous, pourtant il aurait pu biaiser. Ce ne sont que des mots, les actes, chacun les jugera lors des prochaines élections. Une chose est sûre : l’Europe ne peut plus se contenter d’être la voix du marché, même si ce jugement est en partie injuste, l’Europe évolue vers plus de social de manière trop lente à l’échelle du temps économique et à celle de l’information. Il y a un besoin pressant de remettre l’homme au centre de cette Union, et y répondre sera le défi de ceux qui en prendront les manettes. Juppé parlait de « démocratie permanente », le fait que le citoyen puisse participer de façon plus régulière aux orientations politiques et ne plus seulement donner un mandat un jour puis se taire pendant le temps de ce mandat, par pur respect de la règle démocratique, voilà une belle idée. Mais comment faire coexister vision politique de long terme avec les opinions, les réactions épidermiques, comment ne pas sacrifier la démocratie dans un excès de pétitions et manifestations souvent instrumentalisées et écouter les aspirations populaires profondes, sans démagogie ? C’est en répondant à cette question que les responsables politiques élus retrouveront la face, le crédit de dignité qui leur fait tant défaut auprès de ceux qui les firent puissants et qu’ils semblent humilier trop souvent. 

Un simple exemple : les sièges aux conseils d’administration des grandes entreprises sont aujourd’hui préemptés par les représentants des actionnaires ou des institutionnels. Ne pourrait-on, toujours dans un but d’humanisation du capitalisme, redonner aux créateurs de valeur, une place digne dans les prises des grandes décisions ? Plutôt qu’un seul représentant du personnel, ne serait-il pas possible que les employés en élisent trois, quatre, de différentes professions, différents horizons, une fois tous les deux ans ? La démocratie a besoin de concret, l’écoute doit être substantielle, tangible. Cela est difficile nous répondront les tenants du pouvoir… 

Tahrir, Puerta del Sol, Chute de Ben Ali, c’est bête, cela ne tient plus et l’on a envie de dire : « Messieurs les responsables, c’est loin d’être simple, d’accord, mais quand on veut, on peut. Le courage, le volontarisme, la probité et l’humanisme politiques sont les meilleures réponses à l’Indignation, les meilleurs remèdes à l’Indignité qui vous entache ». 

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Politico-médiatico-gastronomique…

Posté par gramier le 28 mai 2011

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C’est vrai qu’on n’en parle pas assez. Mais dire « on n’en parle pas assez » revient à sous-entendre que les porte-voix ne font pas leur travail. Et comment le feraient ils alors que ce sont eux qui sont les premiers intéressés dans l’histoire qui suit! 

Préambule auspicieux : en avril de cette année, Rachida Dati venait commenter l’actualité politique sur le plateau du Grand-Journal et ce, en tant que grande copine de Michel Denisot, qui avait convié cette dernière à sa table comme on invite une bonne copine à déjeuner. Son intervention portait plus particulièrement sur les saillies drolatiques de Claude Guéant concernant l’immigration. Bref, le plus intéressant n’était pas tant cette première partie que la seconde, lorsque débarqua un autre grand convive de l’émission : FOG, venu présenté son dernier « brûlot » politique : Mes conversations téléphoniques avec Sarkozy ou plutôt « M. le Président » – dont Albénitz faisait la lecture commentée sur ce blog en son temps. Très rapidement, le sujet des relations incestueuses entre journalistes et responsables politiques avait été soulevé. Chacun autour de la table semblait concerné. Le malaise était palpable. FOG ayant Sarkozy au téléphone, Fillon envoyant un texto à Apatie, Eli Badou casé un temps avec Mazarine Pingeot. Les phrases jaillissaient, empruntées, de la bouche de chacun donnant l’impression d’un marché à la criée du lieu commun, cacophonie informe et incompréhensible, close par l’annonce penaude, ironique et « denisote » du Zapping. 

Pourquoi rappeler ceci ? Eh bien tout simplement parce que la tragédie strauss-kahnienne nous a, une fois de plus, démontré qu’il y a bien quelque chose de pourri au Royaume de France. En effet, Denis Jeambar, journaliste à l’hebdomadaire Marianne (voir article indigné), profitait de l’arrestation de DSK, pour sortir de sa réserve. N’étant du coup plus lié par son pacte de silence, il passait aux aveux. Oui, car les journalistes de Marianne, du Nouvel Observateur et de Libération étaient contraints au silence par un pacte, le « Pacte de la Sauce » scellé dans divers grands restaurants ! Et ce, par les clauses non-écrites d’un contrat moral passé avec DSK « pour la bonne cause ». 

La bonne cause : mettre fin aux agissement de l’horrible Nicolas Sarkozy qui n’a jamais fait que museler les média et réprimer la liberté d’expression dans ce pays. Dans les batailles, tous les moyens sont bons, même ceux employés par l’ennemi ! Le contrat moral : organiser le feu contre celui qui opprime les Français par son incompétence et pour cela, organiser le baroud d’honneur au Messie Américain. Les clauses non-écrites : DSK dîne avec vous, vous dit tout mais vous ne dites rien pour respecter le calendrier du FMI et des primaires qu’il va gagner. 

En somme, les journalistes avaient l’information sur les intentions de DSK depuis belle lurette et n’ont rien dit, faisant durer le plaisir telle la coupure de pub avant la proclamation de la décision du jury d’un mauvais jeu concours cherchant la prochaine étoile filante de vanité, destinée à briller, l’espace du quart d’heure de gloire wharolien, dans un firmament à hauteur de pâquerettes. 

Pourquoi nous « indigner » de cela ? DSK n’est-il pas l’époux d’Anne Sinclair ? D’ailleurs, nous ne nous indignons pas dans cet article, car nous méprisons cette indignation qui, par la plume parkinsonienne et sénescente de Stéphane Hessel, s’est répandue telle le choléra en tant de disette sur les esprits affamés de prêt-à-penser, affaiblis par trop de bouillon de culture, bouillon que le filtre de l’opinion télévisuelle a épuré du moindre oligo-élément de raisonnement réflexif, de contradiction et de vérité. 

Et si nous ne nous indignons pas, c’est au contraire une joie malsaine, presque lubrique qui nous prend et nous force à sourire. Se rappeler que ce qui importe, toujours et encore, c’est la sauce, la sauce et ce, éternellement. Se dire que le quatrième pouvoir appartient de plein droit à la cinquième colonne du Quignon, c’est sans conteste ce qui nous fait aimer la politique dans son sens large. Le Figaro, sur vendu, Libération, sur vendu, Le Nouvel Obs, sur vendu, Médiapart, vendu, Atlantico, sur vendu, Le Monde, vendu (et d’ailleurs quand il sort de la piste, les représailles sont directes, voir l’article de Renaud Revel) et la liste est longue ; restent La Croix, la presse people, les journaux locaux… et encore. Les journalistes ont besoin des hommes politiques et vice-vesa, Dassault, B,N & P, Rotschild ont investi et veulent contenter les clients de leur information… bref, nihil novi sub sole, cela reviendrait alors à faire un procès au journal La Croix pour son parti pris dans le débat sur la bioéthique : ce serait insensé.

Permettez nous donc d’être cyniques et de dire à tous ceux qui hurlent avec les loups à chaque fois qu’explose au grand jour une histoire de collusion entre la presse et le pouvoir : « vous hurlez avec ceux qui ne se gênent pas pour faire de même et peut-être pire ». La presse est, comme la politique, premièrement et avant tout là pour faire des ventes et nous divertir. Elle est le cervelet de la société du spectacle, tout comme le jeu démocratique d’ailleurs. 

Que ces journalistes aient tout su des intentions de DSK mais n’aient rien dit, c’est lamentable mais c’est très drôle, très excitant. On voit bien l’illusion totale dans laquelle vivait ce microcosme de bobos millionnaires – vous apprécierez ces expressions-slogans cheap et mélenchono-populistes. Ils croyaient pouvoir mener leur bataille tels des grands stratèges olympiens préparant la mission « Propagande ». Ramzy Khiroun se voyait déjà en nouveau Séguéla… Mais comme à Watterloo, il y a eu trahison, sauf que ce ne fut pas le fait d’un capitaine des carabiniers mais de l’Empereur lui-même. A broyeur médiatique, broyeur médiatique et demi ! 

Tous pourris ? Oui et non… Oui, si l’on fait précéder « tous » de « nous ». Non, parce que tout « sauceur » vit aux dépends de ceux qui l’écoutent. Dans la société de l’argent hypocrite et lycanthropique, il faut survivre. Il faut bien acheter de l’essence en oubliant de se rappeler combien de vies ont été détruites dans le Golfe de Guinée, sacrifiées sur l’autel de notre plein. Il faut bien acheter des jouets aux enfants à Noël et faire s’évanouir dans l’odeur de sapin, l’idée abjecte de ces enfants qui ont eux-mêmes fabriqué ces jouets. Alors qui sommes nous pour leur reprocher de nous servir avec égards l’information qu’on leur demande ? 

Le citoyen peut légitimement se sentir dérouter par ces impressions de mensonge constant, de cachotteries, de mépris des engagements et des promesses de ceux qui gouvernent notre pays et nos esprits. Qui se leurre encore en attendant du résultat des urnes des changements radicaux – même du bulletin Borloo, c’est un comble – ?! Alors, plutôt que de les attendre des autres, pourquoi ne commencerions nous pas à les exiger de nous-mêmes, ces changements ? Refuser la compromission au quotidien, refuser de fermer les yeux, de nier les valeurs qu’on affiche aux premiers effluves de réduction de veau… 

Dénoncer, s’indigner, rien de plus simple. S’appliquer ces règles à soi-même, comme il est de coutume de le dire au Mexique « Todo un rollo » soit une autre paire de manches. 

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Pour un débat anti-démocratique…

Posté par gramier le 25 mai 2011

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Comment exprimer mon émoi politico-ontologique?

Ma référence philosophique tout d’abord : « Dialogues avec Paul VI » de Jean Guiton. Cela permettra, au moins à ceux qui l’ont lu – aussi peu nombreux soient-ils – de comprendre plus rapidement de quoi ce papier retourne.

Ce soir, la fringale politique me prends. Je veux savoir, je veux des augures, je veux me sentir empreint de politique. La succession de DSK m’a mis en appétit. Je regarde « Le Grand Journal » je reste tout naturellement sur ma faim. Je passe sur « Dimanche + », toujours en streaming, j’y trouve un Delanoë calme, sage mais creux et lisse. Errant sur Twitter, je lis des échos de « Ce soir ou jamais » par Taddéï sur France 3. Il semblerait que les invités n’aient pas été tendre avec Hollande. C’est ému et tremblant d’excitation que je me rue littéralement sur le site de l’émission pour la en prendre connaissance.

Invités : Henri Guaino, conseiller spécial de l’Elysée et Emmanuel Todd, le réputé penseur, pour faire large. Diverses et multiples sont les thématiques. Todd semble plein de morgue, Guaino, sourire en coin comme à son habitude, riche en références savoureuses aussi bien historiques que philosophiques. Je suis de droite partiale, cette impression ne m’étonne en rien de moi-même.

Le « débat », puisque c’est ainsi que le présentateur intitule l’entretien, en arrive à un des chevaux de bataille du chercheur Todd : le Protectionnisme. Il y a deux points de vue, sur cette question, a priori radicalement différents chez les deux hommes qui, malgré les apparences, semblent se connaître fort bien et ce depuis longtemps – le cercle de réflexion Marc Bloch ou autre, je ne sais plus, les ayant réuni dans leur jeunesse. Tout les oppose.

Je pourlèche déjà de mon cerveau ramolli les babines de mon esprit. Todd expose clairement sa pensée : « une idée forte » dit-il. Il est clair que l’exposition qu’il fait du protectionnisme est limpide tout en restant complexe et sujette à approfondissement, mais ce n’est pas le lieu ni l’endroit, nous sommes à la télévision et c’est le temps médiatique qui rythme l’échange.

Je réfléchis un instant et me rappelle le nombre de fois où, vivant pour quelques mois au Mexique, j’entrevois l’infamie du dumping salarial, qui pousse aux délocalisations, appauvrissant l’Europe pour enrichir les actionnaires des grandes entreprises et les rares privilégiés de ces pays qui se développent sans pour autant faire le bonheur des ouvriers exploités sur place. Je me rappelle ces réflexions que je me fais en comparant nos systèmes sociaux et ceux de ces pays « à bas coûts salariaux » et au « bas coût de la vie humaine », cynisme déroutant, qui sont prêts à laisser mourir, au XXIème siècle, leurs citoyens, par impuissance et par conservatisme, par amour du lucre et du gain, par culte social du consumérisme, par dévotion à la réussite sociale soit disant égalitaire… comme si les gens naissaient égaux devant la vie ! Je me dis donc, voilà une idée à développer. Le Protectionnisme européen, le protectionnisme au sein d’espaces économiques tels que l’Europe – une nation s’étoufferait en s’y engageant toute seule aujourd’hui – pourquoi pas, je n’y avais jamais réellement réfléchi. Réguler les marchés financiers oui, mais le Protectionnisme, les frontières… Sans parler de moralisation, avec de simples règles. Peut-être ai-je tort, peut-être que Todd est un Tarik Ramadan de la macro-économie, mais son idée ne semble en rien marxiste, totalitaire, elle semble plutôt libérale, en adéquation avec les évidentes règles de la concurrence commerciale, mais avec des règles « physiquement » établies. Contre la dérégulation mais matériellement et pas seulement intellectuellement, ma foi…

Guaino, son contradicteur, rôle imposé par le terme « débat », se lance dans un éloge du libre-échange… Pas si simple. Après moult circonvolutions, rappels historiques remontant à la gigantomachie, le secrétaire particulier de Sarkozy tente, désespérément et de manière fort piètre, de démontrer… la même chose que Todd mais avec fébrilité et complication, et donc inutilement. Tout cela est sur la forme très proche du discours politique. Il tente d’esquiver longuement puis est acculé à sentencier sa vision et alors, le but n’est plus la recherche de la vérité, sinon, la volonté sans faille de coller à son personnage : le contradicteur, l’homme intrinsèquement en désaccord avec Todd.

Au final, l’idée forte, qui est censée être son fonds de commerce, en tant que plume présidentielle, l’idée brillante sur laquelle il eut été possible de construire un merveilleux « dialogue » et non plus débat, est méprisée et mise sous cape, sacrifiée sur l’autel de la contradiction inhérente et essentielle à tout « débat ».

Débattre, c’est se mettre préalablement dans la posture de combat et d’orgueil. Débattre c’est détruire les propos de l’autre, c’est la sublimation de la guerre par les mots, aussi feutrés et mouchetés soient-ils. Rien de bon pour la société ne peut sortir du « débat ». En revanche, l’institution du « dialogue », tel que Guiton le définit dans ses entretiens supposés avec le second Pape du Concile Vatican II, est un chemin que auquel nous devrions penser beaucoup plus souvent. Le débat impose la contradictoire, seyant aux tribunaux, d’accord, mais à la politique? Tout débat demande une posture d’« à son corps défendant », souvent malhonnête et intellectuellement terroriste ou veule. Cela nous amène à entendre nos hommes politiques, au sens large, déblatérer pour nous laisser, enfin, dans l’ignorance, pour mieux nous endormir ???

Je ne suis pas populiste, mais souvent, il y a quelque chose de cynique dans l’organisation médiatique, narcissique et auto-satisfaite de « débats » qui montrent ces têtes pensantes camper sur leurs positions du début à la fin.

Entendre un débatteur dire un jour « Mais vous n’avez pas tort, Madame, vous avez même raison, Monsieur, je n’y avais pas pensé ! Alors, comment faisons-nous ? Comment pensons-nous la suite ? Quelles perspectives ? » Ne serait-ce pas non plus la tradition socratique ? De la réflexion en directe ! Le débat est un vernis démocratique, opiacé démagogique, la défaite du politique face au temps médiatique, ou plutôt, exploitation lucide de ce temps médiatique pour mieux berner à coup de formules, d’imprécations et de pinailleries grotesques.

La politique n’est pas la philosophie mais qu’attendre des « grands débats nationaux » si ce ne sont frustrations et opinions infondées ? Je me le demande. J’ai ma réponse : rien. Une société du « débat » c’est une société des luttes errantes, des passions destructrices, de l’inhibition, des extrémismes et de ressentiment. A contrario, une société du « dialogue » est une société de l’écoute de l’autre et de l’attention à la Raison éclairante, une société qui ne subit pas mais qui se construit.

Je remercie les personnes comme Emmanuel Todd, dénonce ceux que représente Henri Guaino, et en appelle à la responsabilité des cadres de France Télévision s’ils veulent réellement faire du service public un instrument démocratique.

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Trois petits sondages et puis s’en vont…

Posté par gramier le 24 mai 2011

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La malédiction des bons sondages pour les présidentielles frappera encore.

Et aussi curieux que cela puisse paraître, Sarkozy sera confortablement réélu à la tête de l’Etat Français dans un an. 

Naturellement, les Français ne sont pas des imbéciles et ne tournent pas casaque aussi facilement. Pour l’instant, ils mettent les candidats déclarés au pinacle. C’est le cas de Hollande par exemple qui semble bénéficier de l’éviction de DSK du paysage politique. L’opinion publique se retrouve contrainte à trouver en lui l’homme de la situation pour 2012, par défaut. Faute de grives, ne mange-t-on pas des merles ? 

Eh oui, le raz le bol est encore bien présent dans le cœur des Français. Nous n’allons en énumérer une n-ième fois les multiples causes, mais il est certain que cette défiance à l’égard de la droite, aux commandes depuis 2002 sous l’égide de Sarkozy, est indéniable et très réelle. 

Nicolas Canteloup supposait que le lundi 16 mai, dans les corridors de l’Elysée, résonnait la musique poétique et enjoleuse de « La Fiesta », de Patrick Sébastien, signifiant par là la joie à recevoir ce cadeau à Sarkozy qu’est le sabotage de DSK par lui-même. Ce n’est pas tout à fait comme ça que l’Elysée réagit semble-t-il, mais dans le fond, le résultat sera le même. Un G8 en meneur des grands décideurs de ce monde, un enfant, une belle femme, une situation économique enviée par tous les pays européens sauf l’Allemagne, en situation de proposer au FMI la candidature d’une compatriote, malgré DSK – cet acte venant aussi légitimer la cohérence de l’action de Lagarde à la tête du ministère de l’Economie et des Finances, et donc de Sarkozy, ce coup serait un coup de maître (voir notre article sur Sarkozy et DSK au FMI ici), si
la CJR le permet –, éléments qui donneront au candidat Sarkozy, lors de la campagne, des avantages compétitifs essentiels pour ce qui est de la stature présidentielle. 

En somme, ce que beaucoup de commentateurs ne veulent pas dire, par plaisir pur de créer la surprise, c’est que sans DSK, le PS n’arrivera pas à ne pas se déchirer – Valls a retrouver ses canines de vampire suceur de plancher, Martine hoquette et gagne sans triomphe des cantonales « gâteau », François triomphe modestement avec cette même tête cérémonieuse au sourcil froncé de futur Président « normal », Royal se voit déjà en Présidente du Pouvoir d’Achat, Montebourg ne se sent plus de joie et ouvre un large bec… Marine Le Pen va se dégonfler comme une baudruche qu’elle est. Villepin prendre du sursis. Borloo ne se présentera pas. Bayrou continuera à vendre du rêve, et toujours pas de réalité. En somme, Sarkozy sera au second tour – à moins d’un nouvelle sortie telle que « casse toi pauv’con », mais cela est plus qu’improbable, Sarkozy n’est pas le dilettante qu’est DSK – et il sera bien dur au candidat PS, quel qu’il soit, de concurrencer un président sortant, machine politique rarement égalée, à la stature hautement et de plus en plus présidentielle malgré ses quelques casseroles. 

Aucun président de la cinquième n’a été fait par les sondages et ne le sera jamais. Les sondages fonctionnent comme un thermomètre des humeurs françaises, mais leur interprétation est équivalente à la science météorologique, dont Philippe Bouvard, spirituel, disait qu’elle est « la science qui indique le temps qu’il aurait dû faire ». Les augures sondagiers sont rarement des « open books », ils demandent calme et recul, leur sésame, la substantielle moelle, se trouvent à leur marge et leur frange, le corps de ce texte fumant n’étant souvent qu’un écran malicieux destiné à tromper les jeunes padawans aveuglés par leur exaltation, jouant aux haruspices roués. 

Vous nous direz, de là à faire de François Hollande un jeune et fougueux padawan… c’était une image, cela va sans dire (voir notre article sur Hollande Président). 

Si Sarkozy n’est pas tout proche de gagner, il est bien loin d’avoir perdu. 

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Lagarde les pieds pris dans le Tapie…

Posté par gramier le 18 mai 2011

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Un nom revient: Lagarde.

Elle a tout, dit-on. L’expérience, l’autorité, la diplomatie, le parcours nécessaires. Bien que l’idée puisse remonter les tenants d’une représentation plus forte des nouvelles puissances économiques émergées – d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique, et autres BRIC – aux directoires des grandes institutions internationales, l’option française Lagarde, pour prendre en charge la direction du FMI à la suite de Dominique Strauss-Kahn, semble recueillir des avis très favorables et faire le consensus. 

Sans nécessairement se voir taxer de chauvinisme outrancier, reconnaissons le, ce serait un orgueil, tout de même ! En tout cas, une belle preuve que la France garde dans le monde une influence et un aura certains. D’aucuns y verront le chant du cygne de la diplomatie française – à la manière du groupe Marly essayant, le mardi 8 février dans une tribune au Monde, de rendre cette empreinte laissée par la France dans les enjeux politiques internationaux, ridicule et décadente, à des fins politiques – mais cette perspective n’en reste pas moins, selon nous, la preuve triomphante du contraire.  Cette perspective est réjouissante en premier lieu, parce que nous savons Mme Lagarde sage et profondément diplomate, ayant construit avec brio une carrière impressionnante fondée sur l’intelligence et à l’acuité, nous l’avons dit, mais, surtout, parce qu’il est plus rassurant de voir, à la tête de l’institution, une européenne empathique mais réaliste face à la crise grecque (de l’issue de laquelle dépend la stabilité de l’euro et l’avenir de l’Europe) plutôt qu’un non européen. 

Pourtant le ciel radieux de cette situation s’est fortement assombri.  Par quoi ? L’affaire Bernard Tapie. 

Affaire fort complexe : quinze années de procédures judiciaires intentées par l’homme d’affaires contre l’Etat suite à la liquidation de Groupe Bernard Tapie entre 1992 et 1993 et la vente litigieuse d’Adidas – Tapie disait avoir été floué par le Crédit Lyonnais sensé être son partenaire. Le 11 juillet 2008, le rendu de la décision du tribunal arbitral, composé par trois juristes de renom, sonnait la fin des hostilités. En effet, il condamnait le Consortium de Réalisation – en charge de la gestion du passif du Crédit Lyonnais – à verser 390 millions d’euros aux époux Tapie, dont 45 pour préjudice moral. 

Deux choses choquèrent après coup. On comprend moins l’une que l’autre. Tout d’abord, le mode de règlement du conflit : un tribunal arbitral. Pas de quoi faire un fromage, je ne suis pas juriste, on pourra toujours trouver des vices de forme dans la décision, mais, soyons honnête, ce feuilleton allait-il encore durer dix ans, vingt ans ? Un règlement « à l’amiable » était, selon nous, et même si le raisonnement semble léger, une honorable décision.

Ce qui se comprend moins vient de ce que la décision des trois juges, favorable à Tapie contrairement aux précédentes décisions de la justice, n’ait pas pousser le ministère des Finances à interjeter appel. Le CDR, organisme appartenant à l’Etablissement Public de Refinancement et de Restructuration, donc à l’Etat, aurait dû, au moins pour la forme, contester cette décision – les 45 millions d’euros pour préjudice moral méritaient bien un approfondissement et une confirmation…

Bref, un petit groupe de députés socialistes se sont emparés de l’affaire et sont bien décidés à ce que la Ministre Lagarde, en charge du dossier, réponde, devant la justice des ministres en exercices, de ses « décisions » engageant les deniers publiques.  Ces Fouquier-Tinville, tenant d’une « morale d’embrayage », à plusieurs vitesses, se sentent sûrement encore inspirés par Robespierre ou Jospin et, ainsi, portés par un désir irrépressible de République irréprochable – emprunt sarkozyste –, de justice triomphante et de dénonciation du copinage – c’est ce qui sous-tendent les poursuites engagées – mais ils s’attaquent, malheureusement, à la mauvaise personne. 

Que Lagarde ait été peu regardante dans toute cette histoire – ses déclarations dans la presse concernant les montants en donnent la preuve –, soit, mais n’avait-elle pas bien d’autres dossiers légèrement plus prenants à même époque ? On lit dans le Nouvel Obs qu’elle n’a fait que suivre, de loin, les suites d’un processus engagé avant son arrivée à Bercy… par Jean-Louis Borloo ! Et dont le suivi fut assuré par Stéphane Richard, actuel patron d’Orange, qui fut précédemment le directeur de cabinet de Borloo. 

Et oui ! Et Borloo, qui n’a jamais fini d’être le plus remarquable centriste de la terre, le plus grand radical (voir articles : ici ou ), en somme le plus impénitent des sauceurs de sa génération, n’était naturellement autre que l’avocat de Tapie, en ces temps lointains ? Sans vouloir faire de faux procès, avouons que le fruit du hasard apparaît légèrement blet…

On entend mieux pourquoi le dispositif a été mis en place alors qu’il était au Ministère des Finances. On comprend mieux pourquoi Lagarde n’a pas fait montre d’empressement au sujet de ce dossier puisqu’il était largement engagé lors de sa prise des commandes. On comprendra aussi aisément que face à la chute de Lehmann, à la faillite de Bear Stern, et à la crise des subprimes, son temps dédié au solde de l’affaire Tapie n’ait pas été gigantesque… ce qui se révèle avoir été une erreur.  Prise au piège Lagarde. Pas assez politique Lagarde. Et tout cela, toute cette affaire ne vient que corroborer ce que nous démontrons depuis le début de ce blog et ce que, de l’extrême droite et l’extrême gauche fustigent à des fins haineuses – contrairement à nous qui en rions: 1.      Que les sauceurs-copains-coquins s’en donnent à cœur-joie dans les dépendances de la République, 2.     Qu’ils festoient et font bombance, roués aux us culinaires et républicains, agiles et habiles comme des chats par temps de disette,  3.      Que nos chevaliers de la légion d’honneur, ayant troqué l’amour de l’odeur du sang chaud sur les champs de bataille pour le fumet de la grand veneur, n’ont pour épée au fourreau, plus qu’un croûton à l’ail, 4.      Que la rapidité de ces « spadassins des cocktails » à le dégainer, ce croûton, n’a d’égales que l’agilité déployée pour s’approcher toujours plus prêt du buffet de Marianne et l’habileté qu’ils démontrent à le tremper sans qu’il ne goutte… 

Le souci dans cette histoire, relent nauséabond des années politicardes et sulfureuses de la gauche mitterrandienne comme de la droite chiraco-sarkozienne, c’est qu’elle ne fera pas qu’une victime, en règle générale la brebis innocence qui cache le troupeau de loups, mais deux : Lagarde et… une assurance de sursis pour la Grèce et l’Europe, rien de trop.
Mais que voulez vous ma bonne dame, la sauce nationale à ses raisons que la sauce internationale ignore… 
C’est lamentable mais c’est ainsi. 

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