« Alain, écoute, rigole un peu, merde ! »

Posté par gramier le 13 avril 2011

Non mais quel scandale. Ces infâmes commentateurs d’articles du Figaro et de l’Express ou encore du Monde, leurs commentaires sont du niveau de réflexion de Frédéric Lefèvre : nul. Je déteste le Français qui s’énerve alors qu’il n’a pas droit à la parole. Ca me donne réellement envie de le foutre dans le monde des films crétins comme « SAW » ou « Cube » pour qu’il termine sa vie de manière un peu plus digne que la fin sur laquelle il a mis le cap pour l’instant. En fait, je ne comprends pas la France. En toute humilité, je me comparerai volontiers à Heinrich Heine dans ce rapport amour haine que j’ai envers ma chère patrie peuplée de cons à qui je fais l’éminent reproche de ne pas penser comme moi.
En réalité, dans tout cela, ce n’est pas que les gens puissent avoir l’impudence de penser différemment de moi qui m’indispose, c’est tout le stress que cela m’injecte dans l’organisme. Des journées entières à guetter quelles seront les prochaines déclarations stupides de Nadine Morano – que parfois je verrais bien en annonceuse publique, coiffée d’un chapeau bicorne arborant une cocarde aux couleurs de la République, avec sa tête de comtesse cheap et goulue de film érotique du début des 90’s, roulant tambour et lisant, comme on vend de la morue à la criée dans le port de Camaret sur Mer – sur le fait que le Président « la voit bien c’t’élection qu’yarrive ». Des matinées d’angoisse pour savoir si Jean-Marc Ayrault et Jacques Myard digéreront leur biberon du matin en faisant bien leur rot et comment ils réagiront à l’annonce de telles ou telles nouvelles candidatures – qui d’ailleurs se multiplient comme les cinq pains et les deux poissons ou encore comme les fautes d’orthographe dans la bouche de Frédéric Lefèvre – de tel ou tel avocat d’affaires de Tapie reconverti dans « le social », héhéhé. Bref, tout cela est crevant et comme le slamait presque en son temps déjà le rappeur prince éthiopien Menelik : je suis lassé, cassé, j’en ai plus qu’assez… et pourtant j’en redemande. Une sorte de drogue, une addiction, comme Stéphane Hessel peut en avoir une à l’infusion de tilleul, à la compote de pomme et à la purée-jambon – c’était avant qu’il s’échappe de sa maison de retraite pour personnes sénescentes – , ou encore DSK a la cyprine. J’ai envie de savoir, de savoir toujours plus sur le rien qu’est tout cela. La vanité de ce spectacle souvent grossier – surtout quand la réalisation a fait le choix contestable de mettre Morano ou Estrosi face caméra – rejoint aussi une sorte d’esthétique de la médiocrité qui devient quasiment une attraction arty farty.
Pour en revenir aux Français commentateurs invétérés des « articles-feuilles de PQ usagées » du Figaro ou encore de l’imMonde ou de Libération – pire, désormais, le journal autosatisfait de gauche joue l’entre-soi, le huis clos, et interdit l’accès en ligne à ses excréments : il faut être coprophile encarté et s’acquitter du tonlieu pour pouvoir aller lire la dernière billevesée commise par je ne sais quel « indigné » au cheveu gras, ongles sales et puant de l’Hessel – ce qui me navre souvent c’est qu’ils n’ont pas compris grand-chose à la règle. Enfin, par cela je veux dire qu’ils sont hyper sérieux, ils ont vraiment l’air d’être profondément émus par tel ou tel propos – que leur mémoire d’alvin aura tôt fait d’effacer du disque, sauf quand il s’agit d’une vulgarité, très drôle d’ailleurs et pas si courante, telle que « casse toi pôv’con », phrase la plus vraie et la plus belle et la mieux sentie par un homme politique depuis le temps où l’on parlait de manière fleurie à l’Assemblée et où les députés s’insultaient copieusement. C’est risible. C’est risible parce qu’ils argumentent, ils essayent de justifier leur manière de penser, tentent de moraliser le contenu : l’homme politique éructe son idée basique – sauf quand c’est le Ministre du Budget qui parle de réforme de la fiscalité, là, difficile de démylènefarmeriser les austères explications – le journaliste s’approche de sa bouche, hume le fumet qui en sort – c’est pour cette raison d’ailleurs que la retranscription des propos putrides de Mélenchon, que ce soit sur papier, web ou télé a souvent la saveur d’une tombe qui aurait aussi servit de cendrier et conteneur à bouteilles de verre après les fêtes – goûte, crache avant de, tel un oenologue, donner son « ressenti non partisan » qu’il retranscrit pour que le Français puisse pondre son commentaire comme on va au woua-woua en temps de choléra. Le Français commente le commentaire du vide… et il croit franchement que quelqu’un en a quelque chose à secouer. Le Français croit que c’est parce qu’il a commenté le fait que Sarko « la sentait bien » que ça va empêcher Michou de chier bleu ou encore pousser le destin à enfin nous débarrasser de Line Renaud ? Ben non, il se goure autant que Chirac dissolvant l’Assemblée en 1997 ou que Pupponi, Fafa, Khalfon, croyant au retour de Domi-nique. Ca fait marrer tout happy-few qui en vit, justement, de ces réflexions sur des sujets dont il ne sait rien, qu’il ne maîtrise en rien et, qui plus est, le dépassent autant que Magic Johnson, Passe-Partout.
Alors, que l’on rigole, que l’on se marre, que l’on s’en foute, que l’on arrête d’être sérieux comme Hollande l’éternel offusqué ou Bayrou qui est en passe de pointer au Panthéon de l’échec politique majeur, que l’on se dédouane de l’obligation finkielkrautienne de respecter le politique puisqu’en fin de compte, ce n’est pas le politique mais le système entier qui est drôle – je ne dis pas qu’il s’est décrédibilisé, je dis qu’il est drôle.
Alors, si c’est drôle, tenons nous les côtes sans jamais oublier que rira bien qui rira le dernier !

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