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Les (Berna)dettes de Chirac: le (Berna)doute est permis

Posté par gramier le 23 juin 2011

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Une fois n’est pas coutume, le nom Chirac est associé au soupçon. Si aujourd’hui le Sage profite d’une popularité jamais égalée – plus due à l’illusion rétrospective du vrai qui meut les mémoires, à la nostalgie quasi pavlovienne des peuples pris par l’incertitude, qu’à un jugement fondé sur une comparaison raisonnable entre le passé et le présent – celle-ci ne semble pas devoir décourager la Justice de notre pays et ceux qui la rendent, d’entendre ses arguments face aux accusations de gestion frauduleuse alors qu’il était aux affaires. La suite en septembre.

Or, aujourd’hui, on apprend avec stupéfaction que c’est au tour de son épouse, pourtant au dessus de tout soupçon, comme des tourmentes judiciaires de son ineffable époux, de se voir soupçonnée, indirectement certes : c’est son élection en tant que conseillère générale de Corrèze et non pas elle-même, qu’a invalidée le tribunal administratif de Limoges. La Justice n’a eu cure du voile d’ex-Première Dame de France insoupçonnable et digne qui drapait cette femme. La balance a penché du côté de la rigueur démocratique : majorité requise à 1113 voix ; si on en a eu 1114 et que 2 ont été déposées par des anges, des morts, des ours en peluche, des bergers belges ou des corréziens atteints de troubles dissociatifs de l’identité et amateurs de moustaches postiches et soirées déguisées, au regard de la loi, ça fait… 1112, donc par la majorité absolue donc… pas d’élection au premier tour.

Naturellement, on criera à la présomption d’innocence, ce qui est tout à fait normal. Et nous nous refusons à donner dans la facilité en plaidant sans preuve à charge contre Bernadette Chirac, toujours innocente de quelque malversation que ce soit, nous rappelant que la réalité dépasse toujours la fiction. Le mieux, dans cette histoire, serait que l’élection ait de nouveau lieu, avec rigueur, ce qui permettrait de confirmer ou non cette courte avance. Cela s’est fait dans de nombreux cas, il semble, que c’est ce vers quoi l’on s’achemine… ou, en tout cas, ce vers quoi, les électeurs de Madame Chirac s’acheminent : les urnes, pour ceux qui voudront à nouveau faire le déplacement.

Il est cependant indubitable que la Dame de Corrèze se soit amplement passée de cet épisode fâcheux qui intervient alors que son mari est lui-même sur une cuisante sellette. Car comment ne pas voir alors, en ce couple de grands parents sympathiques et respectables, une paire de Bonnie and Clyde de la République, de Xavière et Jean (Tibéri) de la Région Centre? La société ne commence-t-elle pas à trouver que la solvabilité des Chirac est douteuse ?

Si l’on file métaphore, on peut aussi dire que les agences de notations – S&P ou Moody’s d’un côté, IPSOS et TNS de l’autre – donnent des appréciations  et notes forts différentes suivant que l’endetté est le puissant ou le misérable. On ne prête qu’au riches : les Etats-Unis sont bien plus endettés quela Grèce, pourtant le coût de leur dette est bien moindre, leur note ne se dégrade pas et l’on continue à leur prêter allègrement sans, pour l’instant, trop se faire de souci – juillet doit, tout de même, ouvrir sur un budget voté par la Chambre des Représentants, sans quoi, l’état de faits risque de se voir quelque peu réexaminé. De même, Chirac est riche de son image d’homme du consensus mou qui n’a embêté personne par son inaction, ainsi que des illusions sarkozystes perdues des Français. Ces derniers affirment toujours une opinion très haute de l’homme, digne d’une fidélité filiale indestructible, empreinte d’une reconnaissance éternellement miséricordieuse.

Alors, fort de cela, de cette impunité médiatique, Chirac se permet de fanfaronner, de se désinhiber, de s’afficher en traître à son propre parti politique en soutenant officiellement son adversaire politique et ami Hollande – malgré un démenti aussi crédible que Kojak avec un catogan ou Perry Mason faisant son footing, qui a « fait pshittt ». Chirac fait le fier, il drague ouvertement une élue sous les projecteurs et abuse de sa liberté de parole que lui donnent cette popularité et son ancien statut, fait son intéressant, et ce, avec une légèreté déconcertante voire préadolescente, au mépris même du respect basique qu’il doit à son épouse. Alors, la France rigole. On continue à lui faire crédit tant il incarne un passé fantasmé, après revue et correction, d’une France soit disant unifiée et fraternelle, écoutée dans le monde, respectée, prospère, défendant les pauvres contre les riches… Voilà ce qu’était la France de Chirac !

Il faudra bien que l’on se rende à l’évidence un jour. Chirac le joli coeur sénescent, débonnaire, joyeux luron et turlupin facétieux façon Papy la Goutte, doit désormais faire face à une sérieuse ardoise et se résoudre à faire silence du fait de sa situation. Mais sait-il encore se tenir ? A-t-il toute sa tête ? N’est-il pas légèrement gâteux, sur la pente douce de la sénilité ?  

Heureusement, la Justice veille sur les intérêts de la société, parfois malgré elle. Erreurs judiciaires, toujours trop nombreuses, mises à part, elle fait avec volontarisme son travail. On peut la trouver quelque peu pesante parfois, rigoriste et jolyste, mais dans le cas présent, il serait temps que la fête se termine : Chirac n’a que trop profité, aujourd’hui le vieux loup de mer dégaze et pollue, il est temps de siffler la fin de la pêche miraculeuse. L’annulation de l’élection de Dame Chirac sera-t-elle, malgré elle, le déclencheur d’une prise de conscience que cet homme doit solder son compte ? Une piqûre de rappel de ce qu’il fut, lui qu’on aime tant aujourd’hui? Rien n’est moins sûr : la sublimation du passé en idéal est un puissant neuroleptique social que, ce serait trop bête, Hollande ne se privera pas de nous administrer à dose de cheval, depuis qu’il a été fait héritier et successeur désigné, dans la lignée directe des présidents normaux – entendez fainéants, sauceurs et impuissants – une fois l’erreur Sarkozy réparée.

Dommage qu’il n’en soit de même pour la Grèce, qui marqua l’histoire autrement que Chirac, la comparaison en est même grotesque. Chirac devra-t-il payer un jour ses dettes ou le fait d’avoir pensé à notre équilibre alimentaire en nous incitant à manger des pommes et son capital sympathie le dédouaneront de ses obligations ? Rappelons que nos célèbres ancêtres, Adam et Eve, firent eux aussi confiance à un drôle d’animal qui, s’étant improvisé épicier-nutricionniste, les incitait à manger des pommes… La France est loin d’avoir été le jardin d’Eden avec lui, mais il l’a certes géré comme une épicerie de quartier d’un roman de Zola : Chirac a floué ses clients dans une comptabilité opaque, qu’il assume et tente, en se taisant, de préserver le peu de dignité qu’objectivement, il lui reste.

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