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Un homme, une rose à la main… et le quignon dans l’autre!

Posté par gramier le 11 mai 2011

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Hier, Paris n’était que fête, lumière, débordement de joie, d’allégresse, de fantaisie, vent de liberté, de fraternité, d’égalité. On aurait pu se penser atterri dans un immense Stade Charlety tant l’amour empreignait l’air de ce Printemps populaire et chaleureux. A certains moments, près de Bastille, on pensait voir débarquer des soldats juchés sur des chars et embrassant, des roses entre les dents, des jeunes filles vaporeuses, le tout porté par la liesse populaire : une nouvelle Libération de Paris ? Pour le fun, le Général de Gaulle était-il sorti de sa tombe pour recommencer l’exercice ? Dans quel but ? L’idée semblait absurde. Il devait y avoir une explication beaucoup plus rationnelle à tout cela… 

On se prenait alors le menton dans la main et se prêtait à plonger dans sa mémoire, à rechercher une résonance de l’évocation de cette date dans les tréfonds de notre « ça » de citoyen français… Et d’un coup : Eurêka ! 10 mai 1981 ! Ces neuf syllabes prenaient un tour magique et merveilleux : trente années s’étaient exactement écoulées depuis l’élection, pour la première fois depuis la création de la Vème République, d’un socialiste à la tête de l’Etat Français, comme Président de la République et de tous les Français. Hier était, vous le comprendrez bien, un jour d’exercice du « devoir de mémoire sélective ».  Oui, car la vie avait changé en 1981.

Tout comme il y eut il Rinascimento qui fit passer l’Europe de la nuit du Moyen Age à la lumière des fresques de Raphaël, comme il y a eut l’invention de l’imprimerie, comme il y eut la prise de la Bastille et la fin de la soumission du peuple de France à l’arbitraire divino-régalien, il y eut, un avant et un après l’élection de François Mitterrand. On est sorti de l’obscurantisme giscardien qui verrouillait la société et opprimait les pauvres, pour aller à la lumière des lendemains qui chantent. Une rose à la main… et les épines de cette même rose enfoncés bien profondément dans la pulpe. Mitterrand n’a strictement rien changé à la face de la France. Les quatorze années de règne qui suivirent ne furent en rien différentes pour les Français de ce qu’elles auraient été avec Giscard : la même crise, les mêmes affaires, sauf, peut-être une jolie photo main dans la main avec Helmut Kohl. Non, ce qui restera de Mitterrand c’est d’abord et avant tout Jack ! le reste… tombera vite dans l’oubli. 

Alors, revenons à notre question principale maintenant que nous avons trouvé une partie de la réponse : pourquoi tant d’exultation et de délire extatique à commémorer cette élection ? Nous aurons tous compris qu’hier n’était qu’un tour de chauffe. Dans le camp socialiste, on est tellement assuré que 2012 sera l’année du grand retour aux affaires, qu’il fallait trouver une manière de faire baisser la pression. Ce mode de réaction est semblable à celui de ces jeunes adolescentes soudainement prises d’hystérie alors qu’on vient de leur annoncer qu’elles allaient pouvoir rencontrer Justin Bieber en backstage après son concert à Paris. Ce délire apparent ferait presque parfois nous questionner sur la nécessité ou non d’appeler un exorciste. Eh bien c’est un peu pareil chez les socialistes. Tout comme dans l’autre camp d’ailleurs, changer la vie est bien le cadet de leur souci. Et même s’ils essayent de contenir leur joie, en sortant des bouquins d’appel au vote utile – cf Moscovici et « Défaite Interdite » – en se passant la tête sous l’eau froide… mais ils le savent, en 2012, ils gagneront. Et qui dit gagner la présidentielle, dit gagner les législatives et alors là : SAUCE qui peut ! Le Sénat sera à eux en octobre et donc le Parlement dans son ensemble. Quelle perspective ! Car il faut se rendre comptes : dix années qu’ils l’attendent l’accès à la marmite. Guigou en a des crampes au croûton.

C’est comme dans un gracieux épisode de Chapeau Melon et Bottes de Cuir dans lesquels un méchant terrorise l’Angleterre avec un aimant géant : il l’active et alors tout ce qui est en métal se met à frémir et vous avez un gros plan sur une petite cuiller à côté de la main de John Steed qui s’aperçoit qu’elle tremble avant que, l’aimant ayant atteint toute sa puissance d’attraction, la petite cuiller n’aille heurter violemment et se coller contre le mur manquant de blesser le héros au passage. Pour les quignons, croûtons et mouillettes au PS, c’est pareil. Marylise Lebranchu pense déjà à quelle commission elle présidera à l’Assemblée, Jack se verrait bien au Conseil Constitutionnel, Valls à l’Intérieur, Montebourg à la Justice, Gérard Filoche, Secrétaire d’Etat aux anciens communistes, Ayraud en haut du perchoir, Catherine Trautman au piano et Patrick Menucci à la guimbarde etc. 

Ils rêvent tous de ces milliers de litres de sauce qui vont se répandre sur eux. Ce sera l’orgie absolue. Marie-Noël Lienenmann mènera une farandole en chantant « I’m singing in the sauce ». Cette farandole ira jusqu’au grand chaudron au milieu du haut duquel Anne Sinclair fera pleuvoir un mousson de gribiche. Aubry épongera le sol tant elle n’en peut plus que de se voir exilée à Lille depuis 2002. Martine Billard skippera un bateau mouche qui tirera un gigantesque pain Poilâne en plastique sur lequel seront assis comme des guirlande de saucisses Cahuzac, Cambadélis, Moscovici, Montebourg, Belckacem et Assouline, hurlant leur bonheur, pendant que Neri, Désir, Hamon, Queyranne et Glavani se rueront comme un seul homme, comme une foule de furies aux Galerie Lafayette le jour de l’ouverture des soldes, sur les seaux débordant du liquide tant convoité. Delanoë fera faire une arche pour faire voguer tout ce petit monde sur les torrents de Grand Veneur qui déferleront depuis la rue de Solférino, ramant à l’aide de grandes louches.  

Enfin, quand il n’y aura plus de quignons, plus de mouillettes, plus de croûtons, ils prendront alors les roses laissées de côté comme autant d’espoirs déçus, espoirs de ces Français qui les auront élus comme ils « élysaient » Sarkozy en 2007, et comme lui, n’en ayant cure, dans l’aveuglement de l’hystérie collective, croiront que les tiges sont des manches de fourchette et les fleurs, des bouts de pain : ce sera alors une grande savoyarde de pétales au beaufort fondu. Et des milliers et des milliers de sauceurs socialistes débarqueront de toute la France, l’œil humide et le visage émacié par tant de privations et d’humiliation. Les anciens sortiront même de leur tombe, Edouard Herriot, Jean Jaurès, Paul Faure, Pierre Mendes-France, Pierre Mauroy, Jacques Attali, Edith Cresson, ce sera une déferlante de zombies qui se dirigera vers l’Assemblée, l’Elysée, le Sénat, pour un petit poste, rien qu’une petite présidence de groupe d’amitié, une infime place dans une commission, ce sera la curée car tout sera bon à prendre. Même les transfuges de l’ouverture reviendrons dans une grande amnistie de la sainte Sauce. Quel moment !!! 

Et puis, comme il y eut un 10 mai, il y eu aussi un 11 mai puis de nouveau le 10 mai, 1982 cette fois ci, puis 1983 avec en cadeau la rigueur… lendemains qui déchantent… Pour notre part, de droite, de gauche, de toute manière, ce sera la même démagogie et la même course au saucier, croûton au vent. Mais si seulement, contrairement à Mitterrand, sa Majesté des Mousselines Chaudes, le plus grand sauceur que la France ait connu après Giscard et avant Chirac, quelqu’un pouvait, tout en sauçant, prendre les décisions qui s’imposent et faire preuve d’audace ! 

Hier on humait dans les rues de ce Paris participatif, des odeurs de « Ah ça ira » et son coulis d’oignons et groseilles et le fumet de quelques « Sous les pavez la plage » et ses pécans aux truffes gingembrées. Dix longues, très longues années d’attente et d’opposition… on peut les comprendre. Mais était-il bien raisonnable et cohérent que mettre de cette façon en vente le pain avant même d’avoir acheté le pétrin ? 

Publié dans Badinerie, Parti Socialiste | Pas de Commentaire »

 

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