Affaire Longuet, épitaphe à la sauce?

Posté par gramier le 31 mai 2011

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Pauvre Gérard, pauvre misère. A peine revenu près du buffet, on commence déjà à lui chercher des poux. Il est vrai qu’on ne fait crédit qu’aux riches. Justement, d’infamantes accusations de « recel d’abus de crédit » pour la construction de sa villa tropézienne, puis de financement occulte du Parti Républicain, puis de « recel de corruption » dans l’affaire des marchés public d’Île-de-France, semblaient avoir passablement crotté les souliers de l’homme Longuet – qui devait déjà être ministre lors du premier gouvernement d’Adolphe Thiers – et les traces de sauce sur la bavette de ce gourmand baigneur républicain, s’annonçaient coriaces.

Malgré une longue convalescence de 5 ans entre les hauts murs de la Forteresse du Luxembourg, à laisser tremper sa tunique d’homme public dans la javel de l’oubli médiatique  – ainsi que certains se retirent au monastère, le temps que soit retomber l’opprobre et la vindicte, choix lourd et fait de renoncements que celui du Sénat – il croyait l’avoir ressortie quasi immaculée du bain.

Mais manque de bol, n’a-t-il pas retrouvé, avec joie et innocence, les plaisirs de la vie au ministère de la Défense, régalien qui plus est et, pour l’occasion, ministère d’Etat, que déjà les accusateurs de nos frères, excavateurs sans états d’âme de pots de confitures vides, les spécialistes de l’archéologie culinaire, les spéléologues gestapisant de la vie publique, moralistes glabres et frustres, qui sont à la politique ce qu’est le purin à la sauce, viennent le titiller.

La tranquillité n’aura pas été de mise très longtemps. Le pouce et l’index à peine cicatrisés – se faire arracher un croûton est parfois plus douloureux qu’un ongle quand on est un sauceur – le revoici précipité dans les affres de la bataille médiatique, obligé de se défendre, premièrement par la voix de son cabinet, puis, lui-même, puis, c’est l’emballement. Le voilà dans la fausse aux lions, jeté en pâture comme un vulgaire placenta, aux chiens de ferme, après la mise-bas d’une truie : piètre curée.

Et pourquoi donc tant d’émoi chez les journalistes des Inrocks ?

Parce que le sauceur Longuet et son copain au frétillant quignon, Jean-Marc Sylvestre, aussi apolitique qu’un journaliste encarté à l’UMP sur TF1, ont fauté… à peine, fautouillé conviendrait mieux, en allant se vautrer dans le lucre dispendieux d’un palace tunisien, une nuit, en 2006, dont ils n’ont pas payé la note, laissée sur le compte de l’hôte présidentiel. Péché véniel s’il en est ! Cela vaut il pour autant la poutre et le gibet ? Réponse laissée au bénéfice du doute.

Les Inrocks jubilent : ils ont leur premier scoop « coprolitique » ! Pourtant, leur journalisme d’investigation poujadiste donne plutôt l’impression d’océanographes n’ayant pour matériel d’étude qu’un équipement de snorking ! Bref, l’info ne semble pas pour l’instant vouloir s’épandre sur nos esprits et l’image déjà terne de Longuet ne devrait en pâtir plus que de raison.

Mais qu’une seule seconde on retrouve le sens des réalités : qui n’aurait pas fait la même chose ? Qui ? Laurence Wisniewski ? On n’en doute pas. Avouons que la Tunisie de Ben Ali a accueilli nombre de défenseurs de Droits de l’Homme et des Libertés dans ses ryads luxueux, au frais du Brutus botoxé de Carthage. Reprocher cette nuit à Longuet, c’est comme reprocher à Michou d’aimer le bleu, à Hugh Afner d’être machiste ou à un réflexologue d’être tenté de réveiller la Chupa-Chups qui sommeille dans votre gros orteil ! Ca n’a aucun sens. L’important, dans cette lamentable histoire, c’est ce qu’elle dit de notre société et notre confrère Albénitz, confondateur de ce blog, l’exprimait à merveille :

« Franchement, j’ai l’impression que l’art de la sauce, de la belle sauce bien épaisse est en train de se perdre. C’est le début de la fin de la République des sauceurs, et le signe avant-coureur de l’évajolysation des esprits, de la norvégisation de la vie publique. Bientôt ils déclareront leur impôt, les élus boufferont chez Flunch et s’entasseront dans des Hyundaï Pony sans chauffeur, etc. Tout le monde sera honnête, les ministres auront des têtes de comptables ascétiques, et on ne verra plus ces silhouettes grasses ni de faces rubicondes dans les travées des assemblées qui faisaient notre bonheur. Quelle merde ! »

Abscons… contraction certaine d’ « absolument cons », voilà ce que nous sommes à trop vouloir buvariser, assécher le monde politique de toute forme de sauce ! Un exemple qui fait froid dans le dos : la République irréprochable découragerait les vocations de futurs ministres. C’est là qu’est toute la perversité de ce genre de lynchage ! Alors, la paix pour Longuet et de l’honnêteté, au moins intellectuelle : que quiconque n’a jamais dormi gratis chez Ben Ali lui lance la première petite cuiller !

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Le peuple syrien a un visage…

Posté par gramier le 30 mai 2011

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Hamza, 13 ans, torturé, sacrifié par la soif inextinguible de pouvoir, de domination de quelques personnes. Enième victime de la démence d’êtres humains pris par l’ubris, ayant perdu tout contrôle raisonnable sur eux-mêmes, d’hommes aveuglés par le devoir de servir leur cause injuste et inhumaine. 

Faudra-t-il encore longtemps que des enfants de 13 ans soient ainsi mutilés par des adultes sadiques pour que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes trouve un écho parmi les démocraties ? El-Assad, hère de la honte et du crime, tyran syrien, ce vampire moustachu se repaissant de l’hémoglobine de son peuple, peut avoir tous les soutiens au Conseil de Sécurité de l’ONU qu’il veut, cela ne l’empêchera pas de tomber.  La justice vaincra… ou pas. Sakineh aurait pu coûter cher au pantin du régime des ayatollahs, Ahmadinejad… ou pas. Car il faut croire que le règne de la brutalité d’un côté, la real-politik de l’autre, ont la peau dure et pour encore longtemps. Mais, une accumulation abjecte d’exemples montre qu’il faut parfois attendre la publicité du crime contre l’innocence, pour que naisse le souffle de l’Indignation, encore elle, au-delà des frontières et soit suivie d’effets. Il y a du Lévinas dans nos réactions, nous avons besoin d’un visage pour considérer l’autre. Une foule massacrée, reste une foule, le visage déchiré d’Hamza est le catalyseur puissant de l’existence d’un peuple écrasé. Toute cause nécessite ses martyres, malheureusement. Et dans des conditions atroces, les Syriens ont apparemment trouvé le leur. 

Et nous ? Dans tout cela ? L’Europe a bien pris ses responsabilités face à Bachar le criminel : gel de ses intérêts, impossibilité d’obtenir un visa… mais pour plus de poids, il faudrait attendre une décision de l’ONU, et pour l’instant, les Chinois et les Russes se montrent réticents à décider de sanctions substantielles et multilatérales contre le dictateur sanglant. 

Car lutter contre la real-politik, qui nous rend, cyniquement contre nous, complices des crimes contre l’humanité, cela demande des sacrifices que nous en sommes pas toujours prêts à faire. Collaborer avec la Chine, qui elle-même torture et massacre, qui craint chaque jour un peu plus le vent des révoltes démocratiques qui soufflent sur notre planète, collaborer avec la Russie, qui elle-même balaye les droits de l’homme d’un revers de main chaque fois que la raison d’Etat et des puissants est en jeu, s’allier la confiance de l’Arabie Saoudite, régime autocratique de quasi droit divin, qui elle-même n’a cure de la vie humaine dans beaucoup de cas : comment faire autrement ? Tout n’est pas uniquement real-politik, il s’agit souvent de simple diplomatie, dont le temps de réaction diffère de celui des armes automatiques.  

On se sent indigne, justement, à parler de diplomatie alors qu’Hamza s’est vu brûlé, brisé, émasculé, souillé, nié, assassiné. La seule et piètre réaction qui nous est laissée dans l’immédiat, est d’implorer la Raison, pour qu’elle inspire ceux qui ont en leurs mains les moyens de faire cesser ce drame qui porte désormais un visage, il nous est laissé de crier, une fois de plus, que « nous sommes tous des insurgés syriens » et d’envoyer à nos frères en humanité qu’on écrase en silence, un message de soutient total dans leur trop juste combat pour la Liberté. Assad s’est flanqué d’une conscience, par le sang versé, il a doté son peuple d’un témoin indélébile du calvaire qu’il lui inflige. Hamza n’est pas mort pour rien, Hamza a offert un visage à son peuple. C’est le plus beau des sacrifices, le plus puissant des dons. 

On ne tue pas impunément. 

Longue vie au peuple Syrien, merci Hamza, et comme il est d’usage : « Repose dans la Paix, tu as eu le plus grand des destins, tu as été un ange contre les bêtes féroces, un homme contre les inhumains. » 

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Aux Indignés la Dignité…

Posté par gramier le 30 mai 2011

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J’ai longtemps refusé l’idée que Stéphane Hessel pouvait avoir dit quelque chose de sensé. Vienne la nuit, sonne l’heure… L’homme m’insupporte, comme tous les donneurs de leçons. En revanche, je l’avoue, celui que j’ai pu traité de gâteux, de sénile, a touché beaucoup de personnes jusqu’à l’intime. Ce fut le cas, notamment des Espagnols. La Puerta del Sol, temple de l’Indignation, fille de Stéphane Hessel et de son exhortation à vivre debout et reprendre en main son destin. 

J’ai viré ma cuti, tenez vous bien, en écoutant parler Alain Juppé au sujet, justement, de ce mouvement espagnol pour un monde meilleur, pour plus de démocratie, plus de justice sociale et en particulier, plus de dignité politique. Je m’attendais à ce que l’homme de droite qu’il est, balayât avec morgue, d’un revers de main condescendant, ce mouvement apolitique, sans forme ni figure de proue, ce mouvement populaire inoffensif et assez difficilement cernable – est-ce un mouvement anarchiste ? une révolte populaire ? une longue manifestation ? . Il n’en fut rien. Le chef de la diplomatie répondit en véritable « homme » politique et sa réaction m’interpella. 

Deux points : 

1.      Génération spontanée, sortis ex nihilo d’une société espagnole pourtant peu prompte à ce genre de réunions intempestives, les Indignados se sont formés grâce, notamment, à Facebook et Twitter, au cœur du eG8 il y a peu. Avec Internet, la liberté, la rapidité absolue avec lesquelles circule l’information, sa concision et son acuité, sont autant d’éléments qui la rendent infiniment démocratique, avec certains excès, certes, mais des excès qui disparaissent à côté de la formidable révolution que cela représente. Nous parlions, il y a peu, de certains biais, notamment politiques, dans l’information venant de notre presse papier par exemple – ce qui n’enlève rien à la nécessité du prisme analytique du journalisme, l’information brute passerait souvent inaperçue si elle n’était contextualisée et mise en perspective par le journaliste dont c’est le métier – eh bien, c’est une preuve que l’information déborde de ses « canaux historiques » pour passer directement du citoyen au citoyen. L’analyse ne vient plus qu’après, bien que, j’insiste, elle reste essentielle. N’en reste pas moins, que voir chacun se faire son opinion a priori, est une vraie révolution démocratique. C’est la mort et la résurrection de Socrate : le règne de l’opinion, mais de l’opinion moins manipulable, de l’opinion qui peut se questionner de manière pure et non plus comme avant, une opinion déjà préformée livrée avec l’information. Elle est un vecteur démocratique rationnel, bien éloigné de la « rumeur » qui engendrait la « Grande Peur » pendant la Révolution Française ou la haine au Rwanda, et les exactions qui en découlèrent. 

2.      La comparaison avec la place Tahrir me semblait totalement idiote. « S’il y a eu un printemps arabe, on peut douter que suive un été européen » lançait le ministre roué, bougrement brillant et tout en pertinence, pour le bon mot. « Mais il faut être très attentif à ce qui nous est dit » prenait-il gare d’ajouter. Car ces mouvements sont bel et bien de même nature. Mouvements non violents, citoyens, organisés. Ils ne sont en rien anarchisant, bien au contraire, ils sont intimement « démocrarchiques », sereins, calmes bien qu’ultra déterminés et passionnés. La preuve en est : leur organisation remarquable que ce soit en terme logistique et économique – nourriture, organisation de lieux dédiés à tel ou tel atelier d’information, de dialogue, de débat,… un village. D’où vient ce qu’ils nomment leur « Indignation » ? Du fait, que justement, le pouvoir du peuple ne s’exerce plus par la voix des urnes. Ils ont la réelle impression – et c’est un peu normal au pays de Franco, la sensibilité à la liberté est sûrement plus aiguisée – que le droit à choisir leur destin leur a été volé. Volé par qui ? Par l’impuissance invoquée de leur dirigeants face aux diktats des marchés financiers, à court terme et au mépris des conséquences gravissimes que l’explosion des bulles peuvent provoquer ; par l’outrecuidance de cet aveu d’impuissance quand parallèlement ces mêmes élus de la nation ronchient dans la corruption et l’avidité de pouvoir et de lucre, qui gangrène le pays, et si l’Espagne est un exemple, la Grèce est un cas d’école ; et enfin, par l’absurdité d’une Europe qui semble, elle aussi, ne servir que les intérêts de rendement capitalistique de quelques uns, sous couvert de protection de tous – l’Europe mitée par les délocalisations xylophages et suicidaires, l’Europe du libre-échange dogmatique luttant contre les protectionnismes les plus orthodoxes. La Puerta del Sol, comme Tahrir, sont deux emblèmes de l’indignation que soulève le déni de démocratie à l’heure où la connaissance et la liberté de s’exprimer sont devenus notre quotidien.  

Avec tout ceci, Juppé donnait vraiment l’impression d’un homme politique à l’écoute, c’est le minimum que l’on puisse attendre de la part d’un homme intelligent, me direz vous, pourtant il aurait pu biaiser. Ce ne sont que des mots, les actes, chacun les jugera lors des prochaines élections. Une chose est sûre : l’Europe ne peut plus se contenter d’être la voix du marché, même si ce jugement est en partie injuste, l’Europe évolue vers plus de social de manière trop lente à l’échelle du temps économique et à celle de l’information. Il y a un besoin pressant de remettre l’homme au centre de cette Union, et y répondre sera le défi de ceux qui en prendront les manettes. Juppé parlait de « démocratie permanente », le fait que le citoyen puisse participer de façon plus régulière aux orientations politiques et ne plus seulement donner un mandat un jour puis se taire pendant le temps de ce mandat, par pur respect de la règle démocratique, voilà une belle idée. Mais comment faire coexister vision politique de long terme avec les opinions, les réactions épidermiques, comment ne pas sacrifier la démocratie dans un excès de pétitions et manifestations souvent instrumentalisées et écouter les aspirations populaires profondes, sans démagogie ? C’est en répondant à cette question que les responsables politiques élus retrouveront la face, le crédit de dignité qui leur fait tant défaut auprès de ceux qui les firent puissants et qu’ils semblent humilier trop souvent. 

Un simple exemple : les sièges aux conseils d’administration des grandes entreprises sont aujourd’hui préemptés par les représentants des actionnaires ou des institutionnels. Ne pourrait-on, toujours dans un but d’humanisation du capitalisme, redonner aux créateurs de valeur, une place digne dans les prises des grandes décisions ? Plutôt qu’un seul représentant du personnel, ne serait-il pas possible que les employés en élisent trois, quatre, de différentes professions, différents horizons, une fois tous les deux ans ? La démocratie a besoin de concret, l’écoute doit être substantielle, tangible. Cela est difficile nous répondront les tenants du pouvoir… 

Tahrir, Puerta del Sol, Chute de Ben Ali, c’est bête, cela ne tient plus et l’on a envie de dire : « Messieurs les responsables, c’est loin d’être simple, d’accord, mais quand on veut, on peut. Le courage, le volontarisme, la probité et l’humanisme politiques sont les meilleures réponses à l’Indignation, les meilleurs remèdes à l’Indignité qui vous entache ». 

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Politico-médiatico-gastronomique…

Posté par gramier le 28 mai 2011

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C’est vrai qu’on n’en parle pas assez. Mais dire « on n’en parle pas assez » revient à sous-entendre que les porte-voix ne font pas leur travail. Et comment le feraient ils alors que ce sont eux qui sont les premiers intéressés dans l’histoire qui suit! 

Préambule auspicieux : en avril de cette année, Rachida Dati venait commenter l’actualité politique sur le plateau du Grand-Journal et ce, en tant que grande copine de Michel Denisot, qui avait convié cette dernière à sa table comme on invite une bonne copine à déjeuner. Son intervention portait plus particulièrement sur les saillies drolatiques de Claude Guéant concernant l’immigration. Bref, le plus intéressant n’était pas tant cette première partie que la seconde, lorsque débarqua un autre grand convive de l’émission : FOG, venu présenté son dernier « brûlot » politique : Mes conversations téléphoniques avec Sarkozy ou plutôt « M. le Président » – dont Albénitz faisait la lecture commentée sur ce blog en son temps. Très rapidement, le sujet des relations incestueuses entre journalistes et responsables politiques avait été soulevé. Chacun autour de la table semblait concerné. Le malaise était palpable. FOG ayant Sarkozy au téléphone, Fillon envoyant un texto à Apatie, Eli Badou casé un temps avec Mazarine Pingeot. Les phrases jaillissaient, empruntées, de la bouche de chacun donnant l’impression d’un marché à la criée du lieu commun, cacophonie informe et incompréhensible, close par l’annonce penaude, ironique et « denisote » du Zapping. 

Pourquoi rappeler ceci ? Eh bien tout simplement parce que la tragédie strauss-kahnienne nous a, une fois de plus, démontré qu’il y a bien quelque chose de pourri au Royaume de France. En effet, Denis Jeambar, journaliste à l’hebdomadaire Marianne (voir article indigné), profitait de l’arrestation de DSK, pour sortir de sa réserve. N’étant du coup plus lié par son pacte de silence, il passait aux aveux. Oui, car les journalistes de Marianne, du Nouvel Observateur et de Libération étaient contraints au silence par un pacte, le « Pacte de la Sauce » scellé dans divers grands restaurants ! Et ce, par les clauses non-écrites d’un contrat moral passé avec DSK « pour la bonne cause ». 

La bonne cause : mettre fin aux agissement de l’horrible Nicolas Sarkozy qui n’a jamais fait que museler les média et réprimer la liberté d’expression dans ce pays. Dans les batailles, tous les moyens sont bons, même ceux employés par l’ennemi ! Le contrat moral : organiser le feu contre celui qui opprime les Français par son incompétence et pour cela, organiser le baroud d’honneur au Messie Américain. Les clauses non-écrites : DSK dîne avec vous, vous dit tout mais vous ne dites rien pour respecter le calendrier du FMI et des primaires qu’il va gagner. 

En somme, les journalistes avaient l’information sur les intentions de DSK depuis belle lurette et n’ont rien dit, faisant durer le plaisir telle la coupure de pub avant la proclamation de la décision du jury d’un mauvais jeu concours cherchant la prochaine étoile filante de vanité, destinée à briller, l’espace du quart d’heure de gloire wharolien, dans un firmament à hauteur de pâquerettes. 

Pourquoi nous « indigner » de cela ? DSK n’est-il pas l’époux d’Anne Sinclair ? D’ailleurs, nous ne nous indignons pas dans cet article, car nous méprisons cette indignation qui, par la plume parkinsonienne et sénescente de Stéphane Hessel, s’est répandue telle le choléra en tant de disette sur les esprits affamés de prêt-à-penser, affaiblis par trop de bouillon de culture, bouillon que le filtre de l’opinion télévisuelle a épuré du moindre oligo-élément de raisonnement réflexif, de contradiction et de vérité. 

Et si nous ne nous indignons pas, c’est au contraire une joie malsaine, presque lubrique qui nous prend et nous force à sourire. Se rappeler que ce qui importe, toujours et encore, c’est la sauce, la sauce et ce, éternellement. Se dire que le quatrième pouvoir appartient de plein droit à la cinquième colonne du Quignon, c’est sans conteste ce qui nous fait aimer la politique dans son sens large. Le Figaro, sur vendu, Libération, sur vendu, Le Nouvel Obs, sur vendu, Médiapart, vendu, Atlantico, sur vendu, Le Monde, vendu (et d’ailleurs quand il sort de la piste, les représailles sont directes, voir l’article de Renaud Revel) et la liste est longue ; restent La Croix, la presse people, les journaux locaux… et encore. Les journalistes ont besoin des hommes politiques et vice-vesa, Dassault, B,N & P, Rotschild ont investi et veulent contenter les clients de leur information… bref, nihil novi sub sole, cela reviendrait alors à faire un procès au journal La Croix pour son parti pris dans le débat sur la bioéthique : ce serait insensé.

Permettez nous donc d’être cyniques et de dire à tous ceux qui hurlent avec les loups à chaque fois qu’explose au grand jour une histoire de collusion entre la presse et le pouvoir : « vous hurlez avec ceux qui ne se gênent pas pour faire de même et peut-être pire ». La presse est, comme la politique, premièrement et avant tout là pour faire des ventes et nous divertir. Elle est le cervelet de la société du spectacle, tout comme le jeu démocratique d’ailleurs. 

Que ces journalistes aient tout su des intentions de DSK mais n’aient rien dit, c’est lamentable mais c’est très drôle, très excitant. On voit bien l’illusion totale dans laquelle vivait ce microcosme de bobos millionnaires – vous apprécierez ces expressions-slogans cheap et mélenchono-populistes. Ils croyaient pouvoir mener leur bataille tels des grands stratèges olympiens préparant la mission « Propagande ». Ramzy Khiroun se voyait déjà en nouveau Séguéla… Mais comme à Watterloo, il y a eu trahison, sauf que ce ne fut pas le fait d’un capitaine des carabiniers mais de l’Empereur lui-même. A broyeur médiatique, broyeur médiatique et demi ! 

Tous pourris ? Oui et non… Oui, si l’on fait précéder « tous » de « nous ». Non, parce que tout « sauceur » vit aux dépends de ceux qui l’écoutent. Dans la société de l’argent hypocrite et lycanthropique, il faut survivre. Il faut bien acheter de l’essence en oubliant de se rappeler combien de vies ont été détruites dans le Golfe de Guinée, sacrifiées sur l’autel de notre plein. Il faut bien acheter des jouets aux enfants à Noël et faire s’évanouir dans l’odeur de sapin, l’idée abjecte de ces enfants qui ont eux-mêmes fabriqué ces jouets. Alors qui sommes nous pour leur reprocher de nous servir avec égards l’information qu’on leur demande ? 

Le citoyen peut légitimement se sentir dérouter par ces impressions de mensonge constant, de cachotteries, de mépris des engagements et des promesses de ceux qui gouvernent notre pays et nos esprits. Qui se leurre encore en attendant du résultat des urnes des changements radicaux – même du bulletin Borloo, c’est un comble – ?! Alors, plutôt que de les attendre des autres, pourquoi ne commencerions nous pas à les exiger de nous-mêmes, ces changements ? Refuser la compromission au quotidien, refuser de fermer les yeux, de nier les valeurs qu’on affiche aux premiers effluves de réduction de veau… 

Dénoncer, s’indigner, rien de plus simple. S’appliquer ces règles à soi-même, comme il est de coutume de le dire au Mexique « Todo un rollo » soit une autre paire de manches. 

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C’est la lutte infernale, entre nous et demain…

Posté par gramier le 27 mai 2011

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Communiqué de la x-ième intranationale socialiste: « Socialistes de toutes les régions unissez vous ! Contre le malveillant Président Sarkozy qui a bafoué durant quatre années la Démocratie, la République, la France, les Français et l’Honneur de ceux-ci, 2012 ne peut être qu’une année de Victoire. La Présidentielle verra triompher la normalité, le calme, la sérénité. Il faudra réconcilier les Français, rester souder entre nous pour, qu’à l’image du Parti, l’Unité qui fait la force donne Avenir et Espérance pour ce pays à bout de souffle, angoissé, endolori, qui a peur : un pays frustré ! … » 

Voilà un discours pêchu ou l’on ne s’y connaît pas. Un discours plein de vitamines B12 et C6 ! Un discours qui retarde la chute des cheveux, due au stress incommensurable que distille Sarkozy dans la société française, qui nous donne de la vitalité et nous permet d’être au top durant toute la journée. Et on en a besoin, c’est peu de le dire ! Eh oui, avec cette crise, rolalala, pfffiou ! Alors, ouais ! Tous unis, main dans la main ! 2012 sera socialiste ou ne sera pas, parce que 2012 chantera et on verra le pouvoir des roses ! L’hymne de la x-ième intranationale socialiste retentira de Tulle à Lille, en passant par Lyon et Toulouse, Paris n’aura plus le blues et sera dans la place ! 2012, de Tours à Draguignan, de Lons-le-Saunier à Maubeuge, sera comme dans une vraie pub Ushuaïa : à la fin, tout le monde dansera sous une cascade et des cocotiers puis on se savonnera le dos les uns les autres tout en se shampouinant langoureusement, bercés par un grand éclat de rire et la chaleur d’un climat tropical et y’aura plus de problème, plus de haine, plus de méchants de droite. On pourra tous enfin retrouver la paix ! 

Mais avant que ce jour heureux n’arrive, faudrait-il encore que les socialistes puissent présenter un candidat qui ne soit pas mis K.O. avant même le début de la campagne! 

Car au parti de la rose, l’heure n’est pas encore au bal, mais à ses préparatifs. Et pour filer la métaphore… c’est épineux. 

En effet, une menace se fait de plus en plus précise : Cheesecake Ier est devenu le favori des primaires. Les saillies mal contrôlées de DSK en territoire puritain ne suffisaient pas, il faut en plus que Hollande devienne le favori ! Le candidat, aussi plat que son nom de famille, veut devenir Président et pour l’instant, caracole en tête d’élections virtuelles par téléphone et il est bien parti… ce qui est loin de goûter le parti. Il pourrait donc rapidement avoir maille à partir avec ses camarades et du mal à rester… le favori. Mais pour lui, foin du parti puisque ce sont des primaires ouvertes… taillées pour légitimer DSK, pas Hollande ! 

L’union sacrée imposée, à la suite tsunami hormonal de Docteur Strauss, devenu Mister Kahn, s’est fissurée aussi rapidement que les digues de Fukushima… Et naturellement, alors qu’ils regardaient disparaître avec effroi, l’unique soupçon de leadership qu’ils avaient réussi à esquisser dans leur histoire récente, tous les prétendant aux trônes se jetaient sur la boîte de Pandore pour l’ouvrait à la manière de DSK dégrafant un chemisier : en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, les maîtres sauceurs se réarmaient et se mettaient en joue… C’est plus fort qu’eux… 

Même si Hollande est devenu la cible à abattre, tout le monde essaye de sortir son épingle du jeu, tout en fustigeant naturellement la fameuse « politique politicienne », les « petits arrangements » et jurant ses grands dieux de n’avoir pour obsession unique : que les Français. Mais toutes les élites du parti, ou quasi,  préfèreraient encore voter Sarkozy que Hollande. A cela s’ajoutent les attaques de Montebourg, et l’on note que son mépris absolu du Corrézien, partagé avec Fabius et tant d’autres, ne le rend pas pour autant aubryste fervent. Ségolène commence à réfléchir et à se ranger derrière Madame le Maire de Lille, certes. Mais nous connaissons les cas Manuel Valls, Pierre Moscovici et tutti quanti, qui, depuis la mise en examen du colosse aux pieds d’argile (et aux gros besoins), se disent que s’ils veulent avoir accès à la soupière, va pas seulement falloir faire assaut d’amabilités, au contraire, va falloir faire du rentre dedans et rappeler qu’ils étaient sur le point de gagner.  Même Jean-Paul « Séguéla » Huchon donne de la voix. C’est dire ! Avec Hollande en menace et tous les ventres des jeunes loups comme ceux des vieux singes qui gargouillent, c’est un énorme coup de pression qui vient d’être mis par le destin sur cette x-ième intranationale socialiste qui n’a pour seul ciment que la fringale inapaisable de gros croûtons bien gras et le besoin impérieux de saucer… 

Pourtant l’Histoire devrait leur servir de leçon : un autre avant eux a eu une envie inapaisable de gros… et lui aussi a été pris d’une envie de tremper le croûton dans la sauce…assailli par un besoin impérieux de saillir. Ca c’est mal terminé, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont dans cette tourbe. Alors, au lieu de déterrer la hache de guerre au tractopelle et, ainsi, se susurrer des sous-entendus piquants et violents à l’oreille par média interposés, ils devraient peut être faire en sorte d’écouter la grande union nationale des anti-sarkozystes dont ils se veulent les prochains dirigeants, parce que les mêmes anti-sarkozystes risquent d’y regarder à deux fois avant de confier la reconstruction de leur pays détruit par cinq années d’ultra-Présidence, à des hommes et des femmes politiques qui, aussi « normaux » soient-ils, sont incapables de se comporter en adultes responsables et de s’entendre entre eux… Ce qu’ils n’arrivent pas à faire avec leur parti, il ne le feront sûrement pas avec une nation. 

Terminons sur ce poncif : il serait faux de croire que des primaires règleront tout. Si le parti n’est pas uni, primaires réussies ou non, le candidat aura bien du mal en campagne et la x-ième intranationale socialiste risque bien d’être la dernière, faute d’électeurs socialistes en nombre suffisant… 

Publié dans Aubry, DSK, Mauvaise langue, Parti Socialiste, Sarkozy | Pas de Commentaire »

Pour un débat anti-démocratique…

Posté par gramier le 25 mai 2011

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Comment exprimer mon émoi politico-ontologique?

Ma référence philosophique tout d’abord : « Dialogues avec Paul VI » de Jean Guiton. Cela permettra, au moins à ceux qui l’ont lu – aussi peu nombreux soient-ils – de comprendre plus rapidement de quoi ce papier retourne.

Ce soir, la fringale politique me prends. Je veux savoir, je veux des augures, je veux me sentir empreint de politique. La succession de DSK m’a mis en appétit. Je regarde « Le Grand Journal » je reste tout naturellement sur ma faim. Je passe sur « Dimanche + », toujours en streaming, j’y trouve un Delanoë calme, sage mais creux et lisse. Errant sur Twitter, je lis des échos de « Ce soir ou jamais » par Taddéï sur France 3. Il semblerait que les invités n’aient pas été tendre avec Hollande. C’est ému et tremblant d’excitation que je me rue littéralement sur le site de l’émission pour la en prendre connaissance.

Invités : Henri Guaino, conseiller spécial de l’Elysée et Emmanuel Todd, le réputé penseur, pour faire large. Diverses et multiples sont les thématiques. Todd semble plein de morgue, Guaino, sourire en coin comme à son habitude, riche en références savoureuses aussi bien historiques que philosophiques. Je suis de droite partiale, cette impression ne m’étonne en rien de moi-même.

Le « débat », puisque c’est ainsi que le présentateur intitule l’entretien, en arrive à un des chevaux de bataille du chercheur Todd : le Protectionnisme. Il y a deux points de vue, sur cette question, a priori radicalement différents chez les deux hommes qui, malgré les apparences, semblent se connaître fort bien et ce depuis longtemps – le cercle de réflexion Marc Bloch ou autre, je ne sais plus, les ayant réuni dans leur jeunesse. Tout les oppose.

Je pourlèche déjà de mon cerveau ramolli les babines de mon esprit. Todd expose clairement sa pensée : « une idée forte » dit-il. Il est clair que l’exposition qu’il fait du protectionnisme est limpide tout en restant complexe et sujette à approfondissement, mais ce n’est pas le lieu ni l’endroit, nous sommes à la télévision et c’est le temps médiatique qui rythme l’échange.

Je réfléchis un instant et me rappelle le nombre de fois où, vivant pour quelques mois au Mexique, j’entrevois l’infamie du dumping salarial, qui pousse aux délocalisations, appauvrissant l’Europe pour enrichir les actionnaires des grandes entreprises et les rares privilégiés de ces pays qui se développent sans pour autant faire le bonheur des ouvriers exploités sur place. Je me rappelle ces réflexions que je me fais en comparant nos systèmes sociaux et ceux de ces pays « à bas coûts salariaux » et au « bas coût de la vie humaine », cynisme déroutant, qui sont prêts à laisser mourir, au XXIème siècle, leurs citoyens, par impuissance et par conservatisme, par amour du lucre et du gain, par culte social du consumérisme, par dévotion à la réussite sociale soit disant égalitaire… comme si les gens naissaient égaux devant la vie ! Je me dis donc, voilà une idée à développer. Le Protectionnisme européen, le protectionnisme au sein d’espaces économiques tels que l’Europe – une nation s’étoufferait en s’y engageant toute seule aujourd’hui – pourquoi pas, je n’y avais jamais réellement réfléchi. Réguler les marchés financiers oui, mais le Protectionnisme, les frontières… Sans parler de moralisation, avec de simples règles. Peut-être ai-je tort, peut-être que Todd est un Tarik Ramadan de la macro-économie, mais son idée ne semble en rien marxiste, totalitaire, elle semble plutôt libérale, en adéquation avec les évidentes règles de la concurrence commerciale, mais avec des règles « physiquement » établies. Contre la dérégulation mais matériellement et pas seulement intellectuellement, ma foi…

Guaino, son contradicteur, rôle imposé par le terme « débat », se lance dans un éloge du libre-échange… Pas si simple. Après moult circonvolutions, rappels historiques remontant à la gigantomachie, le secrétaire particulier de Sarkozy tente, désespérément et de manière fort piètre, de démontrer… la même chose que Todd mais avec fébrilité et complication, et donc inutilement. Tout cela est sur la forme très proche du discours politique. Il tente d’esquiver longuement puis est acculé à sentencier sa vision et alors, le but n’est plus la recherche de la vérité, sinon, la volonté sans faille de coller à son personnage : le contradicteur, l’homme intrinsèquement en désaccord avec Todd.

Au final, l’idée forte, qui est censée être son fonds de commerce, en tant que plume présidentielle, l’idée brillante sur laquelle il eut été possible de construire un merveilleux « dialogue » et non plus débat, est méprisée et mise sous cape, sacrifiée sur l’autel de la contradiction inhérente et essentielle à tout « débat ».

Débattre, c’est se mettre préalablement dans la posture de combat et d’orgueil. Débattre c’est détruire les propos de l’autre, c’est la sublimation de la guerre par les mots, aussi feutrés et mouchetés soient-ils. Rien de bon pour la société ne peut sortir du « débat ». En revanche, l’institution du « dialogue », tel que Guiton le définit dans ses entretiens supposés avec le second Pape du Concile Vatican II, est un chemin que auquel nous devrions penser beaucoup plus souvent. Le débat impose la contradictoire, seyant aux tribunaux, d’accord, mais à la politique? Tout débat demande une posture d’« à son corps défendant », souvent malhonnête et intellectuellement terroriste ou veule. Cela nous amène à entendre nos hommes politiques, au sens large, déblatérer pour nous laisser, enfin, dans l’ignorance, pour mieux nous endormir ???

Je ne suis pas populiste, mais souvent, il y a quelque chose de cynique dans l’organisation médiatique, narcissique et auto-satisfaite de « débats » qui montrent ces têtes pensantes camper sur leurs positions du début à la fin.

Entendre un débatteur dire un jour « Mais vous n’avez pas tort, Madame, vous avez même raison, Monsieur, je n’y avais pas pensé ! Alors, comment faisons-nous ? Comment pensons-nous la suite ? Quelles perspectives ? » Ne serait-ce pas non plus la tradition socratique ? De la réflexion en directe ! Le débat est un vernis démocratique, opiacé démagogique, la défaite du politique face au temps médiatique, ou plutôt, exploitation lucide de ce temps médiatique pour mieux berner à coup de formules, d’imprécations et de pinailleries grotesques.

La politique n’est pas la philosophie mais qu’attendre des « grands débats nationaux » si ce ne sont frustrations et opinions infondées ? Je me le demande. J’ai ma réponse : rien. Une société du « débat » c’est une société des luttes errantes, des passions destructrices, de l’inhibition, des extrémismes et de ressentiment. A contrario, une société du « dialogue » est une société de l’écoute de l’autre et de l’attention à la Raison éclairante, une société qui ne subit pas mais qui se construit.

Je remercie les personnes comme Emmanuel Todd, dénonce ceux que représente Henri Guaino, et en appelle à la responsabilité des cadres de France Télévision s’ils veulent réellement faire du service public un instrument démocratique.

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Les copains s’acoquinent sous le nez de Marianne médusée…

Posté par gramier le 24 mai 2011

Jack Dion de Marianne 2 est notre ami, et il signe un excellent papier que nous vous recommandons plus que fortement:

http://www.marianne2.fr/L-elite-echange-DSK-contre-Lagarde-au-FMI_a206559.html

Un pur moment « Doigt dans le pot », un grand instant « Tartine de beurre et gros radis », bonne lecture!

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Trois petits sondages et puis s’en vont…

Posté par gramier le 24 mai 2011

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La malédiction des bons sondages pour les présidentielles frappera encore.

Et aussi curieux que cela puisse paraître, Sarkozy sera confortablement réélu à la tête de l’Etat Français dans un an. 

Naturellement, les Français ne sont pas des imbéciles et ne tournent pas casaque aussi facilement. Pour l’instant, ils mettent les candidats déclarés au pinacle. C’est le cas de Hollande par exemple qui semble bénéficier de l’éviction de DSK du paysage politique. L’opinion publique se retrouve contrainte à trouver en lui l’homme de la situation pour 2012, par défaut. Faute de grives, ne mange-t-on pas des merles ? 

Eh oui, le raz le bol est encore bien présent dans le cœur des Français. Nous n’allons en énumérer une n-ième fois les multiples causes, mais il est certain que cette défiance à l’égard de la droite, aux commandes depuis 2002 sous l’égide de Sarkozy, est indéniable et très réelle. 

Nicolas Canteloup supposait que le lundi 16 mai, dans les corridors de l’Elysée, résonnait la musique poétique et enjoleuse de « La Fiesta », de Patrick Sébastien, signifiant par là la joie à recevoir ce cadeau à Sarkozy qu’est le sabotage de DSK par lui-même. Ce n’est pas tout à fait comme ça que l’Elysée réagit semble-t-il, mais dans le fond, le résultat sera le même. Un G8 en meneur des grands décideurs de ce monde, un enfant, une belle femme, une situation économique enviée par tous les pays européens sauf l’Allemagne, en situation de proposer au FMI la candidature d’une compatriote, malgré DSK – cet acte venant aussi légitimer la cohérence de l’action de Lagarde à la tête du ministère de l’Economie et des Finances, et donc de Sarkozy, ce coup serait un coup de maître (voir notre article sur Sarkozy et DSK au FMI ici), si
la CJR le permet –, éléments qui donneront au candidat Sarkozy, lors de la campagne, des avantages compétitifs essentiels pour ce qui est de la stature présidentielle. 

En somme, ce que beaucoup de commentateurs ne veulent pas dire, par plaisir pur de créer la surprise, c’est que sans DSK, le PS n’arrivera pas à ne pas se déchirer – Valls a retrouver ses canines de vampire suceur de plancher, Martine hoquette et gagne sans triomphe des cantonales « gâteau », François triomphe modestement avec cette même tête cérémonieuse au sourcil froncé de futur Président « normal », Royal se voit déjà en Présidente du Pouvoir d’Achat, Montebourg ne se sent plus de joie et ouvre un large bec… Marine Le Pen va se dégonfler comme une baudruche qu’elle est. Villepin prendre du sursis. Borloo ne se présentera pas. Bayrou continuera à vendre du rêve, et toujours pas de réalité. En somme, Sarkozy sera au second tour – à moins d’un nouvelle sortie telle que « casse toi pauv’con », mais cela est plus qu’improbable, Sarkozy n’est pas le dilettante qu’est DSK – et il sera bien dur au candidat PS, quel qu’il soit, de concurrencer un président sortant, machine politique rarement égalée, à la stature hautement et de plus en plus présidentielle malgré ses quelques casseroles. 

Aucun président de la cinquième n’a été fait par les sondages et ne le sera jamais. Les sondages fonctionnent comme un thermomètre des humeurs françaises, mais leur interprétation est équivalente à la science météorologique, dont Philippe Bouvard, spirituel, disait qu’elle est « la science qui indique le temps qu’il aurait dû faire ». Les augures sondagiers sont rarement des « open books », ils demandent calme et recul, leur sésame, la substantielle moelle, se trouvent à leur marge et leur frange, le corps de ce texte fumant n’étant souvent qu’un écran malicieux destiné à tromper les jeunes padawans aveuglés par leur exaltation, jouant aux haruspices roués. 

Vous nous direz, de là à faire de François Hollande un jeune et fougueux padawan… c’était une image, cela va sans dire (voir notre article sur Hollande Président). 

Si Sarkozy n’est pas tout proche de gagner, il est bien loin d’avoir perdu. 

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Amnisty International… version PS

Posté par gramier le 23 mai 2011

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Par Albenitz

Les élus de Droite Populaire, le collectif des ultras de l’UMP, ne racontent pas que des conneries. Entre un petit verre de jaune pris au zinc et une sortie poujadiste, les francs tireurs de la droite qui s’assume ont parfois des fulgurances. Et leur dernière charge contre la réaction du PS face à la chute du Satyre de Washington était plus que frappée au coin du bon sens: elle était pertinente, juste et méritée. 

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/05/17/97001-20110517FILWWW00522-droite-populaire-solidarite-de-caste.php 

Une fois n’est pas coutume, je laisse donc la parole à Lionnel Luca, Bernard Carayon, Richard Mallié et Christian Vanneste, mes nouveaux héros: »La solidarité de caste que manifestent certains socialistes est totalement déplacée [...]. La présomption d’innocence, la décence et la retenue à l’égard de DSK sont certes nécessaires. Pour autant, s’il y a une victime, c’est la jeune femme qui, peut-être, a subi une agression et un viol, et non l’éventuel auteur des faits« . 

« Solidarité de caste », la formule est lancée. Comment mieux décrire, en effet, la transe gotesque qui s’est emparée des vieilles gloires du PS lors de la publication des images du Grand Khan entravé? Guigou, Chevènement, Aubry, Jack Lang, tous qui ont rivalisé de superlatifs pour décrire l’horreur que leur inspiraient ces clichés. 

On a d’abord entendu les lamentations rauques de Martine, «sidérée» et «bouleversée par les images». Puis c’était au tour d’Élizabeth Guigou, inénarrable dans son rôle de passionaria botoxée, de parler d’«une brutalité, d’une violence et d’une cruauté inouies». Jack Lang surenchissait et se répandait en imprécations séniles, fustigeant un « lynchage » et « une justice infernale ».  Enfin, la voix chevrotante du vieux « Che » se joignait au choeur des pleureuses:  «Le coeur ne peut que se serrer devant ces images humiliantes et poignantes qu’on donne de lui. Un effroyable lynchage planétaire»

Je ne m’étendrai pas en détail sur l’imbécillité de cette réaction. Ce n’est pas l’objet de cet article, et de très nombreux journalistes ont écrit sur le question. Je me contenterai de dire que si le droit américain ne prohibe pas la publication de photographie des personnes inculpées, il laisse par ailleurs beaucoup plus de place à l’expression des droits de la défense qu’en France. Et que notre pays est très mal placé pour donner des leçons aux Etats-Unis en la matière, alors que, par exemple, les avocats étaient jusqu’à très récemment absents des interrogatoires de garde à vue, chose impensable de l’autre coté de l’Atlantique. 

Ce qui m’intéresse, c’est la raison de ces glapissements outrés. Pourquoi une réaction aussi disproportionnée, quant on attendait d’eux qu’ils se taisent ou se contentent des réactions d’usage (un  »laissez la police faire son travail » de bon aloi, façon Commissaire Baliès dans la Cité de la peur, aurait très bien fait l’affaire)? D’autant que le langage PS, ce brouet insipide d’éléments de langage qui provoque des réactions cutanées lorsqu’il est appliqué à une discussion politique, était parfaitement adapté au commentaire, forcément prudent, d’une affaire judiciaire. Mais voilà, il fallu qu’ils s’emportent et gémissent comme des vieilles femmes. Pourquoi? 

La vérité, c’est qu’ils se croyaient intouchables. La vérité, c’est que ces images ont déclenché une réaction épidermique chez ces hommes et des femmes, qui pensaient que des années de luttes morales (anti-racistes, anti-fasciste, etc.) leur donnait une sorte de certificat de respectabilité à vie. Voir « un des leurs » menottés, comme un vulgaire dealer de crack, voilà qui est insupportable pour ces gens qui confondaient le fait d’être un honnête homme et d’être un homme honnête. Luca, Vanneste & Co ont raison: c’est véritablement un réflexe d’autodéfense clanique. J’ajouterai qu’il est très révélateur d’une certaine élite « gauche mondaine », donneuse de leçon, pleine de morgue et de suffisance. Une certaine gauche qui découvre que dans un autre pays, le délicieux DSK, qui dîne au Siècle, cite Keynes dans le texte et a eu des mots très forts contre l’intolérance devant les membres de la fondation Saint Simon, ce même homme peut être inquiété, mis aux fers, questionné par des inspecteurs de police indélicats, et traduit devant une magistrate, tout cela parce qu’il est accusé d’avoir troussé une soubrette peu coopérative. Bref, ils découvrent que dans un autre pays, un système judiciaire d’une indicible cruauté applique la même règle à tous les citoyens, et qu’une sommité socialiste accusée de viol y est traité… comme tout citoyen accusé de viol.    

Je ne dirais pas que tout cela m’a donné envie de voter à droite pour 2012. Mais je constate seulement une chose, c’est que cet égarement est symptomatique d’un complexe de supériorité morale  qui est spécifique au PS. Et si les éructations populistes de Copé, Guéant et consorts me font toujours l’effet d’une triple dose de vomitif, je mets à leur crédit d’avoir fait, pour l’instant, preuve d’une certaine dignité dans ce qu’on appelle l’affaire DSK. 

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MAM au FMI ou le procès de la honte

Posté par gramier le 21 mai 2011

« Un coup de tonnerre » ! Les Français chavirés par l’ignoble traitement réservé à leur favori ! Lui, qui a si bien su servir la France et qui devait encore la servir par son aura, sa prestance, sa compétence reconnue de tous, lui faire ceci ! Atterrante, inique, excrémentielle, immorale et crasseuse : c’est ainsi que l’on pourrait qualifier l’image que donne la justice d’elle-même, dans cette histoire.  

Certes, il y a eu péché, mais alors, n’a-t-on pas le droit de céder, le temps d’une valse à peine, aux pulsations vitales qui vous assaillent quand on a le destin d’une partie de l’humanité entre ses mains ? Le poids de la charge, le sacerdoce que cela représente, le dévouement absolu à la cause d’une Humanité heureuse, à l’accomplissement de lendemains meilleurs que tout cela suppose ? Balayé ! Oublié !

Jaillit cette sentence : « Qui n’a jamais perdu une seconde la maîtrise de son être et des passions qui l’habitent, lance donc la première pierre ! Qui ne s’est jamais passé une envie friponne vienne à la barre vilipender la victime expiatoire de nos ressentiments populaires ou se taise à jamais !

Entendre pis que pendre d’une seconde d’égarement, ou plusieurs, ne génère-t-il pas, en nous, la plus grande affliction qu’il soit ? Inconvenant au plus haut point, quasiment malhonnête, au moins intellectuellement, voilà ce que toute cette mascarade, cette curée, cache d’effroyable et d’ignominieux.

Si  nous avions eu le talent de Rimbaud, l’inspiration démonique nous aurait-elle peut-être susurré ce vers sarcastique à la plume, vers dont nous désirons éclabousser ce nouveau 21 Janvier cathartique et infectieux : «  Des Peaux-Rouges criards t’avaient donc pris pour cible et t’avaient cloué nu, au poteau de couleurs ! » Eh oui, nous sommes comme ça ! Eh oui, nous assumons le risque de l’opprobre ; mais  avec cet homme abattu, tel un innocent perdreau s’étant pris pour Icare, ô comble, nous voulons nous aussi nous avilir, par compassion, par conviction : celle qu’une âme telle que l’était le patron du FMI ne mérite pas tout ça. A ceux qui veulent faire triompher le droit en immolant cette grandeur traquée et déchue, nous voulons dire : Messieurs les procureurs, c’est ici Montesquieu que vous insultez et Antigone que vous souillez !

Ah, on me dit que Dominique Strauss-Kahn n’est plus le patron du FMI ? Mais qui a parlé de Dominique Strauss-Kahn ? Personne ! Naturellement, il y aura eu méprise : c’est FMI qui portait à confusion ! Quelle erreur ballotte ! Alors, non, remettons les choses en place, il ne s’agit pas du patron du Fond Monétaire International, mais bien du patron de l’association des sauceurs en retraite, sorte de « vie montante » pour le 4ème âge de la politique: FMI pour « Fromage, Musette & Indigestion» : Fromage : parce qu’on s’l’est bien partagé ! Musette: parce qu’on a fait un putain de bringue et durant des années ! Indigestion : parce qu’on s’est pas rendu compte mais la mie du quignon était spongieuse et c’est traître la mie spongieuse, en somme, on a saucé à s’en faire péter la vésicule biliaire ! Et naturellement, le grand patron c’est Jacques Chirac, ou Jackie la Canette dans l’asso.

Oui, alors, voilà : on était en train de dire que c’était vraiment dégueulasse de le traîné Jackie en justice pour abus des bonnes choses ! Quelques emplois fictifs ? Faut quand même pas pousser ! C’est pas la mort du p’tit ch’val ! Alors, un non-lieu Pépé Brin d’Amour, aka Le Scipion des Hauts-de-Seine, aka Charles Pasqua et on enverrait Jackie à la Santé alors que l’UMP a déjà payé l’addition ?! C’est scandaleux, faut vraiment être un sacré sans–cœur pour oser traîner dans la boue l’honneur d’un homme pour un petit excès de sauce !

Michèle Alliot-Marie aka Madame Tajine aka Gribiche Airlines, en tant que grande sauceuse devant l’Eternel et pressentie comme future patronne, pour ses hauts exploits, nous explique : « Un emploi fictif dans la vie d’un homme politique, c’est comme un éclair au café pour un diabétique à Pentecôte, c’est la petite mousse de derrière la cravate et sa cacahouète à la sortie du boulot, la pastille Vichy d’après le repas, c’est le pas de danse de la vieille fille seule devant sa glace sur « Parlez-moi d’amour », en somme, c’est le p’tit plaisir de la vie qui permet d’affronter le quotidien avec un peu de glucose, les temps sont si durs… L’emploi fictif, c’est péché mignon, c’est gentillet, ça mange pas de pain, c’est cocasse ! Alors, un ancien président de la République, qui plus est nous a tellement peu contrariés… en ne faisant rien, ben si ça a pas le droit à quelques petits emplois par-ci, par-là, c’est qu’y vraiment un truc qui tourne plus rond ! Hein ? Soyons honnêtes, reprenons-nous, voyons, un peu de tenue ! Vous avez vu ce Papy gâteau, il a l’air tellement inoffensif qu’on lui en donnerait le bain ! »

Persécuter ainsi cet homme, c’est bien la preuve que les balais ont pris possessions de l’orifice interdit de cette société rigoriste, inquisitrice et sentencieuse, réunion inhumaine de calvinistes qui ont perdu la saveur de la vraie fête, de la gouaille, de la guinche, du sens de la vie qui est de faire honneur à la corne d’abondance, quitte à, parfois, devoir prendre un jus de citron… Mais bon, est-ce vraiment condamnable ?

A la société du bouillon cube et de la réduction, héritée de Chirac, nous avons préféré société de la moutarde premier prix, c’est un choix moral que nous payerons… pas lui !

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